[Tristan Leoni] Irak, de l’émeute à l’impossible réforme. 2018-2019 (fr) (en)

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Irak, de l’émeute à l’impossible réforme. 2018-2019. 1ère partie

Première partie / Rage et incendies 2018

« J’ai arrêté l’école en primaire, mais je savais déjà tirer à la kalachnikov. On s’entraînait dans le quartier »
Un habitant de Bassora, ancien milicien1

Depuis l’écrasement de l’État islamique (EI) à l’automne 2017, l’actualité irakienne est régulièrement ponctuée d’épisodes de manifestations et d’émeutes sur fond de revendications sociales de base (pour l’accès à l’électricité et à l’eau potable, et des emplois) et de dénonciation de la corruption du personnel politique.
Ce contexte de paix et de concorde nationale enfin retrouvées ouvrait pourtant une période particulièrement favorable pour amorcer des réformes et tenter de répondre à l’immense attente sociale de la population. Un précieux capital politique que le gouvernement a dilapidé en quelques mois par une inaction intense. Colère et frustration des populations sont, une fois de plus, sans bornes ; les efforts et sacrifices consentis pendant la guerre contre le califat ont été vains. Au fil des mois, les vagues de mobilisation, la violence et la détermination des manifestants semblent croissantes ; émeutes, incendies et affrontements avec les forces de l’ordre secouent toujours davantage le pays. Jusqu’à ce mois d’octobre 2019, où le mouvement de protestation entre dans une nouvelle phase, d’une plus grande ampleur, mais avec des pratiques différentes. Si le gouvernement est plus que jamais sur la sellette, on sait en revanche que l’État, lui, sera préservé.

Un pays en ruine

Guerre après guerre, ruines sur ruines. De 2014 à 2017, c’est la moitié nord de l’Irak, à majorité sunnite, qui est une nouvelle fois ravagée par des combats, d’abord par sa fulgurante conquête menée par l’EI (qui s’arrête à 100 km au nord de Bagdad), puis par sa très lente libération.
Le coût des destructions liées à ce conflit est, en janvier 2018, évalué par la Banque mondiale à 45,7 milliards de dollars. Dans certaines zones, tout est détruit, des villes sont presque entièrement rasées, dans d’autres il ne subsiste aucune infrastructure. Seules 38 % des écoles du pays sont, par exemple, encore debout, et à peine la moitié des hôpitaux. Une ville comme Mossoul n’a été « libérée » de l’EI qu’en contrepartie de 8 millions de tonnes de gravats et de centaines de milliers de déplacés2.

L’économie du pays n’a évidemment pas été épargnée, notamment le secteur, essentiel, des hydrocarbures, qui représente 88 % des ressources budgétaires, 51 % du PIB et 99 % des exportations du pays. L’Irak reste néanmoins deuxième producteur de pétrole brut au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), après l’Arabie saoudite, avec une production moyenne de 4,5 millions de barils par jour. Certaines infrastructures ont particulièrement souffert, par exemple la raffinerie de Baiji, la plus importante du pays, qui ne redémarre partiellement qu’au printemps 2018. L’Irak doit depuis plusieurs années importer des produits raffinés (dont du carburant), du gaz et de l’électricité des pays voisins, en particulier de l’Iran3. Les trois quarts des infrastructures hydrauliques et la moitié des centrales électriques sont en effet détruites. En fonction des régions, les Irakiens ne reçoivent que cinq à huit heures d’électricité par jour, et les pénuries d’eau potable sont chroniques ; à Bagdad par exemple, un quart des habitants n’ont pas accès à l’eau potable.
La production agricole a elle aussi chuté, notamment du fait des destructions des systèmes d’irrigation, ce qui accentue un phénomène d’exode rural déjà endémique.

En 2018, le taux de chômage s’élève officiellement à 23 % en Irak, mais il atteindrait 40 % chez les jeunes (les moins de 24 ans représentent 60 % de la population). En fait, il y a assez peu de travail en Irak. Le premier secteur économique, le pétrole, fournit en définitive peu d’emplois, d’autant que les compagnies étrangères embauchent de nombreux migrants asiatiques (jugés plus dociles et corvéables que les travailleurs locaux). Le secteur privé reste faible, et en réalité il n’y a que deux branches d’activité qui procurent des emplois à la population : tout d’abord la fonction publique, qui compte cinq millions de fonctionnaires (retraités compris) contre un demi-million en 2003 ; ensuite le secteur de la violence, l’armée irakienne comptant environ 200 000 hommes, et les Hachd al-Chaabi, unités de mobilisation populaire (UMP), autour de 100 000. Ces dernières, coalition d’une cinquantaine de milices majoritairement chiites, recrutent énormément en 2014 après la fatwa du Grand ayatollah Ali al-Sistani4 ordonnant la mobilisation contre les troupes de l’EI. Répondent à cet appel des dizaines de milliers de volontaires (pour la plupart chômeurs), dont un tiers sont issus de la province de Bassora. Des milliers y trouvent la mort, et beaucoup reviennent blessés, parfois amputés5. La fin de la guerre contre l’EI n’entraîne qu’une démobilisation partielle de ces effectifs ; un milicien rendu à la vie civile, c’est pour une famille une source de revenus de moins et une bouche de plus à nourrir.

Au Koweït, en février 2018, lors d’une conférence sur la reconstruction du pays, alors que le gouvernement irakien demande plus de 88 milliards de dollars, la communauté internationale ne lui en promet qu’environ 30 milliards sous forme de crédits et d’investissements (en particulier la Turquie, le Koweït, l’Arabie saoudite et le Qatar6). Mais, du fait d’une corruption exceptionnelle, parmi les plus fortes au monde, on sait qu’une partie de l’aide internationale – tout comme une partie de la rente pétrolière – disparaît dans les poches des politiciens locaux ; les gouvernements successifs auraient, depuis la chute de Saddam Hussein, en 2003, détourné près de 410 milliards d’euros, soit deux fois le PIB du pays.
Pour couronner le tout, l’Irak en guerre ayant fait connaissance avec la dette, le pays passe, en 2016, un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) et, en échange de prêts, s’engage à prendre des mesures d’austérité (baisse du nombre des fonctionnaires, augmentation du prix de l’électricité, augmentation des taxes de douane et des impôts sur le revenu, etc.).
On le voit, en Irak, les années de libération et de reconstruction ont peu de chance d’être un jour qualifiées de glorieuses. Déception, frustration et colère des habitants paraissent aussi grandes qu’avant l’épisode califal ; soit parce qu’ils n’en retirent en réalité aucun bénéfice (anciens combattants ou civils ruinés ou déplacés), soit qu’ils ont une fois de plus tout perdu (partisans de l’EI, sunnites humiliés par l’occupation chiite). On semble revenu au statu quo ante. Ou pire.

Les prémisses de la révolte (2011-2015)

Lors des printemps arabes de 2011, des milliers d’Irakiens descendent dans les rues de nombreuses villes pour exprimer à leur tour leur colère contre un régime (déjà) corrompu et des conditions de vie (déjà) déplorables. Le mouvement est rapidement et violemment réprimé par le Premier ministre Nouri al-Maliki au prix de dizaines de morts. La situation sécuritaire semblant, à tous les niveaux, définitivement rétablie, les troupes américaines quittent le pays à la fin de l’année. Par la suite, les provinces sunnites connaissent de nouveaux épisodes de protestation, et les réponses qu’y apporte le gouvernement sont identiques, policières. De quoi enrichir le terreau de la croissance de l’EI, et expliquer qu’une partie de la population l’accueille en 2014 en libérateur.

Malgré la guerre, des manifestations populaires contre la corruption, soutenues par une partie du clergé chiite, éclatent à Bagdad ; en juillet 2015, elles sont principalement encadrées par les partisans du tonitruant Moqtada al-Sadr7. Mais, dans le sud du pays, à Bassora et à Kerbala, ce sont surtout les coupures de courant à répétition qui font descendre les habitants dans la rue. Pour calmer les esprits, le Premier ministre Haïdar al-Abadi, en poste depuis 2014, se contente de promettre des réformes… qui ne viennent pas. La colère des Irakiens explose à nouveau de février à mai 2016 ; la « zone verte », périmètre ultra-sécurisé de Bagdad abritant les bâtiments officiels8, est même brièvement envahie, et le Parlement, occupé par les manifestants sadristes. En février 2017, une nouvelle tentative d’occupation se solde cette fois-ci par un échec, quatre morts et des dizaines de blessés. En face de la « zone verte », sur la rive opposée du Tigre, la place Tahrir devient un lieu symbolique de la contestation ; on y voit désormais, généralement le vendredi après la prière, des poignées de militants et de protestataires se réunir, brandir des pancartes et tenir des meetings. Mais l’épicentre de la révolte prolétarienne se situe plus au sud.

Venise à la dérive

La province du Sud-Est compte environ cinq millions d’habitants, mais sa capitale, Bassora, en regroupe à elle seule trois à quatre millions. En théorie, il s’agit de l’une des régions les plus riches du pays (sinon de la planète), puisque près de 80 % du pétrole irakien en est extrait (soit davantage qu’au Koweït voisin). L’agglomération abrite une importante activité pétrochimique et, dans sa banlieue, les seuls ports irakiens donnant sur le Golfe persique, dont celui, en eau profonde, d’Oum Qasr (à 50 km plus au sud).C’est depuis ce point, complètement saturé, que les marchandises (notamment les denrées alimentaires) entrent en Irak et que sont exportés journellement des millions de barils de pétrole. De nombreux investisseurs étrangers sont présents dans la ville (par exemple des compagnies maritimes françaises ou italiennes), et les études pour de nouvelles infrastructures industrielles et logistiques ne manquent pas. Ni d’ailleurs les projets immobiliers pharaoniques qui semblent les plus délirants : construction d’hôtels cinq étoiles, habitations haut de gamme, centres commerciaux, quartier d’affaires avec la plus grande tour du monde (230 étages) ; de quoi – espèrent certains – rivaliser avec Dubaï. En attendant, l’activité économique réelle rapporte chaque jour des millions à l’État irakien, presque rien à la région, et encore moins à ses habitants.

La province de Bassora a longtemps été une zone agricole de première importance, réputée pour ses palmiers dattiers. L’estuaire du Chatt Al-Arab, qui connaissait une richesse écologique et une agriculture luxuriante, s’est transformé en enfer écologique, ravagé par des dizaines d’années de guerre, de bétonisation et de pollution industrielle – avec une incidence ad hoc de cancers pour sa population. Mais, pire, entre l’élévation du niveau de la mer du fait du réchauffement climatique et la baisse du débit des fleuves due à une irrigation intensive (construction de barrages en Turquie et en Iran, gaspillage en Irak), on assiste aujourd’hui à une salinisation croissante des terres et des nappes phréatiques.

« Quelques mauvaises herbes parsèment le lopin de terre craquelé. « Autrefois, tout était très vert ici. Je faisais pousser des légumes, du fourrage pour mes animaux, des dattes et des pommes. » Avec ses quatre hectares de terres, son troupeau d’une trentaine de moutons et ses quelques vaches, ce fermier pouvait gagner jusqu’à 25 millions de dinars par an (environ 20 000 €). « Mais cette année, j’ai tout perdu. Rien ne poussera. J’ai trois enfants à nourrir, alors pour survivre, je vends mes bêtes. » Face à la pénurie d’eau douce, ce sexagénaire doit désormais remplir leurs abreuvoirs avec des bouteilles d’eau.9 »

Récemment, le gouvernement a dû interdire les cultures trop consommatrices en eau douce telles que celles du maïs et du riz. Cela contribue, tout comme les expropriations de paysans pour l’extension des infrastructures pétrolières, à un important exode rural qui nourrit les bidonvilles et les quartiers informels de la banlieue de Bassora. La population de la ville s’est ainsi accrue de plus d’un million d’habitants depuis 2003. Le « rythme de la création d’emplois » n’a évidemment pas suivi, et le tiers de la population vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 2 dollars par jour.
Les majestueux canaux de la ville qui l’avaient autrefois fait surnommer « la Venise du Moyen-Orient » ont désormais l’air d’égouts à ciel ouvert et de décharges flottantes. Ses habitants n’ont pas, ou très peu, accès à des services publics de base tels que l’eau courante, l’électricité, ou la gestion des déchets10. Pour tenter de résoudre ces problèmes, le gouvernorat de Bassora a directement signé des accords avec les pays voisins. Le Koweït fournit ainsi quotidiennement du carburant aux centrales électriques irakiennes, mais c’est d’abord par crainte de voir des vagues de migrants traverser sa frontière. L’approvisionnement électrique en provenance d’Iran est, lui, soumis à des aléas tels que les sanctions américaines ou les difficultés de paiement. Quant à l’Arabie saoudite, qui souhaite pourtant contrer l’influence de Téhéran, elle s’est pour l’instant contentée de promesses.

Les habitants de Bassora ne se résignent pas pour autant, mais il est vrai que la région conserve les traces d’une tradition de lutte, notamment syndicale, et que par le passé l’influence des mouvements politiques marxistes y a été très importante11. Le chiisme politique irakien s’en est lui-même imprégné dans la deuxième moitié du XXsiècle (pour contrer l’influence communiste), s’appuyant notamment sur le vernis pro-justice sociale dont est pourvue cette religion. Une insurrection comme celle de 1991, contre le régime de Saddam Hussein, reste dans beaucoup de mémoires, quasi mythique. La capitale provinciale n’est donc pas, on le comprend, réputée pour sa stabilité sociale, les manifestations y font d’ailleurs partie du quotidien.

Les émeutes de juillet / L’électricité

L’actualité irakienne de l’été 2018 aurait dû être dominée par les rebondissements politiques à la suite des élections législatives du mois de mai. De ce scrutin, qui a connu une abstention record dépassant 55 %, ne débouche qu’un Parlement éclaté où aucune majorité claire n’apparaît.

En tête des suffrages arrive la coalition Sayirun (En Marche), que l’on pourrait qualifier de populiste et nationaliste ; il s’agit d’une alliance inédite des partisans chiites du souverainiste Moqtada al-Sadr et du modeste Parti communiste irakien (ce dernier n’a toutefois que 2 députés sur les 54 élus de la coalition).
En deuxième position, on trouve l’Alliance Fatah (Alliance de la conquête) ; chiite orthodoxe et s’inspirant politiquement du modèle iranien, elle est dirigée par Hadi al-Ameri ; branche politique des UMP, elle tire sa légitimité de sa participation active à la lutte contre l’EI.

La formation du Premier ministre Al-Abadi, le parti islamique Al-Dawa, n’arrive quant à elle qu’en troisième position.
Si, a priori, ces blocs politiques semblent peu conciliables, au moins deux d’entre eux doivent s’associer pour pouvoir désigner un Premier ministre et se partager le pouvoir ; c’est d’autant plus complexe qu’ils doivent respecter les quotas ethno-confessionnels dans la répartition des postes et, enfin, n’incommoder ni Téhéran, ni Washington. C’est après un mois de négociations et de revirements spectaculaires que la première étape semble passée : un accord pour la formation d’un gouvernement est enfin noué entre Haïdar al-Abadiet Moqtada al-Sadr.

Mais, tandis que dans les palais climatisés de la « zone verte » les politiciens bataillent désormais fébrilement pour l’attribution de ministères, les habitants de Bassora sont, eux, confrontés à la plus grave crise hydraulique qu’ait connue l’Irak, ainsi qu’à d’effrayantes vagues de chaleur. Avec des températures dépassant les 50 °C, ventilateurs, climatiseurs et réfrigérateurs deviennent plus qu’essentiels. Encore faut-il avoir de l’électricité. Et voici que le 6 juillet, pour cause de factures impayées, l’Iran ferme tout bonnement plusieurs lignes électriques, notamment celle qui alimente Bassora. Les prolétaires, constatant que la solidarité chiite a des limites, doivent se replier sur leurs sempiternels générateurs, coûteux et polluants. Quant aux autorités irakiennes, elles ne trouvent pas d’autre solution que de demander aux habitants… de faire des économies d’énergie.

Deux jours plus tard, le dimanche 8 juillet12, une manifestation d’un genre assez courant a lieu en périphérie de Bassora : quelques dizaines de personnes bloquent une route menant aux champs pétrolifères de West Qurna-2 (exploités par la compagnie russe Lukoil) et de West Qurna-1 (exploités par Exxon Mobil), empêchant ainsi les employés d’accéder aux sites. Elles espèrent ainsi obtenir quelques embauches, mais la situation dégénère, et un manifestant est abattu par les forces de l’ordre13. À ce moment, personne ne sait que cet événement va mettre le feu aux poudres.

Il semble que tout d’abord les cheikhs tribaux locaux cherchent à obtenir justice et réparation, puis ils reçoivent le soutien d’autres tribus. Les manifestations reprennent le mardi suivant. Le lendemain, des protestataires tentent de pénétrer dans des installations pétrolières proches de Bassora, affrontent les forces de sécurité et incendient des bâtiments à l’entrée du site. La tension est telle que les compagnies pétrolières étrangères ordonnent l’évacuation de leurs cadres.
Les deux jours suivants, des manifestations ont lieu dans plusieurs villes du sud du pays (Bassora, Nassiriya, Nadjaf, Samawa et Kerbala) et jusqu’à Bagdad. Dans bien des cas, les protestataires tentent de bloquer des routes économiquement stratégiques, desservant par exemple des champs pétroliers, des postes-frontières (pour empêcher le passage des camions), des aéroports ou encore le port d’Oum Qasr. Des bâtiments officiels sont occupés. Il y a dans plusieurs villes des affrontements avec la police et des blessés.

Le vendredi 13, le Premier ministre Haïdar al-Abadi se rend à Bassora, où il rencontre des responsables militaires, politiques, tribaux et économiques et tente de calmer la population en annonçant (sans plus de précision) qu’il va débloquer « les fonds nécessaires » pour la ville. À l’occasion du prêche du vendredi, le Grand ayatollah Ali al-Sistani, fidèle à son tiède équilibrisme, apporte son soutien aux manifestants, mais leur demande d’éviter les désordres et les destructions. Pourtant, à la nuit tombée, des émeutes éclatent dans plusieurs villes ; les protestataires, bien que très respectueux de leur religieux, choisissent d’ignorer ses recommandations et, au contraire, prennent pour cible les bâtiments officiels, les locaux des partis politiques et des milices (exception faite des organisations sadristes), et tentent même parfois de les incendier. Les combats avec les forces de l’ordre font rage toute la nuit ; huit manifestants sont tués. Pendant toute la semaine qui suit, ces manifestations se répètent et s’étendent à d’autres provinces du sud du pays.

Que veulent ces manifestants ? Avant tout de l’eau, de l’électricité, de meilleurs services publics et des emplois. Un homme de 25 ans, diplômé de l’université de Bassora, déclare : « Nous voulons des emplois, de l’eau potable et de l’électricité. Nous voulons être traités comme des êtres humains et non comme des animaux14. » Un autre, employé de 29 ans, affirme : « Les gens ont faim et vivent sans eau ni électricité. Nos demandes sont simples : plus d’emplois, des structures de dessalement de l’eau et la construction de centrales électriques15. » À ces revendications basiquement matérielles, les manifestants ajoutent une dénonciation, vague mais virulente, de la corruption et de tous ces « voleurs » qui dirigent le pays ; des slogans un peu plus explicitement politiques font aussi leur apparition, tels que « Le peuple veut la chute du régime ! ».
Au fil de la semaine, la colère exprimée prend aussi des tonalités souverainistes, et les manifestants crient désormais aussi : « Iran dehors ! Bagdad libre ! » Les partis chiites, au pouvoir depuis des années, sont en effet associés à un Iran dont l’emprise sur le pays paraît tentaculaire, et les symboles de la république islamique (très présents dans la sud du pays) servent d’exutoire à la rage des émeutiers : par exemple, des banderoles et panneaux en hommage à Khomeiny (fondateur de la République islamique d’Iran) sont incendiés.

Qui sont ces manifestants ? Il s’agit tout d’abord d’hommes, exclusivement ; surtout des jeunes (parfois très jeunes), prolétaires pauvres et chômeurs parmi lesquels de jeunes diplômés (les moins de 35 ans représentent 70 % de la population). Les manifestations sont assez spontanées, elles ne répondent à l’appel d’aucun parti ou syndicat, aucun chef ou leader n’en émerge, et, même si localement les rassemblements peuvent être initiés par des militants ou des cheikhs tribaux, ils deviennent vite incontrôlables. La mobilisation ne semble au départ concerner que les chiites (qui représentent tout de même 60 % de la population), les régions du pays et les quartiers de la capitale où ils sont majoritaires, mais on s’aperçoit vite qu’elle dépasse en réalité les clivages communautaires, que des sunnites y participent, et que certaines régions mixtes sont à leur tour atteintes16.

Depuis le début, la colère des manifestants vise l’élite politique et ses symboles, et les sièges de l’autorité comme les gouvernorats, les mairies ou les palais de justice ; les bureaux des partis politiques sont régulièrement attaqués, saccagés et incendiés. Ces jeunes prolétaires usent de la violence de manière assez « naturelle », spontanée, primesautière. Cela s’explique aisément par la dureté du quotidien irakien, par la « brutalisation » que des années de guerre ont fait subir à la société (au sens de George L. Mosse), mais aussi par une culture populaire qui banalise la violence17. Le gouvernement irakien préfère, lui, dénoncer la présence de « vandales » infiltrés dans les cortèges. Cet usage peu modéré de la violence semble pourtant se répandre ou, du moins, être accepté par d’autres catégories de manifestants, ainsi que l’évoque la journaliste Hélène Sallon : « Cette disposition à la violence a, après, été partagée par beaucoup de manifestants. Des gens qui n’étaient pas forcément de cette génération en colère et très jeune m’ont dit : Ben oui, parce qu’on a pas d’autre recours, ils ne nous écoutent pas, ils ne font que promesses sur promesses. Et donc, à un moment, oui, pourquoi pas la violence18. » Qu’en serait-il sans les appels incessants à la modération de la part des autorités politiques et religieuses ?

La journaliste note néanmoins une plus faible mobilisation à Bagdad, peut-être à cause du poids qu’y exerce Moqtada al-Sadr sur une partie du prolétariat, mais aussi sans doute du fait d’un décalage entre les militants et les jeunes prolétaires qui descendent dans la rue : « à Bagdad, on voit que ce mouvement aussi n’a pas pris, car j’ai l’impression que la contestation y est beaucoup plus politisée, dans le sens des partis, et on a d’ailleurs vu dans les manifestations de cet été certaines divergences entre ces activistes de longue date, plus politisés et plus attachés à des partis, et cette nouvelle génération qu’eux-mêmes n’arrivaient pas à comprendre et dont ils n’étaient pas sûrs des intentions. On a vu une plus grande difficulté à Bagdad du mouvement de faire un amalgame, plutôt qu’à Bassora ou Nadjaf, où les raisons socio-économiques sont partagées par tous19. »

Les autorités, débordées, réagissent dans l’urgence et le désordre, ne prenant que progressivement conscience de l’ampleur de la révolte. Il s’agit d’abord pour elles de limiter les destructions, d’où l’instauration d’un couvre-feu nocturne et le déploiement de policiers antiémeutes faisant usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Mais, rapidement, l’armée doit être mise à contribution pour protéger les installations pétrolières dans lesquelles les protestataires menacent régulièrement de pénétrer. Afin de limiter la mobilisation, le fonctionnement d’internet est interrompu à plusieurs reprises sur l’ensemble du territoire, parfois durant plusieurs jours ; coupures totales ou, parfois, ne visant que les réseaux sociaux.
Le Premier ministre Al-Abadi adopte publiquement une position conciliante envers les manifestants, dont il dit comprendre les légitimes revendications, et assure vouloir protéger le droit de manifester (dans le calme). Il s’engage aussi à accélérer les projets liés à l’eau et à l’électricité dans le Sud, invite les délégations de chefs de tribu à venir le rencontrer, et annonce une allocation immédiate de trois milliards de dollars pour la région de Bassora. Il ne peut guère compter sur le soutien de son allié Moqtada al-Sadr, qui, bien qu’ayant désormais un pied dans la « zone verte », espère, comme à son habitude, surfer sur la protestation sans pour autant appeler ses partisans à descendre dans la rue. Intrépide, le leader chiite n’hésite pas à user sur Twitter du hashtag « la révolution de la faim gagne » ; prudent, il demande aux manifestants de faire preuve de retenue et de ne pas attaquer les bâtiments publics. Après plus de huit jours de manifestations et sans doute bien des hésitations, croyant que le mouvement se prolongera, il appelle ses députés à suspendre les négociations sur la formation d’un nouveau gouvernement jusqu’à ce que les revendications des manifestants soient satisfaites.

La journée du 20 juillet apparaît comme un tournant. Il semble que, devant l’imposant dispositif policier et militaire déployé dans les provinces du Sud comme dans la capitale, les manifestants évitent la confrontation et se rassemblent sur les grandes places publiques. À Bagdad, plusieurs milliers de manifestants tentent néanmoins d’approcher la « zone verte », mais la police les repousse. Les manifestations, qui sont devenues beaucoup moins violentes, se poursuivent jusqu’au dimanche 22. C’est à ce moment que le mouvement s’achève, après quatorze jours de manifestations à travers tout le sud du pays dont au moins huit d’émeutes. La répression aura fait 11 morts, pour la plupart des manifestants tués par balles. Une telle mobilisation, une telle violence et une telle répression semblent inédites en Irak.

Émeutes de septembre / L’eau

On aurait pu croire qu’après un tel soulèvement le gouvernement allait pouvoir bénéficier d’un moment de répit, or il n’en est rien. Tout redémarre à Bassora, cette fois-ci à cause de l’eau. Du fait des conditions sanitaires et météorologiques déplorables, celle distribuée par les autorités s’avère, à partir du mois d’août, bien plus salée et polluée que d’ordinaire. En quelques semaines, sa consommation provoque même l’intoxication et l’hospitalisation de plus de 30 000 personnes.
Comme à son habitude, le gouvernement répond en brassant de l’air, imaginant que la suspension du ministre de l’Électricité et de quelques fonctionnaires suffira à apaiser les esprits et permettra à la « zone verte » de retrouver son pittoresque cours quotidien. Pourtant, mauvais signe, le dimanche 2 septembre, des centaines de manifestants bloquent différents points stratégiques de la province de Bassora. Le lendemain, à Bagdad, se tient la réunion inaugurale du parlement élu en mai ; on s’y déchire entre, d’une part, l’alliance de Moqtada al-Sadr et du Premier ministre Haïdar al-Abadi et, de l’autre, celle du chef des milices pro-iraniennes, Hadi al-Ameri, et de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki ; mais on échoue à élire un président de la Chambre.
Le mardi, plusieurs milliers de personnes se rassemblent à Bassora pour protester contre l’incurie des autorités. Les forces de l’ordre tirent en l’air et font usage de gaz lacrymogène pour les disperser, des affrontements éclatent. En fin de journée, on dénombre six personnes tuées. Les protestataires sont encore plus nombreux le mercredi. Le jeudi (6 septembre), les accès au port d’Oum Qasr sont bloqués par les manifestants et, dans la soirée, à Bassora, des émeutiers attaquent les bâtiments publics et les sièges de partis politiques ; ils tentent même de s’en prendre au consulat d’Iran, mais sont repoussés par les forces de l’ordre.
Les autorités, craignant que des manifestations ne se déclenchent après la prière du vendredi (qui a lieu à midi), déploient de nombreuses forces de l’ordre à Bassora et instaurent dans la ville un couvre-feu à partir à 16 heures. Mais, si dans la journée des protestataires tentent de pénétrer dans l’un des sites pétroliers proche de la ville, et que d’autres bloquent à nouveau les accès d’Oum Qasr, c’est à la nuit tombée que la situation s’embrase. Les habitants se rassemblent dans les rues et, toujours plus nombreux, rapidement, attaquent les bâtiments gouvernementaux, les locaux des partis et milices, les bureaux et la résidence du gouverneur régional, et brûlent tout ce qui peut l’être. Ce qui fait grand bruit, y compris au niveau international, c’est que le consulat d’Iran est pour la seconde fois pris d’assaut et que, cette fois-ci, il part en fumée. Au cours de la nuit, trois manifestants de plus sont abattus par la police.
La journée suivante, samedi 8 septembre, est en comparaison particulièrement calme. Le port d’Oum Qasr reprend ses activités, et les forces de l’ordre veillent. Certains militants se présentant comme « organisateurs » des protestations dénoncent les destructions de la veille et annoncent qu’ils cessent le mouvement. Le couvre-feu est finalement levé dans la soirée. À noter que, pour la première fois, le commandant des UMP déclare que ses troupes sont prêtes à se déployer dans les rues de Bassora pour assurer la sécurité et pour protéger les manifestants pacifiques contre les agents provocateurs.
Le gouvernement, lui, promet une nouvelle fois de débloquer des fonds (sans donner ni montant ni calendrier), bien que personne n’ait encore aperçu l’ombre des trois milliards de dollars promis en juillet. Le même jour, le Parlement se réunit en urgence pour discuter de la crise à Bassora, mais une partie de l’assemblée, dont l’Alliance Fatah (branche politique des UMP), demande la démission du Premier ministre Al-Abadi. Mais, coup de théâtre, cet appel est repris par Moqtada al-Sadr pourtant jusqu’alors allié d’Al-Abadi ! Le leader souverainiste laisse ainsi entrevoir une alliance avec le bloc pro-iranien. Ce revirement a été facilité par des prises de position du Grand ayatollah Ali al-Sistani très critiques vis-à-vis du Premier ministre. Celui-ci est finalement obligé de jeter l’éponge, et c’est Adel Abdel Mahdi, un ancien ministre du Pétrole, qui est désigné pour lui succéder (il n’entre en fonction que le 25 octobre 2018). La situation est toujours quelque peu confuse mais, alors que certains dénoncent les récentes émeutes comme le résultat d’un complot visant à contrer l’influence iranienne, il semble, paradoxalement, que le bloc pro-iranien s’en trouve renforcé20.
Rien qui a priori puisse satisfaire les protestataires, dont, en moins d’une semaine, treize ont été tués et des dizaines d’autres, blessés. Rien qui annonce une amélioration de leurs conditions matérielles d’existence. Les manifestations ne reprennent pourtant pas, le calme revient, et la vie quotidienne retrouve son cours à Bassora comme à Bagdad. Pour combien de temps ? Tout le monde attend la prochaine explosion et reste sur ses gardes.
Mais personne ne se doute alors qu’il va falloir environ un an pour voir les prolétaires irakiens redescendre dans les rues, équipés de leur colère incendiaire.

Fin de la première partie.

Tristan Leoni, novembre 2019

La seconde partie, « 2019. Réforme politique ou guerre civile ? », paraîtra prochainement.

Cet article en PDF

1 Quentin Müller, Mutilés de Bassora, en Irak : « J’aurais préféré aller au paradis », Libération, 28 août 2018.

2 Sur cette ville, on peut recommander le documentaire d’Anne Poiret, Mossoul, après la guerre, diffusé en 2019 sur Arte.

3 Les États-Unis ont accordé à l’Irak des dérogations pour pouvoir ainsi commercer avec l’Iran en dépit des sanctions qu’ils imposent à ce pays (relatives à l’accord sur le nucléaire).

4 Le Grand ayatollah Ali al-Sistani, personnage respecté par-delà les communautés pour sa prétendue sagesse, est la plus haute autorité religieuse du chiisme en Irak. Il joue un rôle d’arbitre, faisant peser la balance politique d’un côté ou de l’autre, toujours du bon côté du rapport de force en cours. Mais, du fait de son acceptation du système politique depuis 2003, il est quelque peu déconsidéré aux yeux de nombreux chiites irakiens.

5 Quentin Müller, op. cit.

6 Teva Meyer, « Reconstruire l’Irak : une mission impossible ? », DSI, n° 143, septembre-octobre 2019.

7 Moqtada al-Sadr, leader nationaliste, souverainiste et populiste chiite, jouit d’une immense popularité auprès du prolétariat chiite irakien, mais il ne l’a pas acquise, il l’a héritée de son père, l’ayatollah Mohammad Sadeq al-Sadr, assassiné en 1999. Réputé pour sa versatilité politique et ses capacités manœuvrières, incarnation de l’opposition et de la défense des pauvres, il voit son aura quelque peu ternie, depuis 2018, du fait de sa participation au processus politique institutionnel.

8 La « zone verte » est une enclave hautement sécurisée au cœur de la capitale irakienne, elle abrite le Parlement, les ministères, diverses institutions ainsi que les ambassades. Certaines parties ont été progressivement rouvertes à la population au cours de l’année 2018, après quinze ans d’une fermeture complète.

9 Noé Pignède, « Le sud de l’Irak face à une crise sanitaire et économique inédite », La Croix, 29 novembre 2018.

10 Pour une description de la ville, voir par exemple : Quentin Müller, « Bassora, la Venise d’Irak en péril », orientxxi.info, 30 août 2018.

11 Myriam Benraad, « L’Irak est à nouveau en train de perdre la paix », L’Opinion, 22 août 2018.

12 Rappelons ici qu’en Irak le week-end a lieu du vendredi au samedi et que le dimanche y est le premier jour de la semaine.

13 À noter que, au Moyen-Orient, tirer à balles réelles (avec une kalachnikov) au-dessus de la tête des manifestants afin de les effrayer et de les disperser est une pratique habituelle des forces de l’ordre. La manœuvre est toutefois périlleuse et peut, même involontairement, occasionner des blessures ou la mort. Cette méthode est couramment utilisée dans les manifestations que nous évoquons dans ce texte. Viser spécifiquement un manifestant n’est donc qu’un pas supplémentaire aisément franchissable par un policier au cœur d’une violente confrontation, même sans ordre spécifique de sa hiérarchie.

14 « Iraqi protesters withdraw from Najaf airport, air traffic resumes », alarabiya.net, 13 juillet 2018.

15 « Les manifestations s’étendent dans le sud de l’Irak », lepoint.fr, 13 juillet 2018.

16 Exception faite du Kurdistan, qui, du fait de ses spécificités sociales et politiques et de son autonomie très poussée, reste en marge de cette mobilisation ainsi que de celle qui débute en octobre 2019. Voir, par exemple, SoulaymaMardam Bey, « Pourquoi les Kurdes d’Irak ne se soulèvent pas », L’Orient le jour, 28 novembre 2019.

17 Loulouwa al-Rachid, L’Irak après l’État islamique : une victoire qui change tout ?, Notes de l’Ifri, juillet 2017, p. 14.

18 Hélène Sallon dans « Le soulèvement social de Bassora, symptôme des maux de l’Irak », 3 octobre 2018, Iremmo. Hélène Sallon, journaliste au Monde, est l’auteure du très instructif ouvrage L’État islamique de Mossoul. Histoire d’une entreprise totalitaire, La Découverte, 2018, 288 p.

19 Ibidem.

20 Le Premier ministre Al-Abadi avait pris position en faveur de Washington en appliquant à son tour des sanctions à son voisin iranien, mais « à contrecœur », ce qui avait provoqué la colère de Téhéran. Élie Saïkali, « Lâché par Sadr, Abadi plus isolé que jamais », L’Orient le jour, 10 septembre 2018.

Source : https://ddt21.noblogs.org/?page_id=2517

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Iraq, from riot to impossible reform. 2018-2019. Part One

Part One / Rage and Fire 2018

I stopped in elementary school, but I already knew how to shoot with a Kalashnikov. We were training in the neighborhood.
A Basra resident, former militiaman1

Since the crash of the Islamic State (ISIS) in autumn 2017, Iraqi news has been regularly punctuated by episodes of demonstrations and riots on a background of basic social demands (for access to electricity and drinking water, and for jobs) as well as denunciation of corruption among political staff.
However, this context of peace and finally restored national harmony opened a period particularly favorable to initiate reforms and try to meet the immense social expectations of the population. A precious political capital that the government has squandered in a few months through intense inaction. The anger and frustration of the people are, once again, boundless. The efforts and sacrifices made during the war against the Caliphate were in vain. Over the months, waves of mobilization, violence and the determination of the demonstrators seem to be increasing: riots, fires and clashes with the security forces are increasingly shaking the country. Until October 2019, when the protest movement entered a new phase, on a larger scale, but with different practices. While the government is more than ever in the spotlight, we know however that the State will be preserved.

A country in ruins

War after war, ruins upon ruins. From 2014 to 2017, the northern half of Iraq, with a Sunni majority, is once again ravaged by fighting, first while being rapidly conquered by ISIS (which stops 100 km north of Baghdad), then while being very slowly liberated.
The cost of destruction related to this conflict is estimated by the World Bank at $45.7 billion in January 2018. In some areas, everything is destroyed; cities are almost razed to the ground, in others there is no infrastructure left. For example, only 38 per cent of the country’s schools are still standing, and only half of the hospitals. A city like Mosul was “liberated” from ISIS only at the cost of 8 million tons of rubble and hundreds of thousands of displaced people.2

The country’s economy has obviously not been spared, particularly the essential hydrocarbon sector, which accounts for 88% of the country’s budgetary resources, 51% of GDP and 99% of its exports. Nevertheless, Iraq remains the second largest producer of crude oil within the Organization of Petroleum Exporting Countries (Opec), after Saudi Arabia, with an average production of 4.5 million barrels per day. Some infrastructure has suffered particularly, for example the Baiji refinery, the largest in the country, which only partially restarts in spring 2018. For several years Iraq needs to import refined products (including fuel), gas and electricity from neighboring countries, particularly from Iran.3 Three-quarters of the water infrastructure and half of the power plants are indeed destroyed. According to region, Iraqis receive only five to eight hours of electricity a day, and shortages of drinking water are chronic. In Baghdad, for example, a quarter of the population does not have access to drinking water.
Agricultural production has also fallen, particularly as a result of the destruction of irrigation systems, exacerbating an already endemic rural exodus.

In 2018, the unemployment rate officially stands at 23% in Iraq, but it is estimated to reach 40% among young people (those under 24 representing 60% of the population). In fact, there is relatively little work in Iraq. The first economic sector, oil, ultimately provides few jobs, especially since foreign companies hire many Asian migrants (considered to be more docile and exploited at will than local workers). The private sector remains weak, and in reality there are only two branches of activity that provide jobs for the population: firstly, the civil service, which has five million civil servants (including retirees) compared to half a million in 2003. Secondly, the violence sector, with the Iraqi army comprising approximately 200,000 men, and the Hashd al-Shaabi, popular mobilization units (PMU), around 100,000. The latter, which is a coalition of about fifty mostly Shia militias, recruited a lot in 2014 after the fatwa of Grand Ayatollah Ali al-Sistani4 ordering the mobilization against ISIS’ troops. Tens of thousands of volunteers (mostly unemployed) responded to this call, one third of them from the province of Basra. Thousands died there, and many returned injured, sometimes amputated.5 The end of the war against ISIS leads only to a partial demobilization of these troops. A militiaman back in civilian life means for a family one less source of revenue and an extra mouth to feed.

In Kuwait, in February 2018, at a conference on the reconstruction of the country, while the Iraqi government was asking for more than 88 billion dollars, the international community promised it only about 30 billion dollars in credits and investments (in particular Turkey, Kuwait, Saudi Arabia and Qatar6). But, as a result of an exceptional corruption, which is among the strongest in the world, we know that a part of international aid –as well as a part of the oil rent – disappears into the pockets of local politicians. Successive governments have reportedly embezzled nearly 410 billion euros since Saddam Hussein’s fall in 2003, which means twice the country’s GDP.
On top of that, as Iraq at war has become familiar with debt, in 2016 the country signed an agreement with the International Monetary Fund (IMF) and, in exchange for loans, it committed itself to taking austerity measures (drop in the number of civil servants, increase in electricity prices, increase in customs taxes and income taxes, etc.).
As we can see, in Iraq, the years of liberation and reconstruction are unlikely to one day be considered glorious. Disappointment, frustration and anger of the inhabitants seem as great as before the Caliphate episode. Either because they certainly get no benefit for it (ruined or displaced veterans or civilians), or because they have once again lost everything (ISIS’ supporters, Sunnis humiliated by the Shia occupation). It seems we are back to the status quo ante. Or worse.

The premises of the revolt (2011-2015)

During the Arab springs of 2011, thousands of Iraqis took to the streets of many cities to express their anger against an (already) corrupt regime and deplorable living conditions. The movement was quickly and violently repressed by Prime Minister Nouri al-Maliki, at the cost of dozens of people killed. Whereas the security situation seemed at all levels definitively restored, American troops left the country at the end of the year. Subsequently, the Sunni provinces experienced new episodes of protest, and the government’s responses were the same: a policing response. Enough to enhance the breeding ground for the growth of ISIS, and to explain that a part of the population will welcome it in 2014 as a liberator.

Despite the war, popular demonstrations against corruption, supported by part of the Shia clergy, broke out in Baghdad. In July 2015, they were mainly led by supporters of the thundering Muqtada al-Sadr7. But in the south of the country, in Basra and Kerbala, it’s mainly the repeated power cuts that bring people onto the streets. To calm things down Prime Minister Haider al-Abadi, who has been in office since 2014, merely promised reforms… that do not come. Iraqis’ anger boiled over once again from February to May 2016. The “Green Zone”, Baghdad’s ultra-secure perimeter hosting official buildings8, was even briefly invaded, and the Parliament was occupied by Sadrist demonstrators. In February 2017, another attempt to occupy it ended this time in failure, four dead and dozens wounded. In front of the “Green Zone”, on the opposite bank of the Tigris, Tahrir Square becomes a symbolic place of protest. From now on, usually on Friday after the prayer, we can see handfuls of activists and protesters gathering, waving posters and holding meetings. But the epicenter of the proletarian revolt lies further south.

Venice adrift

The South-East province has a population of about five million, but its capital Basra alone has three to four million inhabitants. In theory, it is one of the wealthiest regions in the country (if not in the world), since nearly 80% of Iraqi oil is extracted from there (more than in neighboring Kuwait). The agglomeration is hosting a significant petrochemical activity and in its suburbs the only Iraqi ports overlooking the Persian Gulf, including the deep-water port of Umm Qasr (50 km further south). It is from this point, completely saturated, that commodities (including foodstuffs) enter Iraq and millions of barrels of oil are exported daily. Many foreign investors are present in the city (e.g. French or Italian shipping companies), and studies for new industrial and logistical infrastructures are not lacking. Nor indeed the pharaonic real estate projects that seem to be the most delirious: construction of five-star hotels, high-end residential units, shopping malls, business district with the world’s tallest tower (230 floors). To rival the likes of Dubai, as some expect. In the meantime, real economic activity brings millions of dollars a day to the Iraqi State, almost nothing to the region, and even less to its people.

The province of Basra has long been a major agricultural area, renowned for its date palm trees. The Shatt al-Arab estuary, which was a treasure of ecology wealth and developed a lush agriculture, has turned into an ecological hell, devastated by decades of war, laying concrete and industrial pollution – with an ad hoc incidence of cancer for its population. But worse, between the rise in sea level due to global warming and the decrease in river flow due to intensive irrigation (construction of dams in Turkey and Iran, wasteful use in Iraq), we are now witnessing an increasing salinization of land and groundwater.

A few weeds are scattered over the cracked piece of land. ‘In the past, everything was very green here. I used to grow vegetables, fodder for my animals, dates and apples.’ With his four hectares of land, his herd of about thirty sheep and his few cows, this farmer could earn up to 25 million dinars a year (about 20,000 €).‘But this year, I lost everything. Nothing will grow. I have three children to feed, so to survive, I sell my animals.’ Faced with the shortage of fresh water, this 60-year-old man must now fill their drinking troughs with water bottles.9

Recently, the government had to ban crops that consume too much freshwater, such as maize and rice. This contributes, as do the expropriations of peasants for the extension of oil infrastructure, to a major rural exodus that feeds the slums and informal neighborhoods in the suburbs of Basra. The city’s population has increased by more than one million since 2003. The “pace of job creation” didn’t of course follow, and a third of the population now lives below the poverty line, i.e. on less than $2 a day.
The city’s majestic canals, which used to be called “the Venice of the Middle East”, now look like open sewers and floating dumpsites. Its inhabitants have little or no access to basic public services such as running water, electricity or waste management.10In an attempt to overcome these problems, the governorate of Basra has directly signed agreements with neighboring countries. Kuwait thus supplies fuel to Iraqi power plants on a daily basis, but it is first of all out of fear of seeing waves of migrants crossing its border. Electricity supply from Iran is subject to risks such as American sanctions or payment difficulties. Saudi Arabia, which wants yet to counter Tehran’s influence, has so far made do with promises.

That does not mean that the inhabitants of Basra are resigned, but it is true that the region retains traces of a tradition of struggle, particularly trade unionist, and that in the past the influence of Marxist political movements was very important there.11 Iraqi political Shiism assimilated as many of those aspects as possible in the second half of the 20th century (to counter the communist influence), relying in particular on the pro-social justice veneer provided by this religion. An insurrection like in 1991 against Saddam Hussein’s regime remains almost mythical in many memories. The provincial capital is therefore not, understandably, renowned for its social stability, and demonstrations are a part of everyday life there.

The July riots / Electricity

Iraqi news in the summer of 2018 should been dominated by new political developments following the parliamentary elections in May. The result of this election, which saw a record abstention of more than 55%, was only a fragmented Parliament with no clear majority.

The Saairun coalition (literally “Forward” but also known as “Alliance Towards Reforms” or “Marching Towards Reform”), which could be described as populist and nationalist, obtained the highest percentage of the vote. It was an unprecedented alliance of Shia supporters of the sovereignist Muqtada al-Sadr and the modest Iraqi Communist Party (the latter, however, had only 2 deputies out of 54 elected of the coalition).
In the second place there is the Fatah Alliance (Conquest Alliance); Orthodox Shia and politically inspired by the Iranian model. The party it is led by Hadi al-Amiri; political branch of the PMU [Popular Mobilization Units] and it derives its legitimacy from its active participation in the fight against ISIS.

The party of Prime Minister al-Abadi, the Islamic Dawa Party, is only in the third place.
If, a priori, it seems hard to reconcile one political bloc with another, at least two of them must join their forces in order to appoint a Prime Minister and share the power. This is particularly complex since they must respect ethno-confessional quotas in the distribution of posts and, finally, upset neither Tehran nor Washington. It is after a month of spectacular negotiations and reversals that the first step is over: an agreement to form a government has finally been reached between Haider al-Abadi and Muqtada al-Sadr.

But while politicians in the air-conditioned palaces of the “Green Zone” are now feverishly fighting for the allocation of ministries, Basra’s inhabitants are facing the most serious water crisis in Iraq, as well as frightening heat waves. With temperatures above 50°C, fans, air conditioners and refrigerators become more than essential. But for that you need electricity. And now on July 6th, due to unpaid bills, Iran is simply closing several power lines, including the one that supplies Basra. The proletarians, noting that Shia solidarity has limits, are forced to use their age-old, costly and polluting generators. As for the Iraqi authorities, they find no other solution than to ask the inhabitants… to save energy.

Two days later, on Sunday, July 8th,12 a demonstration of a quite common kind took place on the outskirts of Basra: a few dozen people blocked a road leading to the West Qurna-2 oil field (operated by the Russian company Lukoil) and West Qurna-1 oil field (operated by ExxonMobil), thus preventing employees from accessing the sites. They hoped to get some hires in this way, but the situation had escalated, and a demonstrator was shot dead by the police13. At that moment, no one knows that this event will set off the powder keg.

It seems that initially the local tribal sheikhs sought justice and reparation, and then they received support from other tribes. Demonstrations resume the following Tuesday. The next day, protesters attempted to enter oil installations near Basra, they clashed with security forces and set fire to buildings at the site entrance. The tension is such that foreign oil companies are ordering the evacuation of their executives.
Over the next two days, demonstrations took place in several cities in the south of the country (Basra, Nasiriya, Najaf, Samawa and Karbala) and even in Baghdad. In many cases, protesters were trying to block economically strategic roads, linking for instance oil fields, border crossings (to prevent the passage of trucks), airports and the port of Umm Qasr. Official buildings were occupied. In several cities there were clashes with the police and injuries.

On Friday 13th, Prime Minister Haider al-Abadi travelled to Basra, where he met with military, political, tribal and economic leaders and tried to calm the population by announcing (without further explanation) that he would release “the necessary funds” for the city. During the Friday sermon, Grand Ayatollah Ali al-Sistani, faithful to his lukewarm balancing, supported the demonstrators, but asked them to avoid disorder and destruction. However, at nightfall, riots broke out in several cities. The protesters, although very respectful of their cleric, chose to ignore his recommendations and, on the contrary, targeted official buildings, offices of political parties and militias (except Sadrist organizations), and sometimes even tried to set them on fire. Fighting with the police raged all night long. Eight demonstrators were killed. Throughout the following week, these demonstrations were repeated and extended to other provinces in the south of the country.

What do these demonstrators want? Above all, water, electricity, better public services and jobs. A 25-year-old man, a graduate of the University of Basra, says: “We want jobs, we want to drink clean water, and electricity. We want to be treated like human beings and not animals.14 Another man, a 29-year-old employee, says, “People are hungry and live without water and electricity. Our demands are simple: more jobs, desalination structures and the construction of power plants.15 To these basic material demands, the demonstrators add a vague but virulent denunciation of corruption and all those “thieves” who rule the country. Slogans a little more explicitly political also appear, such as “The people want the regime to fall!
Throughout the week, the anger that is expressed also took on sovereignist tones, and the demonstrators then also shouted out: “Iran out! Free Baghdad!” The Shia parties, which have been in power for years, are indeed associated with Iran and its far-reaching impact on the country. The symbols of the Islamic Republic (very present in the south of the country) served as outlets for the rioters’ rage: for example, banners and panels in tribute to Khomeini (the founder of the Islamic Republic of Iran) were set on fire.

Who are these demonstrators? First of all, they are exclusively men; especially young (sometimes very young), poor proletarians and unemployed, including young graduates (those under 35 representing 70% of the population). Demonstrations are quite spontaneous, they do not respond to the call of any party or trade union, no leader emerges from them. And even if locally rallies can be initiated by militants or tribal sheikhs, they quickly become uncontrollable. At first, the mobilization seems to concern only the Shias (who anyway represent 60% of the population), the regions of the country and the neighborhoods of the capital where they are in the majority. But it soon becomes clear that the mobilization actually goes beyond community divisions, that Sunnis participate in it, and that some mixed regions are in turn affected.16

From the beginning, the anger of the demonstrators targeted the political elite and its symbols, and the seats of the authorities such as governorates, town halls or courthouses; the offices of political parties were regularly attacked, ransacked and burned down. These young proletarians use violence quite “naturally”, spontaneously and impulsively. This can easily be explained by the harshness of Iraqi daily life, by the “brutalization” that years of war have caused society to suffer (in the sense of George L. Mosse), but also by a popular culture that trivializes violence.17 The Iraqi government prefers to denounce the presence of “vandals” infiltrated into the processions. However, this immoderate use of violence seems to be spreading or at least to be accepted by other categories of demonstrators, as the journalist Hélène Sallon points out: “This willingness to violence was later shared by many demonstrators. People who were not necessarily from this angry and very young generation told me: Well yes, because we don’t have any other choice, they don’t listen to us, they only make promises on promises. And so, at some point, yes, why not violence.18 How would it be without the constant calls for moderation from political and religious authorities?

The journalist nevertheless notes a weaker mobilization in Baghdad, perhaps because of the impact Muqtada al-Sadr has there on a portion of the proletariat, but undoubtedly also because of a gap between militants and young proletarians who take to the streets: “In Baghdad, we see that this movement too was not a great success, because I have the impression that the protest there is much more politicized, in line with parties, and anyway we have seen in the demonstrations this summer some divergences between these long-time activists, more politicized and more attached to parties, and this new generation that they could not understand and whose intentions they were not sure of. We have seen a greater difficulty in Baghdad for the movement to make a mix, rather than in Basra or Najaf, where socio-economic reasons are shared by all.19

The authorities, overwhelmed, react in urgency and disorder, becoming only gradually aware of the extent of the revolt. For them, it is primarily a matter of limiting the destruction, hence the introduction of a night curfew and the deployment of riot police using tear gas and water cannons. But, quickly, the army must contribute to protection of the oil facilities in which protesters regularly threaten to enter. In order to limit mobilization, the Internet is interrupted several times throughout the country, sometimes for several days; total cuts or, sometimes, only targeting social networks.
Prime Minister al-Abadi publicly adopts a conciliatory position towards the demonstrators, he claimed to have understood their legitimate demands, and he asserts that he wants to protect the right to demonstrate (peacefully). He also pledges to accelerate water and electricity projects in the South; he invites tribal leaders’ delegations to come and meet him, and he announces an immediate allocation of $3 billion for the Basra region. He can hardly count on the support of his ally Muqtada al-Sadr. Although now with one foot in the “Green Zone”, the latter hopes, as usual, surfing the protest without actually calling his supporters to take to the streets. The fearless Shia leader does not hesitate to use the Twitter’s hashtag “the hunger revolution wins”. Cautiously, he asks demonstrators to show restraint and not to attack public buildings. After more than eight days of demonstrations and probably much hesitation, believing that the movement will continue, he calls on his deputies to suspend negotiations on the formation of a new government until the demonstrators’ demands are met.

The day of July 20th appears to be a turning point. It seems that, in front of the police and military forces heavily deployed in the southern provinces and in the capital, the demonstrators avoided confrontation and gather in the main public squares. In Baghdad, several thousand demonstrators were nevertheless trying to approach the “Green Zone”, but the police pushed them back. The demonstrations, which have become much less violent, continue until Sunday 22nd. It is at this moment that the movement ends, after fourteen days of demonstrations throughout the south of the country, including at least eight days of riots. The repression killed 11 people, most of them shot dead. Such mobilization, violence and repression appear to be unprecedented in Iraq.

September riots / Water

One might think that after such uprising the government would be able to enjoy a soothing respite, but that’s not the case. Everything starts again in Basra, this time because of the water. Due to the deplorable health and meteorological conditions, the water distributed by the authorities has proven to be, from August onwards, much more salty and polluted than usual. In a few weeks, its consumption even causes intoxication and hospitalization of more than 30,000 people.
As always, the government responds by going through the motions, imagining that the suspension of the Minister of Electricity and a few officials will be enough to calm the confrontation and will allow the “Green Zone” to resume its picturesque daily course. However, on Sunday, September 2nd, hundreds of demonstrators blocked various strategic points in Basra province. The next day, in Baghdad, the inaugural meeting of the parliament elected in May was held. The alliance between Muqtada al-Sadr and Prime Minister Haider al-Abadi on the one hand, and that of the leader of the pro-Iranian militias, Hadi al-Amiri, and former Prime Minister Nouri al-Maliki on the other, are tearing each other apart. But they failed to elect a Speaker of the Council of Representatives.
On Tuesday, several thousand people gather in Basra to protest against the authorities’ negligence. The police shot into the air and used tear gas to disperse them, clashes broke out. At the end of the day, six people were killed. There are even more protesters on Wednesday. On Thursday (September 6th), access to the port of Umm Qasr was blocked by demonstrators and, in the evening, in Basra, rioters attacked public buildings and political parties’ headquarters. They even tried to attack the Iranian consulate, but they were repelled by the security forces. Fearing that demonstrations may be triggered after the Friday prayer (which takes place at noon), the authorities deploy numerous police forces to Basra and set up a curfew in the city from 4 p.m. But if during the day protesters try to enter one of the oil sites near the city, and others block Umm Qasr’s access again, it is at nightfall that the situation escalates. Residents gathered on the streets and, in ever-increasing numbers, they quickly attacked government buildings, party and militia premises, the regional governor’s offices and residence, and they burned down everything that might be. What makes a whole lot of noise, including at the international level, is that the Iranian consulate is stormed for the second time and that, this time, it went up in smoke. During the night, three more demonstrators were shot dead by the police.
The following day, Saturday, September 8th, is particularly calm in comparison. The port of Umm Qasr resumes its activities, and the police watch. Some activists claiming to be “organizers” of the protests denounce the destruction of the previous day and announce that they are stopping the movement. The curfew was finally lifted in the evening. It should be noted that, for the first time, the commander of the PMU declares that his troops are ready to deploy in the streets of Basra to ensure security and protect peaceful demonstrators against agents provocateurs.
The government is once again promising to release funds (without giving any amount or timetable), although no one has yet seen the shadow of the $3 billion promised in July. On the same day, Parliament met in an emergency session in order to discuss the crisis in Basra, but part of the assembly, including the Fatah Alliance (political wing of the PMU), called for the resignation of Prime Minister al-Abadi. But, in a dramatic turn of events, this call was echoed by Muqtada al-Sadr, an ally of al-Abadi until then! The sovereignist leader thus suggests an alliance with the pro-Iranian bloc. This turnaround was facilitated by Grand Ayatollah Ali al-Sistani’s highly critical stance towards the Prime Minister. He was finally forced to throw in the towel, and Adel Abdel Mahdi, a former oil minister, was appointed to succeed him (he did not take office until October 25th, 2018). The situation is still somewhat confusing but, while some denounce the recent riots as the result of a plot aimed at countering Iranian influence, it seems paradoxically that the pro-Iranian bloc will be strengthened as a result.20
Nothing that a priori could satisfy the protesters, of whom, in less than a week, thirteen were killed and dozens more wounded. Nothing that would indicate an improvement in their material living conditions. However, the demonstrations did not resume, calm returned, and daily life is getting back to normal in Basra and Baghdad. For how long? Everyone is waiting for the next explosion and remains on guard.
But no one’s realized yet that it will take about a year to see the Iraqi proletarians once again taking to the streets, equipped with their incendiary anger.

End of the first part.

Tristan Leoni, November 2019

The second part, “2019. Political reform or civil war?” will be published soon.

This article in PDF [in French]

1 Quentin Müller, Mutilés de Bassora, en Irak : « J’aurais préféré aller au paradis » [Mutilated from Basra, Iraq: “I would have preferred to go to heaven”], Libération, August 28th, 2018.

2 On this city, we can recommend Anne Poiret’s documentary Mossoul, après la guerre [Mosul, after the war], broadcast in 2019 on Arte.

3 The United States has granted Iraq derogations to allow it to trade with Iran despite the sanctions imposed on that country (relating to the nuclear agreement).

4 Grand Ayatollah Ali al-Sistani, a person respected beyond the communities for his alleged wisdom, is the highest religious authority of Shiism in Iraq. He plays the role of arbiter, weighing the political balance on one side or the other, always on the right side of the current balance of power. But, because of his acceptance of the political system since 2003, he is somewhat discredited in the eyes of many Iraqi Shiites.

5 Quentin Müller, op. cit.

6 Teva Meyer, Reconstruire l’Irak : une mission impossible ? [Rebuilding Iraq: an impossible mission?], DSI, n° 143, September-October 2019.

7 Muqtada al-Sadr, a nationalist leader, sovereignist and Shia populist, enjoys immense popularity among the Iraqi Shia proletariat, but he did not acquire it, he inherited it from his father, Ayatollah Mohammad Sadeq al-Sadr, assassinated in 1999. Renowned for his political versatility and maneuvering skills, embodying the opposition and the defense of the poor, he has seen his aura somewhat tarnished since 2018 as a result of his participation in the institutional political process.

8 The “Green Zone” is a highly secure enclave in the heart of the Iraqi capital, housing the Parliament, ministries, various institutions and embassies. Some parts were gradually reopened to the population during 2018, after fifteen years of complete closure.

9 Noé Pignède, Le sud de l’Irak face à une crise sanitaire et économique inédite [Southern Iraq facing an unprecedented health and economic crisis], La Croix, November29th, 2018.

10 For a description of the city see for example: Quentin Müller, Bassora, la Venise d’Irak en péril [Basra, the Venice of Iraq in danger], orientxxi.info, August 30th, 2018.

11 Myriam Benraad, L’Irak est à nouveau en train de perdre la paix [Iraq is again losing peace], L’Opinion, August 22nd, 2018.

12 Let us recall here that in Iraq the weekend takes place from Friday to Saturday and that Sunday is the first day of the week.

13 It should be noted that to fire live ammunition (with a Kalashnikov) over the demonstrators’ heads in order to frighten them and disperse them is a common practice for law enforcement in the Middle East. However, the maneuver is dangerous and can, even unintentionally, cause injury or death. This method is commonly used in the demonstrations we refer to in this text. Specifically targeting a demonstrator is therefore only one more step that can easily be taken by a police officer in the midst of a violent confrontation, even without any specific order from his hierarchy.

14 Iraqi protesters withdraw from Najaf airport, air traffic resumes, alarabiya.net, July 13th, 2018.

15 Les manifestations s’étendent dans le sud de l’Irak [Demonstrations are spreading in southern Iraq], lepoint.fr, July 13th, 2018.

16 With the exception of Kurdistan, this, because of its specific social and political characteristics and its very high degree of autonomy, remains on the margins of this mobilization as well as the one that begins in October 2019. See, for example, Soulayma Mardam Bey, Pourquoi les Kurdes d’Irak ne se soulèvent pas [Why the Kurds of Iraq do not rise up], L’Orient le jour, November 28th, 2019.

17 Luluwa al-Rashid, L’Irak après l’État islamique : unevictoire qui change tout ?, [Iraq after the Islamic State: a victory that changes everything?], Ifri’s Notes, July 2017, p.14.

18 Hélène Sallon in Le soulèvement social de Bassora, symptôme des maux de l’Irak [The social uprising in Basra, a symptom of Iraq’s problems], October 3rd, 2018, Iremmo. Hélène Sallon, journalist at Le Monde, is the author of the highly instructive book L’État islamique de Mossoul. Histoire d’une enterprise totalitaire [The Islamic State of Mosul. History of totalitarian enterprise], La Découverte, 2018, 288 p.

19 Ibid.

20 Prime Minister Al-Abadi had taken a stand in favor of Washington by applying in turn sanctions to his Iranian neighbour, but “reluctantly”, which provoked Tehran’s anger. ÉlieSaïkali, Lâché par Sadr, Abadi plus isolé que jamais [Dropped by Sadr, Abadi more isolated than ever], L’Orient le jour, September 10th, 2018.

Source in French: https://ddt21.noblogs.org/?page_id=2517

English translation: Friends of the Class war

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