[Pass sanitaire] « Révolution sans frontières » (fr) (en) (es)

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  • Combattons l’exploitation et le nationalisme
  • Cortège révolution sans frontière – Manif contre le pass sanitaire
  • Petite mise au point à propos de l’article de FAFWATCH
  • Le pire produit du fascisme ? C’est l’antifascisme !

Note de GdC : Depuis plusieurs mois, un mouvement de protestation très hétérogène et confus se développe à travers le monde, protestation qui vise l’obligation vaccinale anti-covid, ainsi que le « pass sanitaire » qui va avec, et ses conséquences en terme de renforcement du contrôle social exercé par l’État envers le prolétariat. Ce mouvement s’exprime avec une certaine virulence en France, et des militants révolutionnaires tentent d’y insuffler des consignes de rupture claire avec l’ordre capitaliste (comme « Combattons l’exploitation et le nationalisme » ou encore « La seule perspective d’une vie meilleure c’est la révolution ! ») et d’assumer ainsi leurs tâches de direction. A Toulouse, tout particulièrement, des camarades qui organisaient un « cortège révolutionnaire » sous la bannière « Révolution sans frontières » se sont vus attaqués physiquement par une bande de quelques dizaines de militants d’extrême-droite. Bien que ces camarades se refusent de tomber dans le piège de l’antifascisme, l’occasion était trop belle pour l’ensemble des secteurs locaux de la social-démocratie et du gauchisme de crier au loup et de tenter de nous fourguer pour la millième fois leur marchandise idéologique frelatée en faisant circuler la consigne « Toulouse antifasciste ! »…

Nous profitons donc de la republication de plusieurs petites contributions autour de ces événements pour réaffirmer succinctement notre position de toujours quant à la question du fascisme et de l’antifascisme, ainsi qu’à la nécessité d’organiser l’auto-défense des camarades et de nos luttes.

La critique de l’antifascisme s’inscrit pleinement dans la critique globale de la fausse polarisation bourgeoise fascisme versus antifascisme, elle ne doit pas être limitée à la critique du frontisme et de l’activisme, ni ne doit être séparée de la globalité de la lutte anticapitaliste. Le fascisme n’est pas une troisième force, il n’est qu’une des facettes, une manifestation quotidienne parmi d’autres de la force étatique. Historiquement, le prolétariat a toujours dû s’affronter à ces organes de l’État que sont les milices patronales (Pinkerton aux USA, réseaux proches du SAC, de l’OAS et de Peugeot en France), les pistoleros en Espagne dans les années 1920, les gardes et armées blanches, les escadrons de la mort (Triple A en Argentine, Honneur de la police en France, GAL et Guérilleros du Christ Roi en Espagne durant les années 1970) ou encore les corps francs en Allemagne et en Hongrie en 1919. Le prolétariat a aussi toujours dû s’armer en conséquence pour se défendre des menaces et des attaques contre ses conditions de vie et d’organisation de la lutte.

Dans ce sens, il est nécessaire de clarifier le contenu réel de l’action de groupes prolétariens qui se constituent en groupes d’auto-défense face à l’État qui en l’occurrence prend ici la forme de fascistes armés souvent prêts à tuer car l’utilisation d’expressions comme « lutte antifasciste » ne peut que renforcer la confusion. La polarisation fascisme versus antifascisme n’a jamais servi qu’à enfermer toute avancée révolutionnaire dans la défense d’un moindre mal et donc de l’ordre existant, en mobilisant les prolétaires pour la défense de l’État, pour préparer l’affrontement guerrier sur un terrain qui n’est pas celui de notre classe. C’est une vision globale des phénomènes et une critique historique de l’antifascisme qui nous permettent de considérer très justement l’exemple de la dite « guerre d’Espagne » : celle-ci fut non seulement de manière éminemment pratique le cercueil du prolétariat militant dans cette région mais elle a également préparé idéologiquement l’ensemble de la classe des exploités à accepter de se laisser embrigader dans le massacre généralisé que fut la dite « seconde guerre mondiale ».

Depuis des décennies, certains secteurs militants défendent également un « antifascisme révolutionnaire », considérant que le « véritable antifascisme » ne doit pas seulement se focaliser sur la disparition des fascistes de la surface de la terre mais qu’il doit également renforcer le changement (révolutionnaire) de la société, changement qui permet de la débarrasser des raisons pour lesquelles le fascisme apparaît, en opposition à ce qui est qualifié d’« antifascisme démocratique » qui est « issu des initiatives citoyennes » et qui ne fait « paradoxalement qu’aider le fascisme ». Manifestement, même si certaines formulations sont encore ambiguës, il y a une certaine volonté de clarifier les choses.

Nous considérons néanmoins qu’il est pour le moins contre-productif de vouloir absolument « révolutionner » ce qui est manifestement et pleinement contre-révolutionnaire dès l’origine : il est tout autant absurde de « révolutionner » l’antifascisme que le syndicalisme ou encore le parlementarisme. À la suite des leçons tirées par quantité de militants, groupes, collectifs, partis…, nous pointons le fait que la nécessité pour notre classe et ses minorités révolutionnaires de s’organiser contre « les milices fascistes » ne peut en aucun cas correspondre à une adhésion quelconque (et encore moins de manière structurante !) à l’idéologie antifasciste (qui a déjà fait ses preuves néfastes dans l’histoire) mais bien à un besoin d’auto-défense dans leur lutte en tant que minorité pour affirmer leurs moyens d’existence tout simplement.

Rappelons-nous cette leçon essentielle que toute l’histoire du mouvement ouvrier nous enseigne depuis une centaine d’années : qu’elle soit fasciste ou antifasciste, la démocratie c’est toujours la dictature du Capital !

Que crève le Capital et sa démocratie, ainsi que ses fascistes et ses antifascistes !

Combattons l’exploitation et le nationalisme

Tract trouvé à la manif toulousaine du 4 septembre 2021 et publié par Détruisons l’économie.

Par la mise en place du Pass sanitaire et des mesures qui l’accompagnent, l’Etat applique encore la même stratégie utilisée depuis le début de l’épidémie de Covid : renforcer le contrôle social, monter les gens les uns contre les autres, cette fois-ci entre ceux qui détiennent le pass et ceux qui n’en disposent pas.

Les querelles entre vaccinés et non-vaccinés rendent plus compliquée toute solidarité entre les exploités, et empêchent d’identifier ce qui cause les crises successives que nous vivons : le système capitaliste et non pas son collègue, son voisin, son ami…

Par ailleurs on veut nous habituer à nous soumettre à des contrôles toujours plus réguliers. Les pouvoirs de la police sont renforcés, les contrôles d’identité sont généralisés, et sous traitée à une part toujours plus importante de la population. Sans surprise, c’est grâce à l’appui de la technologie que s’opère ce flicage.

Les conditions de vie déjà très rudes des personnes sans-papiers vont l’être encore davantage. Par contre les marchandises, les divers commerçants internationaux et les touristes des pays les plus riches continueront à passer d’un pays à un autre sans difficulté tandis que les personnes qui n’ont pas les bons-papiers galéreront toujours plus aux frontières et dans leurs déplacements.

C’est contre cette dynamique d’accélération du contrôle social que nous entendons lutter.

Si on lutte contre le pass, ce n’est pas parce que nous sommes opposés à la vaccination, mais bien contre le capitalisme et les différents outils qu’il utilise pour se maintenir, contrairement à certaines composantes du mouvement qui sont là pour des raisons antagonistes des nôtres : l’extrême droite s’est toujours opposée au renversement du système.

Elle a toujours veillé au maintien de l’ordre établi, de la morale bourgeoise, cloîtré derrière les frontières qu’elle défend à tout prix. La désignation de bouc-émissaires a toujours fait partie de ses pratiques. Ce ne sont que des charognards, qui veulent se renforcer à travers ce mouvement pour instaurer une société encore plus autoritaire.

Face au pass sanitaire, à la dégradation de nos conditions de vie que va amener la crise économique, aux licenciements qui ne manqueront pas de tomber, à la réforme du chômage ou des retraites, plutôt que de servir la soupe à l’extrême droite :

La seule perspective d’une vie meilleure c’est la révolution !

Source : https://twitter.com/bk122LR/status/1435681863037820929/

Cortège révolution sans frontière – Manif contre le pass sanitaire

Ce texte a été écrit par des personnes qui participaient à un cortège révolutionnaire présent durant la manif contre le « pass sanitaire », samedi 11 septembre 2021 à Toulouse.

Pourquoi un cortège révolutionnaire ?
Nous avons voulu tenir un cortège révolutionnaire pour défendre une orientation : celle qui relie les manifs contre le pass sanitaire au soulèvement des Gilets Jaunes et plus largement à la grande vague de révolte qui secoue le monde depuis lors.

Pourquoi « Révolution sans frontières » ?
Nous avons voulu insister sur le caractère sans frontière de la révolution, car nous savons bien que les attaques contre les exploités, le flicage qui se généralise, prends certes des formes différentes selon les pays, mais dans une même logique d’ensemble : écraser la gueule des prolos, nous diviser pour mieux nous exploiter.

Certaines tendances politiques feraient volontiers table rase des pratiques et luttes de ces dernières années.
Elles cherchent à circonscrire la manif aux espaces autorisés et réduire la lutte à des revendications partielles, telle la liberté de consommer sans le pass, alors que des fractions de plus en plus grande de la population n’ont tout simplement plus la possibilité financière de consommer.

L’hostilité de ces tendances à prendre le chemin révolutionnaire ouvert par les GJ, pour y préférer le statu quo ou la réaction, voilà ce qui a mis les groupes fascistes en confiance. C’est sur une absence de solidarité du reste de la manifestation que comptaient les groupes fascistes qui ont attaqué le cortège révolutionnaire et gilet jaune. Mais les manifestants ne l’ont pas entendu de cette oreille et c’est ensemble que la manif a dégagé les fachos, avant que les flics ne gazent un peu partout.

Et maintenant ?
Nous réitérons notre opposition au contrôle social que constitue le pass sanitaire, et surtout à la détérioration de nos conditions de vies, aux mises à pieds et licenciements qui s’annoncent !

Vive la révolution sans frontières
Construisons la solidarité de tous les exploités

Source : https://iaata.info/Cortege-revolution-sans-frontiere-Manif-contre-le-pass-sanitaire-4927.html

PDF : https://iaata.info/IMG/pdf/sans_titre-3.pdf

Petite mise au point à propos de l’article de FAFWATCH

Publié le 15 septembre 2021.

Un texte qui passe sous silence la perspective révolutionnaire du cortège pour se cacher derrière une stratégie « pacifiste et démocratique ». Tout l’inverse de ce qui a été porté par le cortège révolutionnaire attaqué par les fascistes.

Le texte de fafwatch sur l’attaque de la manif (trouvable ici https://iaata.info/Toulouse-attaque-fasciste-contre-la-manifestation-anti-pass-sanitaire-4931.html) est, à son tour, une attaque contre le discours qu’a cherché à porter le cortège révolutionnaire dans la manif.

À ce titre, il n’est pas anodin de voir que le cortège révolutionnaire contre l’exploitation et le nationalisme soit devenu, une fois passé à la moulinette de l’antifascisme innocentiste de ce texte un simple cortège contre l’exploitation et le nationalisme.

On ne s’étonnera donc pas non plus de voir le texte se planquer derrière la défense d’une manif « démocratique et pacifiste ». En gros : ce sont d’innocents citoyens pacifistes qui exerçaient leur droit à manifester qui ont été attaqué. La position d’extériorité de ce texte est ici patente. Alors que le cortège révolutionnaire s’assume comme faisant partie de la manif, tout en prenant parti pour un devenir révolutionnaire, contre les tendances interclassistes, citoyennistes, légalistes et démocratistes, mais aussi confusionnistes et nationalistes, fafwatch pose l’antifascisme comme une sorte de bande de justiciers extérieurs à la lutte, qui prend la défense de citoyens innocents. Une milice qui défend l’inoffensivité du mouvement n’a rien de révolutionnaire (euphémisme).

Et au passage, un véritable taf d’enquête et de balance est opéré à partir des images de la scène pour établir les responsabilités, un véritable travail de keuf ! Qu’est-ce qu’on s’en fout d’apporter la preuve, avec trois photos à l’appui, de qui a porté le sac avec leur matos ? Ou la préméditation de l’acte ? Si ce n’est dans l’espoir que les flics se saisissent de ces images pour les arrêter ? D’ailleurs, l’appel à ce que l’Etat juge et condamne ces groupes fascistes, est clair dans ce texte.

La perspective révolutionnaire est de fait balayée par ce texte au profit d’une délation innocentiste en bonne et due forme.

Et c’est tout juste si le texte ne se termine pas sur l’importance d’aller voter aux prochaines élections pour contrer l’extrême droite (parce que les fachos, eux, vont « glisser un bulletin brun dans l’urne en mai prochain »).

Donc un petit rappel de la banderole attaquée : A bas l’État, les flics et les Patrons. Révolution sans frontières.

Défendre le statut quo d’une manif inoffensive, démocratique et pacifiste fait justement le jeu des tendances qui ouvre la voie à ces fascistes. Voir le texte paru sur iaata ici :

https://iaata.info/Cortege-revolution-sans-frontiere-Manif-contre-le-pass-sanitaire-4927.html

Source : https://iaata.info/Petite-mise-au-point-a-propos-de-l-article-de-FAFWATCH-4932.html

Le pire produit du fascisme ? C’est l’antifascisme !

Note de GdC : Voici quelques « thèses de travail » à propos de la polarisation bourgeoise fascisme versus antifascisme. Celles-ci ne sont pas un absolu, ni une bible et encore moins un « texte sacré » qu’il faudrait signer des deux mains, mais juste un préliminaire à une discussion plus approfondie sur la question.

Nous avons ressorti des archives d’un camarade ce vieux texte, qui date d’il y a plus de 20 ans et avait à l’époque circulé principalement en langue anglaise en Europe de l’Est, mais aussi en France et en Espagne. Nous y avons apporté quelques petites corrections mais nous tenons néanmoins à pointer du doigt la catégorisation idéologique présente dans le texte selon laquelle la dictature du Capital s’articulerait autour des pôles « démocratie » versus « dictature » (même avec l’usage des guillemets), catégorisation qui tend à éluder la nature profonde de la dictature sociale du Capital qui est précisément et réellement la démocratie (SA démocratie !) en tant principalement que négation de l’antagonisme de classe et de sa conflictualité.

Comme tout matériel politique de notre classe et de notre lutte, ce texte a besoin d’être vivement critiqué. Alors, discutez-le et apportez y la contradiction pour renforcer notre communauté de critique contre le Capital.

1/ L’essence de l’antifascisme consiste à lutter contre le fascisme en promouvant la démocratie, qu’il oppose l’un à l’autre, c’est-à-dire à lutter non pour détruire le capitalisme, mais pour le forcer à renoncer à se faire totalitaire. En promouvant cette utopie, l’antifascisme détourne très concrètement les antagonismes de classes ; il n’y a plus deux classes qui s’affrontent : prolétariat contre bourgeoisie, deux projets qui s’opposent : communisme/anarchie contre Capital, destruction du Vieux Monde contre conservation de celui-ci, abolition de la société de classes et imposition des besoins humains contre dictature de la Valeur, mais à la place des polarisations bourgeoises : « démocratie » contre « fascisme », « État de droit » contre « État policier », « civils » contre « militaires », « parlementarisme » contre « régime dictatorial » et « parti unique ». Le fascisme étant, dans le « meilleur » des cas, identifié au totalitarisme de l’État. Toutes ces campagnes bourgeoises sont la négation en actes des antagonismes de classes, de leur lutte implacable et séculaire, elles sont donc dans ce sens le règne de la démocratie. Jouer le jeu de l’antifascisme, c’est renforcer ce qu’on croit combattre. Les actuelles campagnes antifascistes menées par la bourgeoisie (de même que les campagnes fascistes) visent à reconstituer l’union nationale autour de l’État, à faire adhérer les prolétaires à la reproduction du rapport social capitaliste. Elles permettent aujourd’hui aussi, comme hier, de recréer une polarisation en vue du déclenchement d’une nouvelle guerre permettant (selon nos ennemis de classe) la relance d’un nouveau cycle d’accumulation…

2/ Le problème n’est donc pas que la « démocratie » assure une exploitation plus douce que la « dictature » (pour reprendre les catégorisations convenues que la social-démocratie introduit) : chacun « préférerait » être exploité à la suédoise que d’être torturé à la brésilienne. Mais a-t-on le choix ? Nous n’avons en effet pas le choix dans la façon dont nous nous faisons exploiter. C’est toujours l’État du Capital qui change les formes de sa dictature suivant ses besoins de valorisation. Cette « démocratie » se transformera elle-même en « dictature » dès qu’il le faudra. L’État ne peut avoir qu’une fonction, qu’il remplit « démocratiquement » ou « dictatorialement ».

3/ Le fascisme n’est explicable qu’en tenant compte de la période précédente : l’écrasement de la vague révolutionnaire de 1917-21 par la social-démocratie (Russie, Allemagne, Italie, Hongrie, Bulgarie, etc.). C’est d’abord et avant tout la social-démocratie qui désarme, idéologiquement et pratiquement, le prolétariat et réprime militairement ses insurrections. En Allemagne, ce sont les corps francs dirigés par le socialiste Noske qui seront le fer de lance de la campagne de rétablissement de l’ordre. Le fascisme, comme son grand frère le stalinisme, « ne fait que » parachever l’œuvre de la contre-révolution en achevant un prolétariat battu. La soi-disant dictature vient toujours après que les prolétaires aient été battus par la démocratie, avec ses syndicats et ses partis de gauche. L’antifascisme occulte cette réalité fondamentale en identifiant le fascisme aux « forces du mal » et en ne le ramenant qu’à une « réaction » a-historique, « irrationnelle », sortie de nulle part. La crédibilité du fascisme dans les années 1930 s’explique par le fait qu’il réalise en partie le programme de la social-démocratie : « amélioration » du « niveau de vie », grands travaux publics, résorption du chômage, etc.

4/ La tactique essentielle de tous les fronts antifascistes, c’est de coller bruyamment l’étiquette fasciste sur l’État (Cf. en France le slogan : « CRS=SS »), ce qui a le même effet que de dénoncer les partis à la tête de l’État. Dans les deux cas, on escamote la critique de l’État derrière la dénonciation de ceux qui le dirigent. Plus même, l’antifascisme, c’est la promotion et le renforcement de la démocratie et donc de son État.

5/ L’antifascisme rappelle constamment les massacres nazis, ce qui sert à justifier cette guerre en lui donnant un caractère humanitaire et à escamoter de ce fait la réalité que la guerre est une nécessité matérielle pour le Capital lui permettant de liquider en peu de temps une masse excédentaire de forces productives. Mais à toute guerre, il faut une justification pour embrigader les prolétaires sous ses drapeaux. La lutte contre le fascisme a permis de justifier le massacre de plus de 50 millions de prolétaires par la mise en avant d’une lutte contre « le totalitarisme ». Et pourtant, même en se plaçant sur le seul terrain de l’humanisme bourgeois et pacifiste, les camps de la mort nazis ne furent pas les seules « horreurs » de la guerre : exemple, les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, les bombardements massifs et meurtriers sur les grandes villes d’Allemagne, les massacres de Sétif en Algérie en mai 1945 par l’armée française, le jour même de « la Libération », etc.

6/ Le développement du Capital entraîne ces deux conséquences principales : l’obéissance des ouvriers, et donc la destruction douce ou violente du mouvement révolutionnaire ; et la concurrence avec les autres capitaux nationaux, donc la guerre. Le rapport social capitaliste s’articule autour de la concurrence et la constitution de nations qui serviront de support, de base matérielle aux guerres. Toute nation produit son nationalisme concurrentiel au nationalisme voisin, toute nation tend à s’accaparer les parts de marché de son voisin. Tout nationalisme est par essence impérialiste et favorise par conséquence les guerres. Toute nation contient en elle les germes de l’impérialisme, même les nations dites progressistes du « tiers-monde » : Vietnam, Nicaragua, etc.

7/ Le triomphe du Capital n’est jamais aussi total que lorsque les travailleurs se mobilisent pour lui en croyant « changer la vie ». Entre « dictature » et « démocratie », il s’agit plutôt de deux façons d’encadrer le prolétariat, soit en l’intégrant de force, soit en l’associant par l’intermédiaire de « ses » organisations : syndicats, partis, associations, etc. L’antifascisme conséquent consiste à renforcer l’État, toujours présenté comme « démocratique », « de droit »,… tout en y attachant le prolétariat, en « faisant participer les hommes ».

8/ Pour tous les réformateurs de la société capitaliste, la démocratie est conçue comme un élément du socialisme, élément déjà présent dans le monde actuel. Le socialisme serait en effet la démocratie totale. La lutte pour le socialisme consisterait à gagner de plus en plus de droits démocratiques au sein du capitalisme, idéologie social-démocrate qui porte un nom : le gradualisme. L’antifascisme aboutira toujours à accroître le totalitarisme ; son combat pour un État « démocratique » (il l’est par essence !) consolide l’État. Pour les révolutionnaires, le socialisme, le communisme, l’anarchie signifie la destruction totale du rapport social capitaliste, donc de ses classes, de son État, de sa démocratie. Nous n’avons pas à améliorer, et donc en dernière instance à renforcer, ce contre quoi nous luttons. Le fascisme et l’antifascisme font partie d’un tout, ils sont les deux mâchoires du même piège qui nous broie.

9/ Lorsque les prolétaires rallient de manière volontaire et militante le camp de la démocratie, de l’antifascisme, de l’État, ils perdent toute capacité à défendre leurs propres intérêts de classe, ils se renient en tant que classe révolutionnaire, destructrice de cette société de classe, ils renforcent ce qu’ils prétendent combattre : l’État. Il n’y a pas, c’est-à-dire plus, de mouvement autonome du prolétariat à partir du moment où il s’enferme dans le cadre étatique.

10/ Le mouvement communiste ne peut vaincre que si les prolétaires dépassent le simple soulèvement (même armé) qui ne s’en prend pas au salariat lui-même.

11/ La guerre d’Espagne a servi à polariser les prolétaires du monde entier, des « pays fascistes » comme des « pays démocratiques », autour de l’opposition fascisme-antifascisme, et préparait ainsi l’Union Sacrée de 1939-1945. Elle fut une répétition générale de la seconde guerre mondiale, comme la guerre des Balkans le fut pour 14-18. La bourgeoisie cherche toujours à formaliser des alliances, à polariser des camps concurrents, à faire adhérer les prolétaires à ses drapeaux pour donner une base matérielle solide à sa solution qu’est la guerre.

12/ En soutenant l’Etat existant sous sa forme « démocratique » pour éviter qu’il revête la forme « dictatoriale », l’antifascisme désarme idéologiquement et matériellement les prolétaires en falsifiant, en niant l’antagonisme qui les oppose à l’État, l’État du Capital. L’antifascisme livre ainsi les prolétaires à la répression en appelant à cesser la lutte contre l’ennemi de classe qui lui est décidé à aller jusqu’au bout. C’est ce qu’il a fait, entre autre lors des luttes sanglantes à Barcelone en mai 1937. C’est le manque de rupture des prolétaires et des révolutionnaires d’avec l’antifascisme, et plus globalement d’avec la social-démocratie, qui les a menés à la défaite et à la mort.

13/ Pour une frange radicalisée du prolétariat, la guerre d’Espagne servira de début de justification à la guerre (future) contre le fascisme. Refusant jusque-là l’Union Sacrée, même contre l’Allemagne nazie, les prolétaires qui résistaient encore en viennent à l’accepter, comme « moindre mal » comparé à la victoire fasciste. La grande fonction idéologique de la guerre d’Espagne sera donc de polariser les hésitants autour de l’alternative « démocratie » contre « fascisme », présentée dans chaque camp comme la seule réponse au totalitarisme « ploutocratique » ou « fasciste ». Et en 1936, comme en 1940 ou en 1914, c’est encore et toujours la social-démocratie qui est à la pointe de la mobilisation des prolétaires pour la guerre.

L’antifascisme est une formule de confusion !

Fasciste ou antifasciste, la dictature du Capital, c’est la démocratie !

La lutte contre le fascisme commence par la lutte pour la révolution sociale !

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