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Dernière mise à jour : 04/06/2020

  • Du bon usage des épidémies [GARAP]
  • Crise du coronavirus : le capitalisme tue. Éradiquons-le ! [Défense Collective Gilets Jaunes]

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  • Making good use of epidemics [Garap]

Groupe d’Action pour la Recomposition de l’Autonomie Prolétarienne
Communiqué n°77 – Mars 2020

Du bon usage des épidémies

ou le délire hygiéniste au service de la recomposition autoritaire du capitalisme

I. Coronavirus : pandémie mondiale ou arnaque au virus ?

Un spectre hante l’Europe : le spectre du coronavirus. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le Vatican et la chancelière allemande, le président français autant que ses opposants « insoumis », les condés belges comme les militaires italiens.

Pourtant, à rebours du discours alarmiste hégémonique, le Covid-19 dont on nous rebat tant les oreilles se distingue surtout d’autres maladies infectieuses par sa nouveauté – et le caractère effrayant que cela lui confère : sa dangerosité extrême est donc, pour l’heure, surtout potentielle. Pour le reste, et en l’état actuel des connaissances :

  • À l’échelle planétaire, 18 000 personnes sont mortes en 100 jours depuis mi-décembre, à comparer avec les 2,6 millions de personnes mortes dans le monde par infection respiratoire aiguë en 2019 ;
  • Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) elle-même, 80% des infections au coronavirus seraient bénignes voire asymptomatiques ;
  • Les chiffres officiels font état, le 24 mars, de 22 300 « cas sévères » et de 1 100 morts en France, soit un taux de létalité de 4,93% « relativement bas », notamment par rapport au SRAS de 2003. Même si le nombre de morts n’est pas exhaustif, du fait notamment de la non-prise en compte des décès dans les EHPAD, ce taux est pourtant surévalué. En effet, justifiée officiellement par des raisons logistiques, la limitation des tests aux seules personnes présentant des symptômes graves permet d’afficher un taux de létalité d’autant plus menaçant qu’il est artificiellement biaisé – les personnes asymptomatiques ou présentant des symptômes bénins n’étant pas testées donc pas comptabilisées ;
  • En France, selon le Directeur Général de la Santé Jérôme Salomon, 7% des personnes décédées ont moins de 65 ans. Cela signifie, implicitement, que 93% des personnes décédées ont plus de 65 ans, soit un pourcentage qui est exactement le même que lors de la dernière épidémie sévère de grippe en France (13 000 morts pendant l’hiver 2017-2018) ;
  • Selon Geneviève Chêne, directrice générale de Santé Publique France, les personnes touchées par le coronavirus ont souvent une fragilité de santé antérieure… à l’instar, donc, de la grippe saisonnière – dont on nous parle pourtant très peu alors même qu’elle tue chaque année 250 000 à 500 000 personnes dans le monde ;
  • En Italie, les victimes du coronavirus sont à 70% des hommes, avec une moyenne d’âge de 79 ans – ceci à mettre en perspective avec l’espérance de vie des hommes italiens, qui est justement de 79 ans ; selon les derniers chiffres de l’Institut Supérieur de la Santé (ISS), presque 99% (!) des personnes décédées présentaient au moins une autre pathologie : insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance rénale chronique, etc.
  • En Allemagne, qui compte plus de 16 600 cas de personnes infectées, le recours aux dépistages massifs et aux masques aboutit à un taux de létalité du coronavirus de… 0,3% (46 décès) ;
  • Il ressort d’une étude publiée dans la revue médicale américaine Jama, portant sur 45 000 personnes atteintes du Covid-19, que le taux de létalité est surtout élevé chez les personnes âgées (8% dans la tranche d’âge 70-79 ans), mais qu’il est de 1,3% chez les quinquagénaires, 0,4% chez les quadragénaires, 0,2% chez les moins de 39 ans et 0% chez les enfants ;
  • Alors même que les merdias franchouillards nous resservent ad nauseam le storytelling de l’hôpital-public-héroïque-mais-débordé-par-l-afflux-des-cas-de-coronavirus, les cliniques privées n’ont toujours pas été officiellement réquisitionnées ; cerise sur le gâteau de cette situation surréaliste, c’est Lamine Gharbi, président de la Fédération des cliniques et hôpitaux privés de France, qui exhorte le gouvernement à réquisitionner les structures privées : « Aujourd’hui malheureusement, alors que les capacités publiques sont dépassées, les établissements privés restent sous-utilisés. Un grand nombre de nos lits qui ont été libérés restent vides. Dans le Grand Est, nous avons libéré 70 places de réanimation qui n’ont pas encore été totalement affectées ce samedi par l’Agence Régionale de Santé où les hôpitaux publics sont débordés. Pourtant, des patients sont transportés en avion dans le sud de la France. Je demande donc solennellement à ce que nous soyons réquisitionnés pour épauler l’hôpital public » ;
  • Enfin, en dépit du scepticisme intéressé des médias mais aussi du gouvernement français (ni les premiers ni le second ne souhaitant apparemment que cet épisode de Covid-19 se termine prématurément par un happy end), un remède existerait déjà (et un vaccin serait en phase de test).

En réalité, tout porte à croire que, derrière les faux semblants, la racaille politicienne a bien conscience du caractère a priori commun de cette maladie infectieuse :

  • Le ministre de l’Éducation nationale J.-M. Blanquer a admis dans la plus grande des décontractions que le coronavirus touchera vraisemblablement plus de la moitié de la population française – preuve s’il en était de sa relative innocuité dans sa forme actuelle ;
  • L’Assemblée nationale elle-même constitue un des clusters majeurs à partir duquel le Covid-19 se dissémine sur le territoire hexagonal; or, on peut éventuellement le déplorer mais force est cependant de constater qu’aucun député n’est actuellement à l’article de la mort… ce qui n’a cependant pas empêché le Conducător de pacotille Macron d’évoquer dans son discours exalté du 16 mars 2020 « la plus grave crise sanitaire qu’ait connue la France depuis un siècle ».

En outre, le Covid-19 s’est d’autant plus facilement diffusé en France que les marcheurs au pas de l’oie ont fait tout le nécessaire en ce sens :

  • Le 24 janvier 2020, Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, estimait que « le risque de propagation du coronavirus dans la population » française était « très faible »… or, quelques jours après cette déclaration, A. Buzyn avertissait le Premier ministre E. Philippe de la possible collision calendaire entre le pic de l’épidémie du Covid-19 et les élections municipales ;
  • Le 6 mars 2020, Emmanuel et Brigitte Macron assistaient à une représentation au théâtre « pour inciter les Français à sortir malgré le coronavirus » ;
  • Le 9 mars 2020, la porte-parole de La Répression En Marche Aurore Bergé tenait un discours à tonalité on ne peut plus rassurante, affirmant que la France était « extrêmement préparée à ce type de risque sanitaire, avec des médecins de ville formés là-dessus » ;
  • Enfin, alors que l’épidémie a été circonscrite à Taïwan et en Corée du Sud grâce à la généralisation des dépistages et du port du masque, le gouvernement LREM a refusé le recours à ces méthodes pourtant éprouvées et a préféré opté pour l’encagement (prononcer : « confinement », ça fait moins peur !) généralisé de 67 millions de personnes. Sur le plan sanitaire, les exemples taïwanais et sud-coréen prouvent en tout cas que le confinement n’est pas la seule option pour vaincre le coronavirus.

Soit dit en passant, rien ne démontre que, s’agissant des publics fragilisés (détenus embastillés dans les geôles de la raie publique française, personnes âgées résidentes en EHPAD, mineurs dépendants de l’Aide Sociale à l’Enfance, femmes victimes de violences conjugales, etc.), le confinement généralisé sauvera plus de vies qu’il ne générera de dégâts humains (suicides et dépressions liés à l’interdiction des visites, contagion généralisée générée par la promiscuité, etc.).

L’on ne saurait clore ce point sans évoquer le sempiternel rôle d’idiots utiles joué par les organisations politiques de gauche (au sens large). Rompues à la « fabrication de faux combats pour le présent et si vaillant[es] à pousser tout ce qui [est] déjà en train de tomber) », ces dernières focalisent leurs critiques sur l’insuffisance – certes indéniable – des moyens dont dispose le système public de santé pour faire face à l’épidémie – demandant même, tels O. Faure (PS), J.-L. Mélenchon (LFI), J. Bayou (EELV) et F. Roussel (PCF), à La Répression En Marche de restreindre encore plus fortement les libertés publiques et individuelles ! Assurément, l’application incessante de réformes austéritaires à la fonction publique hospitalière, explicitement endossée par Macron en personne en avril 2018, a nécessairement contribué à dégrader la qualité d’un système de santé naguère considéré par l’OMS comme le plus performant du monde. Toutefois, en optant pour ce seul axe de lecture de l’actuelle crise, sociaux-démocrates, staliniens et autres altermondialistes avariés viennent totalement valider le discours trompeur présentant – en dépit des données disponibles – le Covid-19 comme une « menace sans précédent ». Car si, comme l’affirme avec gravité Mediapart, les « services de réanimation se préparent à trier les patients », on ne saurait néanmoins oublier que – conséquence de l’état de délabrement organisé du système de santé – l’hôpital public a manqué de lits de réanimation avant l’actuelle crise sanitaire, c’est-à-dire dès l’épidémie de grippe de 2017-2018 précédemment mentionnée.

La gestion à flux tendu, appliquée aux hôpitaux de la même manière qu’aux chaînes de supermarché ou aux concessionnaires automobiles, ou à la fabrication des masques chirurgicaux, a pour conséquence une absence de stocks (en l’occurrence de lits et de matériel médical) permettant de faire face à des périls inconnus : elle est absolument incompatible avec la floraison de catastrophes écologiques et sanitaires que ce système produit. Le moindre imprévu se traduit donc par des milliers de victimes parfaitement évitables qui, faute d’une réserve de lits disponibles, passent directement de l’hôpital à la morgue. Ce n’est donc pas la dangerosité particulière de ce virus que cette hécatombe annoncée démontre mais la morbidité d’un système qui a fait de la non-reproduction de la vie et du pillage sa raison d’être. Ce n’est pas non plus l’incompétence des gouvernants ou leur « impréparation » que cette crise révèle mais leur fonction de bons gestionnaires du capital.

En conséquence, les belles âmes citoyennistes qui popularisent le slogan « Restez chez vous ! », s’ils croient ainsi rendre service aux personnels soignants qui craignent – très légitimement – de devoir faire face à un afflux ingérable de patients dans les semaines qui viennent, se font surtout les complices d’une expérimentation totalitaire sans précédent dans ses modalités (l’assignation à résidence – par simple décision administrative et sous peine de sanctions – de centaines de millions de personnes) comme dans son ampleur (plusieurs pays concernés).

Et qu’il faille, dans le système hospitalier de la sixième puissance économique mondiale, hiérarchiser entre les patients à sauver et ceux à abandonner à leur sort sonne comme une condamnation sans appel du mode de production capitaliste qui rend cette aberration possible… et non pas – n’en déplaise aux diverses chapelles de gauche – comme un appel à rétablir urgemment un État-providence fantasmé qui ne reviendra de toute façon jamais, si ce n’est sous la forme d’une farce.

II. Provoquer la crise plutôt que la subir : quand des gouvernants radicalisés se convertissent aux thèses décroissantes et pratiquent le sabotage économique

Alors, de quoi cette hallucination collective autour du Covid-19 est-elle le nom si, par rapport à ce que nous en savons actuellement, celui-ci n’a rien de particulièrement grave per se ? Avant tout, elle est le reflet de la peur panique de certaines bourgeoisies face à l’état de l’économie mondiale. Rappelons, à toutes fins utiles, ces quelques éléments factuels antérieurs à la « crise du coronavirus » :

  • L’Allemagne, première puissance économique de l’Union Européenne et troisième exportateur mondial, a échappé de justesse à la récession au troisième trimestre 2019 ; sur l’année entière, la croissance de l’Allemagne est de seulement 0,5%, et sa production d’automobile est retombé à son niveau de 1997 ;
  • Estimée à 2,3% en 2017, la croissance française n’a été que de 1,7% en 2018 et 1,2% en 2019. Au dernier trimestre 2019, la production de richesses s’est contractée de 0,1% et la dette publique représentait 99% du produit intérieur brut ;
  • L’économie de l’Italie – troisième puissance économique de la zone euro et huitième mondiale – est à l’arrêt : elle a connu une récession fin 2018, puis une croissance de seulement 0,2% du PIB en 2019 incluant un quatrième trimestre durant lequel la production a reculé de 0,3% ; la dette publique italienne représente 132% de son PIB ;
  • Au troisième trimestre 2019, l’économie de la Chine – deuxième puissance mondiale – a connu son plus mauvais taux de croissance depuis 27 ans (1992) ;
  • Troisième économie mondiale, le Japon a connu, au dernier trimestre 2019, la pire chute de son PIB en cinq ans et, sur l’ensemble de l’année, la richesse produite n’a cru que de 0,7% ; sa dette publique représente 238% de son PIB ;
  • Si elle connaît un cycle de croissance d’une longueur historique, l’économie américaine a cependant été marquée par une hausse de la richesse produite en 2019 (2,3%) en recul sensible par rapport à 2018 (2,9%) ;
  • Dès décembre 2019, relayant notamment les craintes de l’OCDE, les rubriques « éco » des médias tenaient ce genre de propos : « L’OCDE prévoit que la croissance mondiale plafonne l’an prochain à 2,9%, son plus bas niveau depuis la récession mondiale de 2009 […] Une lente asphyxie de la croissance mondiale, sous l’effet de la numérisation et du changement climatique, au risque d’attiser les colères sociales : c’est ce que redoutent les économistes pour 2020 […] à plus longue échéance, l’économie mondialisée n’arrive pas seulement à la fin d’un cycle, mais approche la fin d’une ère, celle de l’envolée des échanges marchands et de l’industrialisation à grande vitesse des pays émergents […] Ludovic Subran, économiste en chef du géant de l’assurance Allianz, entrevoit un “purgatoire de croissance” mondial. S’il y en a un, “le prochain choc systémique ne naîtra sans doute pas dans la finance, mais sera exogène”. »

Ce sombre tableau n’a rien d’étonnant : pour sortir de la gigantesque crise financière puis économique débutée en 2008, les banques centrales ont réanimé le capitalisme en train de se noyer… en lui faisant boire encore plus d’eau – c’est-à-dire en stimulant le crédit par des politiques monétaires résolument expansionnistes. Si ces dernières ont permis à la bourgeoisie de s’acheter une décennie de sursis, ce fut au prix d’une hausse constante de l’endettement public et privé (ménages, entreprises) et d’une réduction corrélative de ses marges de manœuvre lorsque surviendrait tôt ou tard un choc endogène ou exogène majeur.

La classe dominante se trouvait, dès lors, face à un insoluble dilemme. Qu’on en juge : plus longtemps les politiques monétaires accommodantes permettraient le maintien de millions d’entreprises zombies et du pouvoir d’achat des ménages, et plus violent serait l’atterrissage économique lors de la prochaine crise.

Le choc économique s’annonçant donc d’autant plus rude qu’il serait artificiellement différé, certains gouvernants adeptes de la stratégie du choc ont tenté un coup de poker inédit, révolutionnaire à bien des égards : prendre prétexte du Covid-19 pour faire naître la crise économique par césarienne, plutôt que d’attendre passivement sa venue au monde. Le coronavirus fit ainsi office de deus ex machina. Et le confinement fut, lui, l’instrument permettant cette tentative de reboot du mode de production capitaliste, aussi audacieuse dans son principe qu’incertaine quant à ses résultats.

III. Déroutes politiques nationales, impasse économique globale, projet européiste menacé : la bourgeoisie n’offre pour seule perspective que son talon de fer

En 2009-2010, la grippe H1N1 toucha au moins 10% des habitants de la planète, pour un macabre bilan compris entre 150 000 et 575 000 morts. Le problème sanitaire ne fût pourtant pas réglé en séquestrant un quart de l’humanité sous couvert d’enrayer la propagation de l’épidémie. Quid de 2020, alors ? Un individu, un groupe de personnes, a-t-il réellement eu l’idée folle de mettre le capitalisme à l’arrêt sur la base de simples décisions administratives, d’assigner 1,7 milliard de personnes à résidence, de transformer des pays entiers en prisons à ciel ouvert ? Est-ce l’œuvre d’un obscur dircab dans un ministère à Paris ou Rome, d’un stalino-capitaliste anonyme perdu dans les méandres de la bureaucratie chinoise, d’un commissaire européen un peu trop zélé, d’un retors think tank patronal ? Ou bien, sous l’effet de lois structurelles impersonnelles, cette solution s’est-elle imposée à certains gouvernements comme une évidence, sans même qu’ils aient conscience d’opérer un choix ? S’il faudra un jour dresser la généalogie de ces coups d’État sanitaires en chaîne, nous ne pouvons en l’état livrer, sur ce point, que les quelques commentaires ci-dessous.

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À l’image de toutes les dictatures léninistes fondées sur la fable du « centralisme démocratique », la République Populaire de Chine (RPC) a pour habitude de gérer les masses – dont elle se méfie instinctivement, et pour cause – par la coercition. Ce mode de gouvernement étant dans l’ADN même de la bureaucratie maoïste, il est logique que, dans la province la plus touchée par le coronavirus, la solution du confinement total ait été retenue alors même que d’autres solutions existent pour résorber ce type d’épidémie (cf. supra).

Mais, alors que l’économie de la RPC a déjà redémarré après la crise du coronavirus et qu’une croissance de 3% est anticipée cette année, la bureaucratie chinoise n’avait sans doute pas anticipé pareil plagiat de ses méthodes expéditives par des régimes démocratiques bourgeois : elle semble n’avoir rien à y gagner à court terme, car son modèle économique résolument tourné vers l’exportation pâtira nécessairement de l’emprisonnement de 1,7 milliard de consommateurs potentiels. Et, ce, d’autant plus que la demande intérieure chinoise n’est pas apte à prendre le relais.

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Dans notre univers orwellien, pas étonnant que la Chine serve désormais de modèle à l’ensemble du « monde libre ». À l’heure de la traçabilité intégrale des « citoyens », du dépistage des moindres faits et gestes de tout un chacun, de la généralisation de la reconnaissance faciale, vocale, digitale, thermique…, de la vidéo-surveillance et de la géolocalisation, de la diffusion de gadgets comme les applis ou les objets connectés qui aboutissent à confier aux surveillés eux-mêmes le soin de fournir des informations à la police (belle victoire de l’« autogestion »), le monde de télécrans et de patrouilles volantes (aujourd’hui ce sont des drones) décrit par George Orwell dans 1984 n’est plus une fiction mais une réalité, une réalité qui, à bien des égards, est bien plus poussée que le modèle décrit dans le roman.

L’Italie est le premier pays après la Chine à avoir recouru au confinement. Non issu du suffrage universel, né d’une vulgaire révolution de palais qui a renvoyé les sous-fascistes de la Ligue dans l’opposition en septembre 2019, le gouvernement actuel est composé du PD (centre-gauche) et des « populistes » du Mouvement 5 Étoiles (M5S)… Cette coalition aussi baroque qu’impopulaire est nécessairement instable car regroupant un parti à prétention « antisystème » et un parti incarnant ledit Système jusqu’à la caricature. A-t-elle, prévoyant les dégâts potentiels que pourrait faire le Covid-19 dans un pays aussi vieillissant que son système de santé, choisi l’option du confinement dans le seul but de se dédouaner en cas de crise sanitaire ? Il est vrai que l’encagement généralisé de la population ressemblait a priori pour le gouvernement à un jeu à « pile, je gagne, face, tu perds » :

  • soit le confinement permet de stopper l’épidémie, auquel cas il aura démontré a posteriori tant son utilité que son efficacité ;
  • soit le bilan humain est élevé, ce qui confirme a minima que les discours sur la « dangerosité extrême » du coronavirus ne sont pas que pure propagande.

Avec 4 800 morts, dont 800 pour la seule journée du 21 mars, le confinement n’a pas encore fait la preuve de son efficacité sur le plan médical. Mais il aura au moins trouvé un fervent adepte en la personne de Matteo Salvini : le dirigeant de la Ligue soutient non seulement le principe du confinement mais il reproche, en outre, au gouvernement (qu’il juge trop laxiste) de ne pas l’appliquer dans une version plus « chinoise »… Comme quoi, entre fils spirituels du Duce et descendants du Grand Timonier, il y a quand même moyen de moyenner !

Remède à la dégénérescence du mode de production capitaliste, le confinement présente, comme tout médicament, ses effets secondaires indésirables. En insistant sur la menace sanitaire grave que constituerait le coronavirus et en décrétant le recours au télétravail, le gouvernement Conte n’avait pas anticipé la réaction de certains cols bleus : car, si le Covid-19 est dangereux pour les employés des bureaux et des administrations, priés de rester chez eux, alors, en toute cohérence, il doit l’être aussi pour eux. D’abord spontanées, ensuite reprises par les bureaucraties syndicales, des grèves éclatèrent dans de nombreux secteurs pour réclamer une extension du confinement aux entreprises non vitales. Se heurtant à ces fractions du prolétariat industriel défendant le principe du confinement de manière plus conséquente qu’eux, la coalition gouvernementale et le patronat durent céder partiellement. Les confineurs, ces cons finis, se trouvent pris à leur propre piège.

***

Le 6 mars dernier, E. Macron n’avait pas encore réalisé les bénéfices politiques putatifs qu’il pourrait escompter d’un encagement généralisé des 67 millions d’habitants de l’Hexagone. À cette date, il avait encore l’honnêteté de comparer le coronavirus à une épidémie de grippe, et il affirmait : « Il faut pouvoir tenir. Si on prend des mesures qui sont très contraignantes, ce n’est pas tenable dans la durée. » Entouré de médiocres mais esprit vif, le nabot de l’Élysée est souple jusqu’à l’excès sur le plan des idées. Ceci fait de lui un traître invétéré, mais probablement aussi un individu capable de penser out of the box. N’a-t-il pas intitulé son ouvrage programmatique Révolution ? Déjà massivement considéré comme un dictateur en raison de la répression violente des mouvements des Gilets Jaunes puis contre la « réforme » des retraites et de plusieurs crimes policiers impunis (pléonasme), lui restait-il encore quelque chose à perdre en s’engageant dans une politique de la table rase assurément « disruptive » ?

Car Macron a, certes, réussi à faire avancer à pas de géant l’agenda patronal depuis son élection, menant avec succès une offensive de classe assumée contre les salariés du secteur privé (ordonnances Macron du 22 septembre 2017), ceux de la SNCF (fin du statut des cheminots par la loi du 27 juin 2018 « pour un nouveau pacte ferroviaire ») et ceux de l’État (loi du 6 août 2019 « de transformation de la fonction publique »), ainsi que contre les chômeurs (décret du 26 juillet 2019). Mais cette blitzkrieg victorieuse ne fut réalisée qu’au prix d’une impopularité record et d’un accroissement des antagonismes de classe d’autant plus dangereux pour les dominants que la colère populaire a pris, à l’occasion du mouvement des Gilets Jaunes, des formes que les polices syndicales et partidaires n’ont pas réussi à canaliser – les GJ allant même porter le fer directement dans les quartiers de l’Ennemi.

La lutte de classes ayant trouvé sa traduction – de manière évidemment déformée – sur le terrain électoral, le premier tour des élections municipales a révélé le degré de discrédit non seulement de la majorité présidentielle (12,5% des voix à l’échelle nationale) plombée par ses « réformes structurelles » et d’incessantes « affaires » (Benalla, Ferrand, Delevoye, etc.) mais également – ce qui est peut-être plus inquiétant encore pour la bourgeoisie – de sa fausse opposition spectaculaire : les fafs du RN, dont les listes peinent à atteindre 2,5% des voix. Le peuple ayant trahi, à de multiples reprises, la confiance des autorités, n’était-il pas tentant, dès lors, de le dissoudre (B. Brecht) ? Inspiré peut-être par les méthodes de l’autocrate turc Erdogan, Macron décida donc, en même temps que le confinement, du report du second tour du scrutin.

Depuis les annonces présidentielles du 16 mars, le gouvernement marche sur une ligne de crête très inconfortable : d’un côté, assumer sa politique d’enfermement généralisé des masses et, de l’autre, garantir au maximum la continuité du travail et de l’activité productive. Si l’isolement chez eux des employés, des enseignants, des cadres… permet un développement sans précédent du télétravail en transportant l’exploitation à domicile et en renforçant l’atomisation des individus, ce nec plus ultra de l’aliénation marchande n’est cependant pas applicable à la totalité des professions. S’ensuit une querelle interminable sur la définition des secteurs et des activités « non indispensables », essentiels ou non essentiels, le gouvernement cherchant au départ, comme en Italie, à faire valoir une définition extensive de ceux-ci et ne cédant, dans une certaine mesure, que dans un second temps. Il est en effet indispensable de maintenir en fonctionnement – contre la volonté des travailleurs concernés – certaines strates de l’appareil productif et de la machine d’État afin que soient garantis a minima les besoins physiologiques et de sécurité de la population. Dans le cas contraire, rien ne garantit que la peur de la « pandémie de coronavirus » suffirait à maintenir le troupeau sagement confiné. Or, en cas de pillages et de violences, les néo-décroissants d’En Marche risqueraient de perdre l’initiative et, par la même occasion, leur audacieux pari.

Difficile à anticiper car sans précédent, l’enfermement de pays entiers en temps de paix apparaît rétrospectivement en France – berceau de la guerre contre-révolutionnaire – comme s’inscrivant dans le droit fil de moults reculs des libertés publiques et individuelles… En réalité même, un véritable fil d’Ariane qui mène du déclenchement du « plan Vigipirate » (1995) au confinement (2020) en passant par la proclamation de l’état d’urgence (2005, 2015), son intégration dans le droit commun (2017), la loi « anticasseurs » (2019), celle sur la sécurité quotidienne (2001) ou encore celle sur les « violences en bande » (2010), sans oublier évidemment la carte blanche accordée à une police sadique massivement acquise aux idées du RN. Mais cette volonté des marcheurs au pas de l’oie de mettre l’Histoire en pause et la lutte des classes sous le boisseau paraît illusoire : quand un gouvernement ultra-minoritaire se réclamant d’un parti fantôme ne tient que par ses soudards, quand c’est toute la société qui in fine est traitée en ennemie, alors la subversion peut également surgir de partout.

***

Ce lock-out international s’annonce d’ores et déjà comme ayant des conséquences économiques majeures, notamment sur l’Union Européenne :

  • Selon Bruno Le Maire, la France sera en récession à hauteur de 1% cette année, soit un niveau de production situé 2,3 points en-deçà des prévisions initiales ;
  • Le CAC 40 a perdu 39% de sa valeur en un mois ;
  • La récession en Allemagne (qui a la Chine et la France respectivement pour 1er et 4ème partenaires commerciaux) pourrait atteindre 9% cette année ;
  • Tant la BCE que la Commission Européenne s’attendent à une récession considérable dans l’UE ;
  • Selon l’estimation, la plus basse, la présente crise économique détruira 5,3 millions d’emplois dans le monde.

En France, la réponse qui se dessine à cet effondrement provoqué inclut des mesures d’austérité, une politique massive de socialisation des pertes des entreprises connue sous le nom – cher à une certaine gauche & à une certaine droite (LFI, DLF, dinosaures gaullistes, débris chevènementistes) – de « nationalisations », un plan de soutien aux entreprises de 45 milliards d’euros et des garanties bancaires à hauteur de 300 milliards d’euros. Ces mesures, qui ne manqueront pas de faire exploser le déficit et la dette publics, s’accompagnent d’injonctions moralisatrices du Premier ministre à « tous devoir, collectivement, faire un effort considérable pour permettre à notre pays de repartir. » En vertu de quoi les premiers « efforts » sont déjà demandés au prolétariat : ils se traduisent, dans la « loi instaurant un état d’urgence sanitaire » prestement votée par le parlement, par une limitation des congés payés et du repos hebdomadaire.

Victimes d’un odieux chantage à la santé publique (au choix : « Restez chez vous ! Sauvez des vies ! » ou bien « Rejoignez la grande armée de l’agriculture française ! »), les prolétaires réquisitionnés de facto sont priés de trimer en silence tandis que ceux désormais jugés surnuméraires doivent avoir le bon goût de rester calfeutrés chez eux. Et si les tentatives de culpabilisation venues du plus haut niveau de l’État et fondées sur ce nouvel ordre hygiéniste délirant ne suffisaient pas, les dominants ont aussi prévu le bâton – et même plutôt deux fois qu’une.

Au pays de Molière et de Pétain, en l’espace d’une semaine, l’amende pour non-respect du confinement est passée de 38 euros à 150 euros, de téméraires « évadés » ont été placés en GAV au motif hautement fantaisiste de « mise en danger de la vie d’autrui » puis, dans la foulée, la commission de l’infraction en état de récidive est devenue passible de six mois de prison, 3 750 euros d’amende et de TIG. Sur les seuls six premiers jours d’encagement généralisé, ce sont plus de 90 000 (!) amendes qui ont été infligées (les temps s’annoncent durs pour les finances publiques, il n’y a donc pas de petits profits !). Se croyant revenu en 1942, le préfet de police de Paris Didier Lallement (sic) paraît tout bonnement inarrêtable, enchaînant déclarations martiales et surenchère liberticide. Raccords avec leur chef, des flics parisiens ont même eu la riche idée de coller des prunes à des sans-logis pour non-respect du confinement. À Nice, ville tenue par Les Républicains, c’est un drone qui vole dans les airs et intime l’ordre aux fuyards de retourner s’auto-emprisonner. À Béziers, le maire facho n’aurait pour rien au monde raté l’occasion d’imposer le couvre-feu. Dans ce climat joyeux de chasse aux pauvres et aux prolos – voire de chasse à l’homme tout court – le député LR Éric Ciotti et la députée RN Marine Le Pen trouvent quand même le moyen de prôner la mise en place de mesures plus liberticides… Pourquoi pas, par exemple, un suicide collectif de tous les députés français, eux deux inclus, au nom du principe de précaution, puisqu’il est désormais avéré que le coronavirus se diffuse notamment depuis l’Assemblée nationale dans laquelle ils siègent ?

De l’autre côté des Alpes, des drones sont également utilisés et les forces de l’ordre procèdent à 200 000 contrôles quotidiens. En outre, être plus de trois personnes sera considéré comme un rassemblement et passible d’une amende de 5 000 euros.

En Espagne, le non-respect de l’« état d’alerte » qui a été décrété peut entraîner des sanctions s’échelonnant entre 100 euros d’amende et un an d’emprisonnement. Pour la seule journée du 17 mars, les polices madrilènes et catalanes ont infligé plus de 800 contraventions.

Enfin, outre-Quiévrain, les auteurs de déplacements jugés non essentiels encourent jusqu’à 4 000 euros d’amende et/ou trois mois de prison. À Ans – commune située en Belgique et non en République islamique d’Iran… on pourrait s’y méprendre ! – « la police traque désormais les citoyens qui se donnent des bisous dans les lieux publics ». Les contrevenants risquent 250 euros d’amende… ce qui vaut mieux que les coups de fouet ou la lapidation, mais ne laisse pas d’interroger : à quand des « perquisitions sanitaires » de la maréchaussée pour s’assurer de l’absence de rapports sexuels au domicile de tous ces gueux porteurs potentiels du Covid-19, du VIH, de la chtouille et de tatouages de mauvais goût ?

Moins amusant qu’une histoire belge, la suite de ce lock-out généralisé comporte encore de nombreuses incertitudes. À notre sens, quelques développements à l’échelle mondiale, continentale et nationale paraissent prévisibles mais certaines questions demeurent :

  • Alors que nombre de pays se rallient, fut-ce au prix de tensions internes, à la logique d’emprisonnement de leur population – ce qui revient donc à saboter toute perspective de croissance économique pour 2020 au moins – d’autres semblent hésiter (Grande-Bretagne, États-Unis, Pays-Bas, Russie) à s’engager dans cette voie… Pour combien de temps encore, sachant que, eu égard au caractère internationalisé des chaînes de valeur, le confinement appliqué ailleurs aura forcément des répercussions sur leurs économies nationales ? Dans un monde globalisé, le marasme économique ne s’arrêtera pas aux frontières des États et les gouvernements réfractaires seront amenés à reconsidérer leur position. Faute de quoi ils écoperont rapidement des inconvénients du confinement (la récession) sans pour autant bénéficier de ses précieux avantages en matière de restrictions des libertés politiques (bien utiles pour verrouiller toute velléité de résistance prolétarienne en temps de crise). À l’instar du virus qui lui fournit une justification, le confinement sera donc contagieux… reste à déterminer dans quelle mesure.
  • Dans le cadre d’une récession généralisée à toutes les économies phares de l’UE, une seconde crise de la dette en l’espace d’une décennie paraît inéluctable car les facteurs ayant déclenché la première crise sont toujours présents (niveau élevé des dettes publiques nationales, absence de solidarité économique et politique entre États de la zone, faible coordination des politiques budgétaires…). S’il est attaqué par les marchés financiers, l’euro pourra-t-il survivre autrement que par le biais d’une généralisation des « sauvetages à la chypriote » – les pays de la zone devant, pour faire passer pareille amère potion auprès de populations lessivées par dix ans d’austérité, se débarrasser des ultimes oripeaux de la démocratie bourgeoise ?

Pour le reste, des points ont incontestablement été marqués par les gouvernants qui ont enfanté cet absurde Pandémonium aux caractéristiques si (d)étonnantes qu’elles ont généré un effet de sidération des masses :

  • Il emprunte, en les perfectionnant au moyen des technologies modernes, des éléments aux fascismes brun et rouge – ce qui aboutit à un degré de contrôle de la sphère publique, privée et intime dont même le petit moustachu géorgien aurait été jaloux ;
  • Le chantage infantilisant à la santé publique (« Restez chez vous, vous sauverez des vies ! », « Pensez à bien à applaudir les soignants tous les soirs à 20h ! » et même « Rasez-vous pour lutter contre le coronavirus » !) mise sur l’essor des réflexes citoyennistes et sur la propension rarement démentie des couches petites-bourgeoises à se vautrer dans toutes les impasses politiques que le spectacle fabrique à leur usage (« Nous sommes tous Américains » après le 11 Septembre 2001, « Votez Chirac » en 2002, « Je suis Charlie » en 2015, sans même parler des « Free Tibet » et autres « Libérez Aung San Suu Kyi ») ;
  • Alors que le droit à la paresse & le refus de travailler font partie des mots d’ordre historiques du camp de la subversion depuis Paul Lafargue jusqu’à l’IS, les gouvernants vont désormais jusqu’à dispenser autoritairement de turbin des centaines de millions de salariés des secteurs jugés non essentiels, pour les besoins de leur crash test économique en conditions réelles ;
  • Big up également aux décroissants qui, au regard de la progression fulgurante de leur idéologie en l’espace d’une semaine, n’auront plus besoin de se les peler à vendre leur presse sur les marchés en plein hiver.

Les provocations verbales de la défunte ordure Thatcher (« There is no such thing as “society” ») s’accordent bien aux présentes réalités : momentanément, la société n’existe plus et les exploités sont au repos forcé – cloîtrés chez eux, sur ordre itératif des gouvernants. Mais, contrairement à la Deuxième guerre mondiale – qui avait détruit massivement les moyens de production et la force de travail, préparant le terrain aux « Trente Glorieuses » – les problèmes économiques demeurent car le capital constant est toujours là, tout autant que le prolétariat. Victoire tactique probante de la bourgeoisie sur le plan politique, le confinement généralisé ne règle rien sur le terrain de l’économie.

***

1929, 1973, 1987, 2008, 2020… les crises du mode de production capitaliste se succèdent et contribuent à chaque fois à remodeler les formes de la domination de classe. La Grande Dépression déboucha sur le nazisme en Allemagne et fut réglée par la seconde boucherie mondiale. Les crises des années 70-80 fournirent le carburant idéologique nécessaire à l’essor de la révolution néolibérale au détriment du paradigme keynésien quasi-hégémonique depuis la Libération. Enfin, la bourgeoisie ne s’extirpa de 2008 qu’au prix d’une victoire à la Pyrrhus, le gonflement délibéré des niveaux d’endettement rendant inévitable un prochain cataclysme économique (cf. supra).

Que sortira-t-il de 2020 ? La difficulté pour les exploiteurs réside notamment dans l’absence totale de récits mobilisateurs à refourguer aux masses. Là où le nazisme (la conquête de l’espace vital, la supériorité de l’Aryen, le Reich de 1000 ans…), le bolchevisme (la construction du paradis socialiste, l’homme nouveau ou, plus prosaïquement, l’accès à la propriété des terres pour la petite paysannerie…) ou les juntes latino-américaines (l’entrée dans la société de consommation, l’ascension sociale vers la « classe moyenne ») assortissaient la mise en coupe réglée de la société de promesses susceptibles d’entrer en résonance avec la psychologie des masses, la domination de classe échoue aujourd’hui à s’appuyer sur un quelconque « grand projet » capable de mystifier durablement les populations et de faciliter la paix sociale. Disparue la carotte, ne reste plus que le bâton.

En France, l’enfermement généralisé des masses sera probablement durci et prolongé. À en croire les sondages officiels, plus de 4 personnes sur 10 font (encore) confiance au gouvernement pour gérer la crise. Mais la seule question qui vaille est : combien seront-ils bientôt à avoir compris que le gouvernement a créé la crise ?

Sans base sociale digne de ce nom dans le pays, le gouvernement LREM doit, lui aussi, réfléchir en ce moment à cette épineuse question. Peut-être escompte-t-il que le régime d’exception permanent lui permettra de tenir le pays sous sa coupe jusqu’en 2022. Si, comme l’affirme un intellectuel libéral, ancienne « plume » de Christine Lagarde, « la gestion d’une épidémie n’est pas une simple affaire médicale. Elle est le reflet, et bien souvent le vecteur, d’un projet politique », alors nul besoin d’être un génie pour pouvoir déduire de la gestion du coronavirus par LREM la nature dictatoriale de son projet politique. Mais cette passion rance pour le confinement ne confinera pas longtemps les passions en France. L’Histoire a déjà cloué ce gouvernement vandale et la classe dont il sert les intérêts à un pilori éternel. Au prolétariat, désormais, de finir le travail.

GARAP
Mars 2020.

Source : https://garap.org/communiques/communique77.php
https://garap.org/pdf/communiques/comm77-dubonusagedesepidemies.pdf

Crise du coronavirus : le capitalisme tue. Éradiquons-le !

Deux mois de confinement. Notre patience est à bout et la colère envers ce système s’en mêle. Travailleuses, chômeurs, galériennes et exploités, nous n’avons pas chômé pendant ces mois d’assignation à résidence généralisée. Nous avons compris que le capitalisme tue plus que le virus, que sous prétexte d’état d’urgence sanitaire des mesures autoritaires et pro-capitalistes sont là pour nous exploiter davantage et tenter de nous faire courber l’échine. Mais comme pendant les mois de lutte Gilets Jaunes, nous ne lâcherons rien. Des solidarités sont possibles et nécessaires, notre rage prendra de nouvelles formes de lutte et nous ferons tout pour ne pas revenir à la « normalité » d’avant.

Brochure A5 mis en page là : Lutte-covid-brochure-A5

PDF A4 ici : Lutte-covid

Crise du coronavirus : le capitalisme tue. Éradiquons-le !

Début février, l’épidémie de COVID19 en Chine faisait la une de l’actualité. Quelques semaines plus tard elle atteignait l’Europe. Depuis, le monde vit massivement confiné.

Facilitée par la mondialisation et la multiplication des échanges marchands, la pandémie s’est généralisée. Désormais elle tue tous les jours des milliers de personnes dans le monde.

Même sans être spécialiste, on se rend compte que les responsabilités, au-delà de celles qui pourraient être imputées à la Chine, à l’Italie, à la France ou à tout autre pays, reviennent au système capitaliste.

En plus de l’augmentation de la fréquence des catastrophes « naturelles » type inondation, sécheresse, ouragan, mégafeu, due au réchauffement climatique et générée par la pollution de l’industrie capitaliste, les pandémies s’avèrent être une autre conséquence de l’activité prédatrice du capital.

Causée entre autres par l’intensification et l’extension des exploitations agricoles permettant d’assouvir une recherche toujours accrue de profit pour l’industrie agro-alimentaire ou encore par la déforestation pour créer de nouvelles zones d’exploitation forestière et énergétique (gaz, minerais…), la destruction de ces espaces naturels ne fait qu’augmenter l’interface avec de nouveaux agents pathogènes.

Ajouté à tout cela, la mondialisation de l’économie, la multiplication sans limite des transports, notamment aériens (plus de 100 000 vols par jour en moyenne, soit 8 millions de passagers), le tourisme de masse et la densification de la population en zone urbaine, font que l’agent pathogène peut rapidement quitter le niveau local pour gagner dans les métropoles et se répandre en peu de temps à l’échelle de la planète.

Pour tenter de faire face à cette « crise sanitaire », les États ont pris toute une série de mesures. Leur tâtonnement et leur cynisme sautent aux yeux : leurs ordres et injonctions ne cessent de varier au gré de leurs expérimentations hasardeuses et d’un décompte macabre pertes/bénéfices.

Dans de telles situations catastrophiques, ce n’est pas une nouveauté que les États et les capitalistes s’arrangent toujours pour affirmer leur légitimité, leur autorité et pour préserver leurs intérêts. Cela va de pair avec une dégradation de nos conditions de vie et de travail.

Après les grandes annonces au profit des entreprises (les aides d’État aux patrons, le code du travail qui part en miettes…) on devrait assister sans broncher à la multiplication des attaques contre les précaires et les travailleurs.

Il ne nous reste plus qu’à applaudir les soignants, en première ligne dans cette pandémie, alors qu’il y a quelques mois à peine ils manifestaient et que nous nous retrouvions ensemble dans la rue. La crise n’a pas amélioré leurs conditions de travail, bien au contraire, et des applaudissements de soutien, aussi forts soient-ils, ne pallieront jamais un système de santé dégradé depuis des années, soumis au vent violent de la privatisation des soins et des intérêts financiers.

En décrétant l’état d’urgence et en nous fournissant des informations très parcellaires, l’État adopte une stratégie qui maintient la population en état de choc permanent. Tant que cet état d’acceptation perdurera, l’État multipliera ses attaques et les résistances, les révoltes seront entravées.

Il est bien difficile de savoir ce qu’il faudrait faire contre une telle pandémie. Mais ce qui est sûr, c’est que l’État et les capitalistes, avec le cynisme de ceux qui ont le pouvoir, nous en font payer les conséquences. Il faut que nous nous préparions à contrer de toutes nos forces le recul social en cours, les mesures liberticides, un retour à la « normale » où la misère continuera de s’étendre chaque jour et où se succéderont les guerres, crises et catastrophes. Nous devons nous préparer à lutter pour une transformation profonde de la société.

Ne nous laissons pas diviser, ensemble attaquons nos réels ennemis !

Depuis que l’État a décidé de « gérer » cette crise sanitaire, on nous assène le discours de la responsabilité individuelle, avec comme seule option pour sortir de cette crise le respect individuel des mesures d’isolement. Comme si le nombre de morts et les ravages de l’épidémie dépendaient uniquement du comportement de chacun.

Le gouvernement et l’autocontrôle nous assignent à résidence et le zèle de certains les mène à dénoncer ceux qui ne respectent pas les ordres. La délation engorge les services de police, des citoyens exaspérés jettent de leurs balcons de l’eau bouillante sur les « inconscients » qui promènent leur chien ou qui font du jogging.

Ce sont les gens, individuellement, qui doivent fournir les plus grands efforts. Pointer du doigt les récalcitrants, souvent les plus pauvres, c’est une bonne méthode pour préparer le terrain à la répression. On stigmatise les jeunes des cités qui sortent dehors, mais être confiné dans une cité HLM ce n’est pas la même chose que de s’isoler dans une villa de campagne ! Sur les marchés et particulièrement les marchés populaires, les gens sont parfois très proches, mais a-t-on vraiment le choix ?

À l’époque de la Peste Noire, les boucs émissaires étaient les Juifs et les lépreux. Aujourd’hui, le gouvernement, relayé par de nombreux médias, accuse les pauvres d’être irresponsables et vecteurs de la propagation du virus. Dans le même temps, on appelle les entreprises à poursuivre leurs activités, on contraint les ouvriers à aller travailler dans les usines sans protection et on les contrôle pour faire respecter un confinement impossible à suivre (logements insalubres et étriqués, pas de véhicules, difficultés à faire les courses…) !

Amendes et répression pleuvent sur les plus faibles, les plus isolés et les plus démunis. SDF (200 000 en France), sans-papiers, précaires, prisonniers, habitants des quartiers populaires s’en prennent plein la gueule. Mais c’est avant tout pour eux que le confinement et l’impossibilité de se déplacer sont synonymes d’une survie plus dure, plus pénible. Lorsque l’on vit de petits boulots, de tafs au black, en intérim, comme saisonniers… le confinement et les contrôles policiers empêchent réellement de vivre. Sans revenu, l’alternative se résume à survivre en prenant le risque d’attraper le virus ou accumuler les factures, perdre son logement et crever de faim ! Encore un énième accroissement des disparités sociales entre les plus pauvres et les plus aisés !

Il y a réellement deux poids deux mesures : cette propagande est marquée par un profond mépris de classe ! On en a malheureusement l’habitude, notamment depuis 2 ans et le mouvement des Gilets Jaunes. Les dirigeants politiques et économiques nous regardent de haut, ils vomissaient leurs insultes sur les Gilets Jaunes incultes, aujourd’hui ils vont jusqu’à obliger les travailleurs à risquer d’attraper le virus, pour une gloire éphémère et la promesse d’une éventuelle prime. Mais il est vrai que cela n’a jamais empêché le capital de dormir, pensons à l’amiante, aux usines cancérigènes, aux pesticides…

La grande incantation de Macron sur l’unité nationale pour faire face à la pandémie n’est qu’un énième leurre ! Comment est-il possible de penser que, même en période de pandémie, leurs intérêts et les nôtres sont les mêmes ?!

L’État nous serine le beau discours de l’union sacrée, n’hésite pas à sortir le mot « guerre » et à souhaiter la loi martiale (couvre-feu, interventions de l’armée, etc.). Il transforme les travailleurs et les travailleuses de santé en héros de guerre qui n’ont besoin de rien, ni d’augmentations de salaire, ni de moyens pour faire face à l’épidémie. On sait bien que les médailles et les statues n’ont jamais nourri ni sauvé personne !

La pandémie est internationale (comme son nom l’indique). Ce ne seront pas des mesures nationales ni une prétendue unité patriotique – qui au passage, a toujours servi les plus riches ! – qui permettra de sortir de cette crise.

Mesures de recul social (loi d’urgence sanitaire et ordonnances), fermeture des frontières et appel à l’union nationale, mesures liberticides (couvre-feux, contrôle des téléphones envisagé, déploiement policier et militaire, utilisation de drones, etc.) : tout cela correspond à une situation économique déjà désastreuse qui va encore s’aggraver.

Ne nous ne trompons pas. La culpabilisation individuelle sert surtout à cacher les responsabilités du capitalisme et l’incurie des États : nous voyons bien qu’ils préfèrent la répression à la prévention sanitaire…

Pour autant, réclamer le « grand retour de l’État » comme solution à cette gestion désastreuse de la crise sanitaire actuelle est bien vide de sens : l’État est ce qu’il est, un outil au service de la classe dominante ! Il restera le gestionnaire servile des intérêts économiques des plus riches, de ceux qui possèdent les entreprises, et en aucun cas un État providentiel qui nous protégerait des épidémies, de la rapacité des méchants boursicoteurs, de la misère.

Mais la défiance vis-à-vis de l’État mène parfois à une vision complotiste du monde et de la situation actuelle en particulier. Ne nous laissons pas envahir par la peur ! Ne tombons pas dans le piège des théories trop faciles et farfelues pour tenter de trouver une explication à cette pandémie (ce sont les États-Unis, la Chine ou l’État islamique qui ont envoyé ce virus, ou bien c’est la 5G qui pollue nos cellules en nous infectant, ou encore c’est un coup des industries pharmaceutiques pour vendre un nouveau vaccin — même s’il est évident que ces derniers vont en tirer profit).

Il est possible qu’un virus s’échappe d’un labo mais ce ne serait qu’une série d’incompétences humaines lié à l’arrogance de bureaucrates et de scientifiques persuadés d’être dans la maîtrise. Aucun État n’a d’intérêt dans une telle pandémie, tout simplement parce que ça met à l’arrêt la consommation et l’activité économique et donc les profits capitalistes.

Nous devons avoir une analyse rationnelle du monde qui nous entoure, basée sur des éléments concrets, que nous pouvons cerner pour combattre le système. En nous détournant des réelles causes, ces idées simplistes ne font que nous détourner des luttes sociales, nous privent de perspectives et nous isolent.

En pensant dévoiler les mystères d’une société capitaliste pourtant assez transparente dans ses objectifs elles ne désignent que des boucs-émissaires (étrangers, juifs, francs-maçons…) ou pointent des cibles extérieures et inaccessibles (extraterrestres, CIA, Mossad, RG, sociétés secrètes toutes puissantes…).

Alors ne prenons pas le risque d’une guerre de tous contre tous, où de nouvelles haines se répandraient comme à d’autres périodes épidémiques. Notre ennemi avance sans même plus prendre la peine de feutrer ses pas.

Face à ses attaques qui n’en sont qu’à leurs débuts, il est plus que jamais nécessaire d’être solidaires entre nous, ne nous laissons pas diviser ! Notre solidarité est notre force et le seul moyen de changer le présent et l’avenir !

Face à la crise économique et à la casse sociale : Révolution !

Cette crise sanitaire ne surgit pas dans un ciel serein.

La crise économique de 2008 est passée par là, mettant en péril le système bancaire mondial, plongeant plusieurs pays dans une violente récession (ralentissement de la croissance économique et chute du PIB) et jetant des millions de personnes dans la misère. Cette crise n’était qu’un prolongement d’une autre plus profonde qui remonte à 1974 ; le choc pétrolier se prolongeait alors par une crise de surproduction (la production s’accroissant pour générer un profit toujours plus grand, elle finit par dépasser les possibilités financières des consommateurs, les profits stagnent, ce qui cause faillite et chômage). Face à ces crises, les politiques gouvernementales s’attaquent à nos conditions d’existence : pour permettre aux acteurs de l’économie de maintenir leurs profits, il faut baisser le coût du travail, baisser les salaires directs et indirects (aides sociales, sécu, retraites…).

En France, les gouvernements qui se sont succédés ont tous suivi cette logique d’austérité. Ils ont baissé les cotisations patronales et subventionné les entreprises (CICE par exemple : 100 milliards de crédit d’impôts) afin d’augmenter les bénéfices et les dividendes des actionnaires. Pour « équilibrer » le budget de l’État (conséquence des milliards accordés aux banques suite à la crise de 2008 notamment), ils ont rogné sur les aides et redistributions sociales et les dépenses pour les services publics. Notons qu’au passage, tous ceux qui étaient rentabilisables ont été optimisés puis privatisés. Pour diminuer la dette, les gouvernements prennent aux travailleurs, aux chômeurs, aux retraités, aux intermittents, aux étudiants pauvres… et continuent de multiplier les cadeaux aux capitalistes !

Ces politiques d’austérité ont notamment touché les moyens mis à disposition des hôpitaux. Les données de l’OCDE sont éloquentes. Alors qu’en 1997, la France comptait 4,35 lits d’hôpitaux (hors psychiatrie) pour 1 000 habitants, en 2017, elle n’en comptait plus que 3,1 pour 1 000. C’est moins que la Grèce, sans parler de l’Allemagne qui en compte deux fois plus (6 pour 1 000). En Corée du Sud, le taux est passé au cours de la même période de 3,6 à 7,1 lits pour 1 000 habitants. En nombre de médecins, le rapport n’est pas plus brillant : la France compte 3,4 médecins pour 1 000 habitants, alors que l’Allemagne en compte 4,3 et l’Autriche 5,2.

Une pénurie organisée qui se traduit aujourd’hui par de cruels manques de moyens dans les hôpitaux et des déserts médicaux dans les zones rurales, périphériques et les villes pauvres. Nous payons les restrictions budgétaires appliquées au système de santé par tous les gouvernements depuis plusieurs décennies.

Nos solidarités suppléent à l’incurie d’un État qui dans une dynamique de rentabilité a volontairement détruit des dispositifs mis en place pour prévenir de telles crises sanitaires. Par exemple, l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), mis en place en 2007, suite à la crise du H5N1 et qui devait fournir masques et équipements de protections, a été démantelé au milieu des années 2010.

Malheureusement, tout cela n’est pas près de s’arranger : alors que la pandémie est encore en cours et ne sachant quelle forme le « déconfinement » prendra, nous voyons déjà poindre une crise économique au moins de l’ampleur de celle de 1929.

Les travailleurs sont encore en partie confinés. La production tourne au ralenti. Des secteurs entiers sont à l’arrêt. Les frontières se ferment. La circulation des marchandises est entravée. Les bourses dévissent partout dans le monde. Le PIB a déjà perdu plus de 8 points en France, soit une baisse inconnue depuis la deuxième Guerre mondiale !

Les États sortent le portefeuille pour éviter l’effondrement de l’économie et du système financier. Trump annonce un plan de 2000 milliards de dollars. La BCE (Banque Centrale Européenne) près de 1000 milliards d’euros, le gouvernement français déjà plus de 100 milliards. Il faut sauvegarder l’économie quoi qu’il en coûte !

Cet argent va avant tout servir à renflouer les portefeuilles des actionnaires et des banques. C’est sur notre travail et dans nos poches que ce sera volé !

La gestion du chômage partiel et technique en fait partie. Le gouvernement organise un fonds d’aide aux entreprises (déjà un milliard pour ce mois-ci) afin de prendre en charge le chômage technique ou partiel. C’est-à-dire que l’État (nos impôts) payent le chômage technique à la place des entreprises qui, elles, seront remboursées… Ce n’est pas pour nous offrir des vacances tous frais payés mais pour nous maintenir en état de reprendre le boulot dès qu’ils l’exigeront. Et au final, c’est nous qui payerons !

Et dans le même temps, Macron, le gouvernement et tout l’appareil de l’État ordonnent de continuer de produire des marchandises. Des secteurs d’activité se sont arrêtés ou ont subi de gros ralentissements. Évidemment ceux qui ne pouvaient vendre leur service suite à la mise en confinement de la population (restauration, hôtellerie, transports dans une moindre mesure…), mais aussi de nombreux secteurs de production « non essentiels » comme l’industrie automobile ou aéronautique, le bâtiment… Pour limiter l’impact de ces nombreux arrêts de production sur l’économie, l’État et le patronat cherchent à nous remettre au travail le plus vite possible. Certains secteurs ont subi des réquisitions pour les contraindre à travailler alors que le minimum sanitaire n’était pas assuré (chauffeurs routiers). De nombreux rapports de force ont lieu, au moins pour obtenir la garantie de conditions permettant la sécurité des travailleurs. En l’absence de combativité collective on a pu voir des patrons faire signer des décharges en cas de contamination avant de retourner au boulot. Le secteur agricole a connu des problèmes de main d’œuvre. Habitué à faire appel à des travailleurs des pays pauvres de l’Europe ou sans papiers qu’il sous-paye, le confinement l’en a privé. L’État a donc fait appel au volontariat et évoqué de réquisitionner les demandeurs d’asile, ceux-là même à qui l’on interdit de travailler en temps normal.

Les ordonnances prises le 25 mars 2020 et par la suite, « aménagent » le droit du travail ! Elles permettent dès aujourd’hui, pour faire face à la crise, d’augmenter la pression sur les travailleurs et de réduire nos leurs droits : augmentation du nombre d’heures supplémentaires autorisé et baisse de leur rémunération, augmentation de la durée quotidienne de travail, diminution des congés payés, liberté donnée aux employeurs d’imposer des jours de repos… Ils cherchent à baisser le « coût » du travail (nos salaires quoi!) pour maintenir leurs profits (d’ailleurs les dividendes continuent de tomber malgré la crise mondiale !). Au final, ce sont nos revenus qui vont stagner, les cadences et le temps de travail qui vont augmenter, et avec l’inflation (l’augmentation des prix), nous aurons de plus en plus de mal à survivre. Et pour compléter, ils limiteront encore plus les droits sociaux (chômage, retraites, allocations familiales…).

Autrement dit on va nous presser jusqu’au bout pour éponger les déficits. C’est une nouvelle étape de ce que nous connaissons depuis au moins 20 ans. Tout cela va-t-il vraiment relancer l’économie ? Ce qui est sûr c’est que cela va accentuer la concurrence entre capitalistes pour une course aux profits toujours plus féroce (comme en temps de guerre les plus charognards sauront en tirer avantage) et favoriser la concentration du capital, c’est-à-dire la faillite des plus petites entreprises, et l’accumulation du profit dans les mains des plus grandes. L’État accompagnant ce processus vient essentiellement en aide aux grosses entreprises. Le prix à payer sera encore la santé et plus généralement nos conditions de vies de travailleurs ou de chômeurs !

L’épidémie passée, on aura des séquelles.

Sans réaction de notre part, l’État ne se privera pas de maintenir toutes ces mesures qui nous rendent la vie de plus en plus difficile. Parce qu’encore une fois, son but est simple : relancer le business, maintenir les profits des actionnaires et des patrons, assurer la continuité du système capitaliste.

Dans le chaos planétaire que provoque cette pandémie, les États et les capitalistes cherchent malgré tout à sauver leurs profits et profiter de la crise sanitaire et économique pour développer de nouvelles formes d’exploitation (télétravail, atomisation des travailleurs et distanciation sociale, recours au chômage partiel…). Tout au moins à ne pas trop y perdre. Dans « le monde d’après », la crise ayant rebattu de nombreuses cartes, il s’agira pour chaque État et chaque capitaliste de s’en sortir mieux que les autres. L’enjeu étant de taille, ils n’auront aucun scrupule à violemment accentuer la pression sur tous les travailleurs, chômeurs ou retraités de la planète.

Déjà, nous sommes toujours plus nombreux à subir cette pression chaque jour plus fort. La pandémie et la crise économique qui commence ne vont faire qu’empirer nos conditions de vie. Les États s’inquiètent de possibles soulèvements qui pourraient se déclencher à la sortie du confinement (un rapport des renseignements territoriaux alerte le gouvernement sur cette possibilité). Depuis quelques années, des révoltes éclatent de plus en plus régulièrement à travers la planète (Hong Kong, Irak, Amérique du Sud, Algérie, France…). La misère se transforme en colère. En France, le mouvement des Gilets jaunes a démontré comment, ensemble et déterminés, nous pouvons être forts et imaginatifs. Le système capitaliste, lui, n’est pas aussi solide qu’il veut nous le faire croire. Cette pandémie nous le révèle tristement.

Nous seuls avons les capacités de l’abattre et d’imaginer une autre société, solidaire et égalitaire.

À bas le contrôle social pérennisé

Les États savent bien que de tels reculs de nos conditions d’existence, surtout mis en place aussi rapidement, vont nécessairement provoquer des résistances et des révoltes.

Ils se doivent de préparer les mesures pour endiguer ces réactions populaires. Ça tombe bien : le capitalisme sait faire feu de tout bois. Comme ils l’ont fait à d’autres occasions (terrorisme, guerres…), la crise sanitaire actuelle leur offre une nouvelle opportunité pour renforcer et expérimenter ses dispositifs de contrôle sur les populations.

Nombre de mesures de l’état d’urgence actuel sont beaucoup plus claires quand on comprend les réels objectifs des gouvernements : maintenir l’économie au détriment des populations et renforcer l’ordre policier pour s’assurer que tout le monde accepte cette priorité. Face au coronavirus, on surveille de plus en plus, et on teste toujours aussi peu. C’est la réalité d’un état d’urgence dont les mesures sanitaires se déclinent concrètement en mesures sécuritaires.

Il y a quelques semaines, se retrouver en manif un samedi après-midi pouvait nous valoir une contravention pénale. Aujourd’hui, avec le confinement et l’état d’urgence « sanitaire », il suffit de sortir de chez soi pour tomber dans l’illégalité. Les mesures de couvre-feu se multiplient sans qu’on sache exactement à quoi elles servent. L’idée d’un contrôle des populations par traçage des téléphones est sérieusement envisagée ; elle a été appliquée dans plusieurs pays (Chine, Italie, Corée du Sud, Japon, etc.). Les bracelets électroniques pour garantir la quarantaine sont à l‘étude. L’utilisation de drones, qu’on n’avait vus jusqu’à présent que dans les cités ou dans les manifestations de Gilets Jaunes, se développe. Ce qui se passe n’est pas un mauvais film de science-fiction !

L’utilité sanitaire de ces mesures liberticides est très relative : il y a réellement deux poids, deux mesures.

D’un côté, toute sociabilité familiale, amicale, sportive, associative est prohibée. Même une simple promenade est limitée à un périmètre restreint et ne doit pas être partagée à plusieurs.

De l’autre, les travailleurs sont envoyés sans protection à la chaîne, dans les ateliers, au volant ou dans les champs. Les SDF sont traqués et les campements de migrants expulsés sans solutions de rechange ou largement insuffisantes. Des millions de personnes sont confinées dans des espaces beaucoup trop petits (au moins d’un point de vue sanitaire, tant viral que mental) alors que Brigitte Macron se plaint de son confinement dans le palais de l’Élysée !…

L’État freine, bloque ou impose un contrôle sur toutes solidarités, toutes initiatives. La moindre distribution de nourriture doit être validée par la préfecture ! Pourtant les solidarités pourraient grandement améliorer le quotidien de nombreuses personnes, et en particulier des plus précaires et des plus fragiles.

Le discours guerrier, voire militariste de Macron, est révélateur de la perspective dans laquelle il se place. La guerre que ces dirigeants mènent reste avant tout une guerre sociale contre notre classe, celle des exploités et des « auto-exploités ». Préparer le terrain avec une rhétorique martiale n’annonce rien d’autre qu’une répression féroce de toute résistance, individuelle ou collective.

Il semble peut-être difficile d’imaginer pouvoir manifester, se rassembler, discuter à plusieurs pour construire des luttes à l’heure actuelle. Cependant nous n’allons pas avoir le choix. Au-delà de la première phase de confinement, des mesures de distanciation sociale vont continuer à s’imposer. Malgré cela, se retrouver, se rassembler et s’organiser va devenir une nécessité : personne n’est fait pour vivre enfermé ni accepter toujours plus d’exploitation ! Ils ne nous empêcheront pas de lutter ! Organisons-nous pour l’après confinement ! #pasderetouralanormale

Le contrôle social a ses limites : les nôtres !

Ces mesures de confinement nous isolent et nous poussent à la méfiance. Les autres peuvent être porteurs du virus… La peur bat son plein et est largement alimentée par les discours des politiques et des médias.

Dans cette situation on voit se développer de nouveaux types de rapports sociaux potentiellement encore plus mortels : isolement, peur, xénophobie, travail atomisé… La solidarité est mise en difficulté et avec elle nos capacités de lutter. Mais cette situation fait apparaître aussi la nécessité de l’entraide et particulièrement pour les plus précaires et les plus démunis. C’est sur cette force construite sur la nécessité que nous devons compter pour résister et espérer un monde meilleur.

Refusons la pérennisation du contrôle social, multiplions dès à présent les luttes, participons à celles qui existent ! Préparons l’explosion sociale de l’après confinement !

Comment lutter et être solidaire dans cette situation d’urgence sanitaire ?

Face à cela nous n’avons guère de choix, nous ne pouvons pas les laisser faire. Soit nous subirons toujours plus la misère, l’exploitation et la répression, soit nous résistons et reprenons la lutte.

Bien qu’on n’en entende pas parler, nombre de droit de retrait, de débrayages, voire de grèves sauvages ont fleuri dans les usines qui refusaient de sécuriser les travailleurs, en Italie, en Espagne, aux États-Unis comme en France. Dans les chantiers navals ou le bâtiment, en passant par les gros centres de productions de l’industrie automobile, les hangars d’Amazon, les livreurs en fourgonnette ou à vélo, les éboueurs… nombreux sont ceux qui n’ont pas attendu les syndicats pour exiger plus de protections et de meilleures conditions.

Dans le sud de l’Italie, miné par le chômage et la misère et particulièrement fragilisé par le confinement et l’épidémie, des autoréductions (sortir d’un supermarché à plusieurs sans payer) ont été organisées. On peut voir dans plusieurs secteurs, régions ou pays un mécontentement s’exprimer de plus en plus fort, particulièrement pour les couches sociales les plus pauvres, pour qui le confinement n’est tout simplement pas tenable. Des grèves de loyers sont envisagées dans plusieurs pays et notamment aux États-Unis, ainsi que des refus de payer les factures. Sur presque tous les continents, les révoltes éclatent dans les prisons face à une situation désastreuse tant d’un point de vue sanitaire que purement humain… Et dans les quartiers populaires, où les pressions économique et policière passent encore un stade, la révolte gronde et commence à éclater.

Des luttes existent, commençons dès à présent à les soutenir !

Partons des multiples réseaux que nous construisons, des solidarités que nous avons mises en place, des combats que nous menions avant cette pandémie. Il nous faut mener la lutte ensemble, à l’image du mouvement Gilets Jaunes, détachée des intérêts spécifiques et corporatistes mais pour une remise en question globale de la société. Contre les attaques sur les aides sociales, le droit du travail, face aux carences du système de santé ou à l’abandon dans lequel se retrouve la plupart de nos anciens, il ne faut pas agir séparément. C’est par une lutte globale qui vise une transformation profonde de la société, que nous pourrons en finir avec la barbarie capitaliste et ses atrocités (pandémie, catastrophe écologique, guerre, chômage, exploitation, misère, dictature… la liste est malheureusement bien plus longue !).

Subir une telle perturbation de nos vies peut permettre dans le même temps de remettre en cause notre quotidien : la « normalité » du chef qui nous gueule dessus, celle d’aller travail pour enrichir son patron ou du spectacle absurde répandue dans les médias, l’acceptation des politiques gouvernementales, la résignation face à la misère… Cette constatation peut nous amener collectivement à envisager d’autres modes d’organisation sociale.

Pour l’instant, nous avons besoin de moyens pour rompre l’isolement au-delà du confinement, des moyens inventifs de s’organiser en prenant en compte les mesures sanitaires qui risquent de se prolonger…

Il est essentiel aujourd’hui de faire tourner les informations sur nos conditions d’existence, de travail, nos situations familiales et personnelles (violences familiales, difficultés morales et psychiques, besoin alimentaire, fragilisation du droit à l’avortement…) et d’organiser partout où cela est possible des luttes contre les attaques dont nous sommes les cibles.

Dans l’immédiat, il est possible de s’organiser collectivement pour les courses, d’acheminer des produits aux personnes isolées, d’organiser ou de participer à des maraudes pour les plus démunis… Et pourquoi pas des réquisitions collectives de denrées essentielles, des autoréductions ? Face à la situation actuelle nous sommes nombreux à avoir encore plus de mal que d’habitude pour finir le mois. Dans certains pays des grèves de loyer ou de paiement des factures s’organisent. Emparons-nous aussi de ces moyens d’action !

Tenons-nous informés de ce que nos voisins vivent, de ce qui se passe dans telle ou telle usine, entreprise, exploitation agricole… afin de trouver des moyens collectifs de lutte contre les heures sup’ forcées ou non payées, contre l’obligation de poser nos jours de congés, contre le manque de protection au travail ou l’obligation de travailler. Mais il s’agit aussi de la question du paiement des primes, des cadences et des salaires. C’est d’autant plus à nous de lutter pour nos conditions de travail qu’on ne peut même pas espérer compter sur les Prud’hommes fermés ou les centrales syndicales, quasi inaudibles en ce moment et prêtes à de nombreuses concessions sur le dos des travailleurs pour relancer l’économie, la production et par là retrouver leur rôle de « partenaires sociaux ».

Dans cette situation qui dure depuis déjà trop longtemps nous devons continuer à réfléchir collectivement, à échanger sur la situation et à chercher des possibilités de luttes et de résistances. En attendant de pouvoir se retrouver, il est possible d’organiser des assemblées virtuelles sur internet (ou par l’intermédiaire d’une radio), voire physiques, de balcon en balcon comme en Italie par exemple. La diffusion de réflexions et de critiques est aussi importante dans le contexte actuel (distributions de tracts dans les boites aux lettres de son quartier, de son pâté de maisons, collage d’affiches, affichage de banderoles)… Réinvestir la rue tout en respectant la distanciation sociale peut aussi se tenter (manif en voitures, à vélo, rassemblements…). Et dès la fin du confinement reprenons la lutte pour de bon !

Si les solidarités, les luttes vitales et immédiates sont indispensables aujourd’hui, il nous faut déjà penser « l’après ». Pointons dès maintenant les contradictions de ce système qui, à travers cette crise sanitaire, apparaissent encore plus violemment.

Entre d’un côté les énormes moyens de production, la quantité de richesses produites, les moyens techniques, les connaissances scientifiques et de l’autre l’incapacité à faire face à une crise sanitaire qui reste faible au regard d’autres épidémies dans l’histoire (Peste Noire, grippe espagnole…), la contradiction est éclatante ! Et ce n’est qu’à l’image de l’organisation sociale et de la répartition des richesses…

Lorsque les dirigeants ne peuvent plus et que nous, les classes populaires, ne voulons plus, la révolution n’est plus loin !!!

Nous ne sommes pas seulement en guerre contre un virus mais contre le système qui est incapable de le combattre et qui l’a favorisé. Encore une fois si « Macron nous fait la guerre et sa police aussi », le virus le plus immonde est bien le virus capitaliste ! Derrière la crise sanitaire se cache la guerre sociale et la crise du capital. Et il s’agit pour nous, travailleurs, chômeurs, retraités…, de la mener et de vaincre, pour une société meilleure, plus juste, débarrassée du profit et des classes sociales, de l’État, des frontières et des polices, de l’argent et de l’exploitation…

« On est là » et on y sera encore et toujours !

#pasderetouralanormale

Des GJ, révoltés et confinés, déters et solidaires
gj_ales@riseup.net
defcolgj@riseup.net

Source : https://defensecollectivegj.noblogs.org/post/2020/05/04/crise-du-coronavirus-le-capitalisme-tue-eradiquons-le/

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