Gilets Jaunes !? Quelques prises de positions (Textes & Vidéos)

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Acte IV : On prend paris ! (vidéo)

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Appel des Gilets Jaunes de Montreuil en réponse à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy

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Gilets Jaunes. Fin de première manche ?

Depuis l’acte III, moment de pic d’intensité du mouvement en termes de blocage et d’émeute, le gouvernement a déployé sa machine contre-insurrectionnelle comme jamais. Il lui a fallu ressortir du placard les vieux manuels sur l’art de faire la guerre à sa population tout comme ceux sur l’art de la tromper.

Si le pouvoir aura effectivement réussi à contenir l’acte V, cela n’aura pas été sans fragiliser peut-être définitivement sa façade « démocratique ». Il n’est pas sans conséquence, en matière de fidélité entre un peuple et ses gouvernants, de mentir ouvertement, de truquer des photos et des chiffres, d’interpeller et de blesser autant de manifestants ou de simplement les interdire massivement de manifester.

L’usage de la force

89 000 policiers déployés sur tout le territoire français deux week-ends de suite. 9 000 pour la seule ville de Paris. Rappelons-le, c’est la première fois de toute son histoire que la France utilise des blindés sur la capitale. Sur le seul acte IV, plus de 2 000 personnes ont été interpellées. Une grosse partie l’ont été préventivement pour simple détention de matériels défensifs tels que des masques anti-poussières. Des centaines de personnes ont été blessées. Ce sont des dizaines d’images qui resteront gravées, celles de policiers en civil, canardant sans répit des manifestants et journalistes retranchés derrière un murée, ou simplement celles des mains arrachées.

Nous ne pouvons nous empêcher de voir dans une telle violence la volonté politique assumée d’intimider les manifestants, de les effrayer, de les dissuader de descendre dans la rue. Pourtant, des milliers de personnes ont de nouveau convergé sur la capitale pour l’acte V. En plus de cette vaste opération de dissuasion largement relayée médiatiquement, 50 stations de métro étaient fermées, les accès à Paris intra-muros bouclés, interdisant littéralement à des milliers de personnes venues en bus le simple fait de manifester. Pour ceux qui auront réussi à outrepasser tous les obstacles de ce parcours du combattant, on leur confisqua même le gilet jaune.

La manipulation médiatique

L’allocution de Macron, bien que largement critiquée, n’aura pas été sans effet pacificateur. Sur tous les gros titres, nous pouvions lire « le SMIC augmenté de 100 euros », « des avancées majeures obtenues ». Il est laborieux de revenir point par point sur chacune de ces annonces, mais celle sur le SMIC est probablement la plus aberrante.

C’est bien la prime d’activité (et non le SMIC) qui a été augmentée de 100 euros (une grosse partie de cette augmentation était de toute façon déjà prévue) et celle-ci ne concerne que 25% des SMICards (ceux dont le foyer fiscal est inférieur à un certain quota et qui peuvent effectivement bénéficier de cette prime). D’autres entourloupes ont été sciemment diffusées par un certain nombre de grandes chaînes. Ce n’est qu’une question de temps pour que tous les bernés ne s’en offusquent, et qui sait comment.

Le triste événement survenu à Strasbourg la semaine passée a lui aussi fait l’objet d’une instrumentalisation indécente à l’encontre du mouvement. Outre les débats qui ont pu émaillé les groupes Facebook de Gilets Jaunes autour de la théorie du complot, le gouvernement s’est ressaisi de cette affaire non seulement pour renforcer la stigmatisation habituelle de la population musulmane, intensifier sa fuite en avant sécuritaire mais aussi faire peser sur les Gilets Jaunes la sur-sollicitation des forces de l’ordre qui a pu indirectement favorisé une telle attaque. C’est ainsi, qu’en plus d’avoir largement disséminé la peur chez les manifestants, on leur rajoutait la culpabilité d’une attaque meurtrière. Dès lors, on justifiait d’avance l’éventuelle violence et les cassages de gueule en règle par des policiers à bout sur ceux qui daignaient aller manifester.

Fin de la première manche ?

Bien qu’une fois encore les chiffres de la mobilisation de l’acte V furent largement sous-estimés, on peut affirmer que le mouvement a enregistré l’une de ses premières baisse d’intensité. L’approche de la période de Noël couplée aux techniques contre-insurrectionnelles explicitées précédemment impactent inévitablement la mobilisation. Les ronds-points tentent de résister aux menaces d’évacuation. C’est un phénomène d’asphyxie qui s’est abattu sur le mouvement Gilet Jaune dont la colère ne s’est absolument pas dissipée. Il est indéniable que cette dernière continuera de gronder souterrainement jusqu’à son prochain soubresaut (soirée du nouvel An ?). Au prochain faux-pas gouvernemental, il n’est pas incertain que l’expérience commune des Gilets Jaunes les portera cette fois jusqu’à la démission de Macron. Tout ce qui s’est vécu et continue de se vivre sur les ronds-points, les blocages ou les émeutes, a permis à tout un peuple de retrouver sa capacité politique, c’est à dire, sa capacité d’agir que même un RIC ne pourra pas contenir.

Source : https://rouendanslarue.net/gilets-jaunes-fin-de-premiere-manche/

Finies, dépassées, impossibles, les révolutions sociales, disiez-vous ?!!!

Qui sont les gilets jaunes se demandent hypocritement les gouvernants, les journalistes et les politiciens. Des patrons, des professions libérales, des petits bourgeois, disaient-ils ! Des ultragauches ou des extrême-droites, des aventuriers, des casseurs professionnels, des excités ?!!! Tentatives ridicules de discréditer les gilets jaunes : moyens pitoyables face à un mouvement de masse !!!!

Le principal slogan des gilets jaunes « Y’en a marre de la misère ! » nous le dit : ce sont ceux qui commencent à ne plus supporter de devoir vivre dans le dénuement…

C’est d’ores et déjà une insurrection des misérables, des opprimés, des exploités !

C’est la révolution sociale qui est « en marche » !!!

Toutes les forces coalisées de la répression, de la réforme, de la négociation, de la compromission, de l’opportunisme n’y ont rien pu : quand il le faut, les masses prolétariennes reprennent la direction de leur propre avenir en commençant par se réunir, se parler, décider, agir par elles-mêmes en se passant de tous les encadreurs politiques et sociaux que les classes possédantes s’étaient ingéniées à leur mettre partout pour les entraver.

Nous n’oublierons jamais, par exemple, que les dirigeants de tous les syndicats auront tout fait pour faire croire que les gilets jaunes étaient un mouvement fasciste, de petits bourgeois enragés et hostiles à la classe ouvrière !!! Si cela échoue, si ce mouvement est le plus important mouvement prolétarien depuis longtemps, ils auront tout fait pour l’empêcher, pour le casser dès son démarrage et tout au long !

Ce qui gêne les syndicats dans le mouvement des gilets jaunes, c’est l’auto-organisation et l’insurrection et on ne peut que le remarquer après une journée d’action commune samedi dernier, la CGT centrale restant hostile alors que les militants locaux sont souvent fondus dans le mouvement des gilets jaunes et que la CGT se garde de relier les grèves et le mouvement, et refuse de constituer des comités de travailleurs dans les entreprises. La CGT est absolument contre l’auto-organisation et l’insurrection. Cela doit être retenu pour la suite : ces organisations de gauche ou syndicales réformistes ne sont pas des amis de la révolution sociale qui monte…

Oui, c’est bel et bien le caractère insurrectionnel des gilets jaunes qui s’oppose au caractère pépère et sans lendemain des mouvements initiés par les appareils syndicaux depuis des années, par les intersyndicales comme par la seule CGT. Car les journées d’inaction syndicales étaient tout le contraire de ce mouvement : ni interprofessionnelles, ni auto-organisées, ni incontrôlables, ni menaçantes pour le pouvoir et pour les classes possédantes, ni radicales dans leurs objectifs et leurs perspectives, ni explosives et extensives, ni dangereuses en rien pour nos ennemis.

Jamais les appareils syndicaux n’ont voulu le contrôle de la lutte par ceux qui y participent. Jamais ils n’ont voulu que le pays entier soit bloqué, soit barricadé, soit en révolte. Jamais ils n’ont voulu que l’ensemble de la classe possédante, tous les profiteurs soient mis en cause. Jamais ils n’ont voulu globaliser les révoltes sociales, les unir en un seul mouvement et lancer celui-ci contre les possédants, contre les exploiteurs, contre les profiteurs !!! Jamais ils n’ont accepté la spontanéité de la lutte et reconnu la capacité des travailleurs, en dehors des états-majors syndicaux spécialistes en défaites ouvrières, de décider eux-mêmes, d’organiser eux-mêmes, de mener eux-mêmes les luttes sociales.

Et jamais ils n’ont permis que les luttes ouvrières, aussi importantes et suivies soient-elles, se fassent craindre des classes possédantes alors que les gilets jaunes sont aujourd’hui craints des classes possédantes et même au-delà des frontières ! Car leur exemple s’étend au-delà des frontières !!!

Dans le contenu social de la lutte, les Gilets Jaunes sont bien plus radicaux que ne l’ont jamais été les gauches réformistes, y compris les gauches de la gauche, les syndicats et les extrêmes gauches opportunistes. Mettre en cause les impôts, ces gens bien rangés ne l’ont jamais fait ! Mettre en cause les banques, non plus !

Macron a écarté d’un revers de main les revendications des Gilets pour plus de services sociaux et moins de taxes, qu’il a traitées d’enfantines et de déraisonnables : « On doit expliquer aux gens ce qu’il y a en face de leur impôt… Si personne ne le fait, tout le monde va croire que c’est normal que l’école soit gratuite ou que la collectivité paye quand on arrive en fin de vie. » En fait, les revendications de moins de taxes et de plus de services publics ne sont pas enfantines ; elles nécessitent l’expropriation de la classe dirigeante capitaliste…

Certes, Macron se sert se sert des violences […] dans les manifestations et blocages pour dénoncer le mouvement, le discréditer moralement. Mais la véritable violence n’est-elle pas celle des possédants et de leur gouvernement ? N’est-ce pas eux qui ont poussé des pères tranquilles, acculés à la misère, à se révolter ? N’est-ce pas eux qui ont poussé des mères de familles, y compris des mères célibataires, qui ne peuvent plus disposer du minimum pour les charges qu’ils assument, à se jeter dans la rue, quitte à risquer les coups de matraques et les gaz lacrymogènes et même les arrestations !

La violence, c’est celle des classes possédantes qui clament : il nous en faut toujours plus, plus de milliards de profits sur le dos de tous ceux qui vivent de leur travail !

Ce n’est pas un hasard si tout le monde commence à comparer la situation politique et sociale à celle de l’Ancien Régime, celle d’une classe possédante et de son pouvoir complètement discrédités au point que les masses opprimées et exploitées ne comptent plus que sur l’insurrection pour imposer le changement indispensable !

Dans tout le pays, la liaison est en train de se faire entre tous ceux qui sont exploités, opprimés, écrasés, poussés à bout. Et maintenant, la seule véritable perspective, c’est que la classe ouvrière s’organise en comités de travailleurs, s’assemble dans les entreprises, discute et décide de ses revendications et de son programme d’action. Là où cela commence à se faire, les réticences des syndicats sont vite bousculées…

Si Macron et ses mandats les exploiteurs ont fini par mettre le feu aux poudres par leurs exactions, concussions, détournements, vols et prévarications sans fin, on pourra dire que la révolution sociale est bien la seule chose qu’ils n’auront pas volée !!!

Au cours du mouvement des gilets jaunes, la bourgeoisie entraine ses forces de l’ordre à la répression des insurrections et y habitue la population… Mais elle est en train de mener aussi très surement les prolétaires à l’insurrection sociale !

On pourra bientôt retrouver le slogan des prolétaires parisiens de 1871 : « Vive la Commune ! »

Source : https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5171

Gilet ou gilet pas ? Il faut de l’essence pour tout cramer

Depuis une semaine maintenant, un mouvement contre la vie chère se dessine sur l’ensemble du territoire français, mais également dans d’autres pays d’Europe. Ce mouvement ne ressemble à rien qu’on ait connu auparavant. Si les premiers indices n’étaient pas des plus réjouissants, la réalisation de ce mouvement doit nous permettre de recalibrer notre position.

Dans un monde qui n’est plus que capitaliste, où l’identité ouvrière a été piétinée depuis longtemps, il est logique que les repères politiques du mouvement ouvrier n’aient pas la côte dans les explosions sociales de la période. Pourtant nous avons tous observé la force subversive des mouvements comme le LKP ou encore le récent embrasement guyanais contre la vie chère. Dans ce mouvement des gilets jaunes, il y a deux étapes que nous devons distinguer pour comprendre l’intérêt de cet évènement : l’apparition et la réalisation.

La plupart des camarades hostiles à la mobilisation des gilets jaunes le sont avant tout parce qu’ils ont choisi de ne pas faire la séparation entre ce qui est dit (discours de légitimité très médiatisé) et ce qui est fait (les pratiques que les différents blocages énoncent). Ce qui, du point de vue la période actuelle, est une erreur. On ne peut pas à la fois critiquer la sclérose des mouvements sociaux traditionnels et rejeter en bloc des espaces de contestation qui, bien que sans repères politiques, mettent en jeu la question de la vie chère, donc de la vie impossible des prolétaires. L’objectif de cette adresse est d’offrir un autre point de vue sur les évènements et de comprendre en quoi, si le mouvement prend le tour de la critique de la vie chère, la présence des partisans de la révolution y est logique.

Apparition

La pétition à l’origine de la mobilisation date de mai 2018. Elle n’a donc pas tout de suite fait le buzz. C’est à la suite d’une nouvelle hausse du prix du carburant que cette pétition prend une ampleur considérable et se transforme en point de départ d’une mobilisation réelle, dans les rues et sur les routes contre la hausse du prix du carburant. Il faut dire qu’en un an, le gazole a pris 24 % d’augmentation, et l’essence 14 %. C’est bien sûr les prolétaires qui sentent le plus clairement cette hausse et voient leur reste à vivre se réduire comme peau de chagrin. Face à la fatalité des fluctuations du cours du pétrole, la principale cible évoquée pour agir sur le prix du carburant a été l’État, lequel a la main sur les différentes taxes qu’il ajoute au prix de marché des carburants, en particulier le gazole. Une lutte contre une nouvelle taxe offre deux déterminants initiaux majeurs : on s’adresse à l’État et on s’y adresse de la façon la plus légitime possible aux yeux de cet État : le citoyen. C’est sur ce terrain que va se développer toute la logorrhée autour de la France, des Français, du Peuple, de Notre Police, des taxes de l’État, de ceux qui paient tout et qui n’ont le droit à rien, de ceux qui ont le droit à tout alors qu’ils ne font rien. C’est typiquement le terrain que les militants d’extrême droite peuvent investir parce qu’il leur permet d’afficher haut et fort leur volonté d’accéder au pouvoir politique, seule issue de leur logiciel. Au même titre que la France Insoumise. C’est d’ailleurs eux qui insistent sur la personne de Macron. Ils veulent tuer le Roi, mais pas les Rois. Nous ne pouvions donc qu’être méfiants d’un tel cocktail, mêlant poujadisme, nationalisme, populisme dans une vague d’expression virtuelle peu ragoûtante, et évidemment interclassiste à la Bonnet Rouge. D’autant que le traitement policier, gouvernemental et médiatique était d’une bienveillance à toute épreuve. Mais nous ne pouvions pas rejeter en bloc quelque chose qui n’avait ni finitude, ni unité. Il fallait attendre de voir. Nous devions prendre le prix de l’essence comme un thermomètre de l’étranglement quotidien des prolétaires, là où d’autres ne voyaient que la grossière démonstration de force des lobbys automobilistes. Déjà nous avions des indices qui pouvaient nous laisser penser que le mouvement des gilets jaunes ouvrait une brèche autour d’une complainte simple : ici on crève. De la dénonciation d’une taxe, on passait surtout aux causes de la dénonciation : la dégradation de nos conditions de vie. C’est à partir de toutes ces lacunes et ces grands absents que nous avons observé la journée du 17.

Réalisation : 17 novembre

Pour la journée du 17 novembre, des milliers de personnes ont quitté leur écran d’ordinateur pour se rencontrer. Aucun doute que de nombreux militants d’extrême droite y étaient, notamment Debout La France, mais en réalité, ils ne pouvaient avancer qu’à couvert parce que leur solution au prix de l’essence ne pouvait apparaître que comme tirée par les cheveux. Dans des bars, des parcs, des parkings de centres commerciaux, les « gilets jaunes » se sont vus pour le mouvement. Pas pour savoir quel était le discours à tenir. Mais pour savoir où et comment ils allaient bloquer. Ce mouvement d’auto-organisation de « citoyens » n’avait déjà pas les mêmes déterminants structurels que Nuit Debout. Nuit Debout parlait. Eux, ils font. Ils bloquent. Plus de 2000 points de blocage le 17, 280 000 personnes qui les tiennent, ce n’est pas rien contrairement à ce que certains racontent (sans appareils syndicaux et donc sans militants professionnels). On ne vous parle pas de défilés syndicaux, on parle d’action. Certes l’attitude de la police est pour beaucoup dans l’effectivité des blocages, et les gilets jaunes ne cesseront de l’acclamer jusqu’au moment où elle commencera à matraquer. Les points de blocage ont été soigneusement choisis pour paralyser les déplacements, pour obliger la population à prendre parti. Sur les points de blocage, péages ou centre commerciaux, des formes d’assemblée permanente permettaient de décider heure après heure des pratiques à mettre en place pour tenir le mouvement. Aucun porte-parole ne se détache du mouvement, aucune centralisation ne semble prendre. C’est ici que le gouvernement et les médias vont faire un revirement assez spectaculaire du traitement des gilets jaunes. La bienveillance est abandonnée au profit d’une menace. Les actes des fachos sur les blocages sont montés en épingle. On montre également les « débordements » aux différents points de blocage et on y oppose une nécessaire responsabilité des gilets jaunes. Mais contrairement à la direction de la CGT, aucune direction n’est là pour dire « Monsieur Philippe, ceci n’est pas le mouvement Gilet Jaune ». Par contre, si on va glaner çà et là des discours sur les points de blocage, on retrouve systématiquement un discours plus conséquent que la seule critique du prix de l’essence. Tout est trop cher quand on gagne 1000 euros par mois. C’est l’expression d’un prolétariat qui n’est plus légitime et dont la reproduction est problématique. Il n’y a pas UN mouvement des gilets jaunes, il y a des disparités concrètes en fonction des territoires, de la présence de militants d’extrême droite ou encore de la composition sociale lors des blocages. Mais la détermination est incontestable. Pour gagner en puissance, ils attendaient les « routiers », les « agriculteurs », en gros des corporations reconnues légitimes par le gouvernement, comme à l’époque des Bonnets Rouges. On cherche la puissance là où on pense qu’elle est mais tout en appelant tout le monde à rejoindre les blocages.

Réalisation : les suites du 17 novembre

Les points de blocage se maintiennent aux abords des autoroutes mais une partie des gilets jaunes fait le choix d’aller asphyxier le pays sur des points plus concentrés. Ainsi, les dépôts pétroliers, les centres logistiques, les centrales d’achat sont bloquées par les manifestants. Avec une efficacité redoutable quand on pense à nos échecs de la loi Travail. Si la police a comme consigne de temporiser le dimanche et le lundi, l’annonce des patrons des transports change la donne concernant les perspectives de puissance. Ils promettent au gouvernement de ne pas intervenir dans le mouvement des Gilets Jaunes. « On veut les routiers, pas leur patron ». Le mouvement, au fur et à mesure des impossibilités, des refus d’alliance de classe, se précise comme mouvement prolétarien. On cherche alors les moyens de permettre aux routiers de rejoindre le mouvement avec les camions du patron en les bloquant d’un commun accord. FO Transport appelle à la grève contre la baisse du pouvoir d’achat. Dans la foulée, on apprend l’appel de la CGT pour le 1er Décembre, toujours dans une volonté de centraliser la contestation, mais sans appel à la grève et en gardant ses distances au cas où (mais certaines section locales franchissent déjà le pas : st nazaire, le havre, meuse). Les appels pour rejoindre Paris le 24 novembre se multiplient et le gouvernement panique en rapatriant 90 % des unités CRS dans la capitale. Et pendant ce temps-là, les blocages tiennent. La police y intervient, arrête, matraque. La justice condamne. Et les gens y retournent. Le gouvernement invite à la dissociation, produit les figures repoussoirs comme dans n’importe quel mouvement social, mais ça ne prend pas. Comme le montre le porte-parole autoproclamé des gilets jaunes belges qui appelle des « combattants de la liberté pour nous défendre » ce que le journaliste appelle des casseurs. Ou encore à La Réunion, avant-garde de la vie chère, où le blocage s’accompagne de pillage et de redistribution à un niveau parfaitement grandiose. Et l’annonce du gel des taxes sur le carburant pour trois ans qui fait l’effet d’un ballon de baudruche.

Une brèche est ouverte

Nous sommes incontestablement dans un moment de lutte des classes. Nous voyons déjà les résorptions se pointer ici et là : la centralisation de la manifestation parisienne, les appels à viser les centres locaux du pouvoir, d’aller à l’Élysée, de bloquer les bâtiments d’État. On cherche à maintenir coûte que coûte la figure du citoyen face à l’État parce qu’il n’y a que comme ça qu’on pense paraître légitime. C’est un aveu d’échec là où les potentialités sont nombreuses. Le moment qui s’ouvre verra apparaître des formes politiques contre-révolutionnaires, des compositions interclassistes manifestes, des incursions d’extrême droite. Mais c’est très certainement le lot de notre époque et il ne rime à rien d’en faire le contempler en râlant. En tant que partisans de la révolution, nous devons les combattre et proposer des lignes de suite pour l’extension du mouvement. Faire de ce mouvement un mouvement contre la vie chère. Il ne s’agit pas d’appeler simplement à rejoindre les piquets de blocage. Il faut étendre la contestation sociale sur d’autres espaces de la vie quotidienne, avec des slogans politiques contre la vie chère, contre la vie de prolétaire. Aller chercher les lycéens, les étudiants, les chômeurs, les travailleurs mais pas pour leurs intérêts particuliers immédiats. Pour l’extension du mouvement contre la vie chère, pas pour le gilet jaune. Les pratiques de lutte sont nombreuses et on aurait tort de ne pas se permettre de les convoquer. Occupation, auto-réduction, manifestations, blocages, gratuité et toujours plus vers le dernier saut. La semaine qui suit le 24 novembre sera déterminante pour la poursuite et la qualité du mouvement.

Alors, gilet ou gilet pas ?

Source : https://www.19h17.info/2018/11/23/gilet-ou-gilet-pas-il-faut-de-lessence-pour-tout-cramer/

“Gilets jaunes”… “Communards”… “Sans-culottes”… “Va-nu-pieds”… “Damnés de la terre”…

Derrière des appellations fleuries émergent nos luttes contre la misère !

Barricades en feu sur les Champs Elysées, voitures de luxe incendiées, boutiques de luxe saccagées et pillées, « la plus belle avenue du monde » a brûlé de notre désir de vivre et de ne plus survivre. « La Ville Lumière » était beaucoup plus éclairée que ses maîtres ne l’avaient jamais voulu. Et les feux de la révolte brûlent depuis trois semaines aussi dans d’autres endroits – en France et aussi en Belgique – réchauffant nos cœurs et nos esprits.

N’avons-nous pas trouvé là un remède contre l’épuisement professionnel !? Contre le blues de l’automne !? Contre ce sentiment que nos vies se perdent au travail pour un salaire minable ou à l’école pour devenir un autre chômeur !? Que nous ne vivrons jamais rien d’autre que cette misère d’une vie sous la dictature de l’argent !?

Voici les points les plus importants qui ont suscité notre espoir que tout ceci n’est pas une fatalité, qu’un changement radical de la société est possible :

  • Le mouvement s’est développé en dehors et dans une certaine mesure aussi contre les structures traditionnelles (partis, syndicats, médias…) dont le capitalisme s’est doté afin de rendre inoffensive toute critique pratique.
  • Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de revendications « positives », pas d’interlocuteurs, pas de porte-paroles, pas de négociateurs, ou ils ne représentaient qu’une infime minorité (et parfois pas très appréciée, voire même menacée par les plus radicaux !) du mouvement. Même si les média tentent d’enfermer les manifestants dans le cadre de la « lutte contre les impôts », la consigne universelle est plutôt « lutte contre la pauvreté en général » dans toute sa complexité (bas salaires, prix élevés, perdre sa vie à la gagner, aliénation…) et donc, en définitive, elle remet en question l’ordre capitaliste en tant que tel.
  • Le mouvement est organisé au niveau régional et dépasse les divisions habituelles des syndicalistes selon les branches de production. Ce sont les voisins, les amis ou les collègues qui se rencontrent sur les blocages ou les barricades et ce qu’ils ont en commun ce n’est pas un intérêt particulier de telle ou telle branche professionnelle mais un ras le bol général de la misère de nos vies qui est implicitement partagé par toute la classe ouvrière. Il existe bien sûr des tentatives de restructuration du mouvement pour qu’il s’inscrive dans le cadre des structures capitalistes – des appels à formuler des « revendications claires et positives », à discuter avec les autorités, à rester raisonnable… Mais jusqu’à présent, ils n’ont pas eu beaucoup de succès. Au contraire, le mouvement n’a pas peur de montrer aux soi-disant modérés qu’il n’en est pas question, qu’ils n’abandonneront pas leur radicalisme et qu’ils ne laisseront pas faire ceux qui veulent diviser le mouvement sur cet axe afin de le détruire.
  • Le mouvement, ou une grande partie, est radical et donc violent et il l’assume. Ce n’est pas seulement que les « gilets jaunes » n’ont pas peur de la confrontation avec la police, beaucoup n’ont pas peur de casser, d’incendier, d’éradiquer ; ils n’ont aucun respect pour la propriété privée, ils pillent… Mais plus important encore, ils le revendiquent aussi – certains implicitement, d’autres ouvertement, ce qui rend difficile l’utilisation des tactiques habituelles de la bourgeoisie pour diviser le mouvement en « bons manifestants » et « mauvais casseurs ». Tout le monde n’a pas envie de participer aux émeutes, mais beaucoup considèrent l’émeute comme une expression légitime du mouvement.
  • Non seulement le mouvement n’arrête pas d’appeler le reste de la classe ouvrière à le rejoindre et il essaie de s’étendre et de se généraliser (la contestation se développe dans le secteur « lycéen ») ; mais de plus en plus d’appels à la fraternisation avec les forces répressives apparaissent également. Il y a des gens qui répondent aux CRS, se plaignant de la pénibilité de leur travail, qu’ils peuvent simplement baisser les armes et rejoindre les manifestants. Il y a ceux qui les invitent à réfléchir à qui est leur véritable ennemi. Et il y en a d’autres qui appellent les soldats à désobéir à leurs maîtres dans le cas où ils seraient déployés contre le mouvement.
  • Rien n’est sacré pour le mouvement, pas de symboles, pas de légendes, pas d’identité, pas d’idéologie qui ne puissent être brûlés, détruits, éradiqués. Le meilleur exemple du week-end dernier – l’Arc de Triomphe, le symbole de leur république bourgeoise et de sa toute-puissance guerrière, a été tagué, son musée saccagé et des prolétaires dansaient de joie sur son toit.

Tels sont les points à développer et à surmonter dans la lutte qui continue. Luttons ensemble pour éviter toute récupération du mouvement par les partis politiques ou les syndicats, luttons ensemble contre le cadre des élections, des réformes et des revendications que certains voudraient nous imposer.

Allons jusqu’aux conséquences finales de notre critique !
Organisons-nous, discutons, nourrissons ensemble le feu de la révolte !
Nous sommes impatients de voir, de vivre la suite…

6 décembre 2018
nosotros.proletarios

Source : https://nantes.indymedia.org/articles/43818

“Gilets jaunes” – La lutte continue

“Que la Force soit avec Nous”

Depuis ce que d’aucuns appellent l’Acte IV, les appareils centraux de répression de l’ordre bourgeois et de l’Etat capitaliste ont véritablement pris la mesure de l’ampleur du mouvement social en cours se déroulant devant nos yeux. Ce jour-là (le 8 décembre), ils ont fait fort et ont eu la prétention de ne plus laisser se développer « les débordements » du week-end précédent : 89.000 flics, gendarmes, CRS ont été déployés dans toute la France, dont 10.000 à Paris, quadrillant les principales métropoles du pays, arrestations massives et préventives, véhicules blindés pour disloquer les barricades, tirs tendus de milliers de grenades, « grenades de désencerclement », « grenades assourdissantes », « grenades GLI-F4 » (présentées comme une « arme non-létale » contenant une charge explosive constituée de 25 grammes de TNT)…

Face à cet arsenal impressionnant, les « gilets jaunes », ou du moins les plus radicaux, ne se sont pas laissés faire et ont réagi avec force et détermination. Rejoints en cela par d’autres franges et secteurs de la population qui s’emportent et se laissent emporter dans cet appel d’air frais que constitue ce mouvement salutaire, ce processus de lutte, cette dynamique de refus de la pauvreté et de la misère, bref ceux que « les puissants » de ce monde et « les nantis » ont de tout temps appelés dédaigneusement « la vile populace », « la plèbe », « la racaille », « la canaille »… Et cette fois, ce n’est pas seulement Paris qui a brulé mais la colère s’est répandue telle une trainée de poudre à Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille, Saint-Etienne… : barricades et voitures en feu, affrontements directs très violents avec les milices de l’ordre capitaliste, pillages de magasins de luxe, et donc réappropriation d’une petite partie de la richesse sociale produite par notre classe, par nous autres prolétaires, juste un minuscule et infime moment du processus général d’expropriation des expropriateurs, de négation de la propriété privée des capitalistes que le mouvement de la révolution sociale devra assumer dans les prochaines et futures confrontations…

Plus que jamais, nous avons raison de refuser la misère, la déshumanisation et la guerre permanente, qui sont notre lot quotidien, nous avons raison de nous affronter à toutes les forces coalisées de la dictature sociale du capitalisme (gouvernement, police, milices, armée, partis politiques, syndicats, églises, médias aux ordres, associations caritatives…) qui ne cherchent qu’une seule chose :nous faire rentrer dans le rang, nous soumettre, soit par la force brutale policière et militaire, soit par la dissuasion, la discussion, la négociation, la désinformation…

Nous avons mille fois raison de vouloir reprendre nos vies et nos luttes en mains. Continuons de refuser tout « représentant » qui ne représentera que lui-même et les intérêts économiques et politiques de sa classe, de sa clique de gangsters. Tous nos ennemis de classe nous appellent à nous « structurer », à nous « organiser », à « formuler des revendications », à « négocier », etc. Nous leur crachons bien fort à la gueule l’expression de notre mépris : notre spontanéité et notre mouvement, nous allons les structurer et les organiser à notre façon…

Plus que jamais, nous avons raison de refuser de négocier avec nos maîtres, avec nos exploiteurs, avec nos oppresseurs, avec les dominants, car nous autres prolétaires, nous n’avons RIEN à négocier au risque de nous perdre dans le tourbillon du renoncement : nous n’avons à perdre que nos chaînes (certes quelque peu dorées, prétend-on dans les salons huppés de la bourgeoisie !) et nous avons tout un monde (nouveau) à gagner ; nous en avons marre de survivre, nous voulons VIVRE ! Négocier ? C’est déjà un peu mourir ! Alors, continuons à tenir ferme le gouvernail de notre radicalité car l’histoire passée et à venir, les générations d’hier et de demain nous observent et comptent sur nous pour que l’humanité triomphe enfin du sordide…

Et face aux chiens de garde « des nantis », « des riches », « des jouisseurs », face à leurs milices armés jusqu’aux dents, face à leurs média et pacificateurs, continuons d’opposer notre rage et notre détermination, et faisons-leur rompre les rangs. Qu’ils désertent s’ils ne veulent pas rester des salauds. Nous ne voulons pas que notre sang coule, nous voulons simplement la fin de leurs privilèges…

Nous avons mille fois raison de continuer à nous radicaliser, à ébranler leur monde fait de richesses pour eux (richesses que nous autres prolétaires, nous produisons) et de misère, de « bas salaires », de « fins de mois » difficiles, pour nous, « les sans-dents »…

Continuons à refuser les miettes « généreusement » accordées par Macron et sa clique (« de la poudre de perlimpinpin ») comme nous avons refusé de nous laisser berner par l’instrumentalisation de « l’attentat de Strasbourg » et tous les appels à ne plus manifester ; continuons à résister aux évacuations par la force policière et militaire de nos points de blocage : ronds-points, centres commerciaux,…

Tous les jours, nous voyons cette évidence : la violence, c’est le capitalisme et son Etat, nous on ne fait que se défendre. C’est la société capitaliste, où « les riches » écrasent « les pauvres » qui dans son ensemble est brutale, qui casse et brise nos vies. Nous autres, on ne fait que réagir par une saine et vigoureuse violence qui exprime notre humanité. Alors, haut les cœurs, camarades, amis, frères et sœurs de lutte, mettons à bas les forteresses de nos maîtres…

Parmi les « gilets jaunes », beaucoup appellent de leurs vœux à la démission de Macron, et même si nous comprenons la haine de classe que ce « bouffon » peut catalyser dans le mouvement, cela non seulement ne suffit pas mais de plus constitue une fausse alternative, un dérivatif par lequel « le pouvoir » compte bien neutraliser nos énergies. Le problème si Macron démissionne (ou même mieux si par nos luttes nous le démissionnions), c’est que pas plus tard qu’au même moment la classe dirigeante, la bourgeoisie nationale et internationale, lui trouvera immédiatement un successeur, plus « propre », plus « honnête », plus « proche » de nos préoccupations, à nous autres, « les bouseux », la « lie de l’humanité », « les affamés », « les damnés de la terre », nous autres prolétaires qui n’avons que nos bras et notre tête à vendre chaque jour au patron, qui n’avons qu’à aller chaque jour au chagrin pour un salaire minable. Le véritable problème, c’est toute cette société capitaliste qu’il faut bousiller pour qu’enfin nous puissions instaurer des rapports véritablement humains sans plus jamais de dominants et de dominés, sans oppresseurs et opprimés, sans exploiteurs et exploités…

Parmi les « gilets jaunes », beaucoup en appellent encore à la légalité (RIC, etc.). Disons simplement ceci :« le droit » bourgeois n’est que la codification juridique des rapports de production, des rapports de domination d’une classe sociale (la bourgeoisie, les propriétaires des moyens de production de la vie, ou mieux dit encore la classe des capitalistes) contre une autre classe sociale (nous, les dépossédés des moyens d’existence) ; ce droit bourgeois n’est en fin de compte que l’exercice féroce de leur violence de classe sous couvert de participation plus ou moins passive des dominés à leur propre domination. Mais de plus en plus, ça craque de toutes parts et le mouvement des « gilets jaunes » n’est qu’une des expressions de ce processus salvateur et régénérateur…

Allons jusqu’aux conséquences finales de notre critique !
Organisons-nous, discutons, nourrissons ensemble le feu de la révolte !
Ami, entends-tu au loin la révolution qui sourde !?
“Merry CRISIS and Happy New FEAR” (Athènes, 2008)

31 décembre 2018
nosotros.proletarios

Source : https://paris-luttes.info/gilets-jaunes-la-lutte-continue-11463

On se bat pour tout le monde

« Mais quelles sont vos revendications ? » C’est toujours la première chose que les médias et les personnes hostiles au mouvement nous crachent au visage. A travers cette question barbante, ils ne nous demandent pas comment on s’est retrouvés dans la rue mais comment on pourrait la quitter. Et c’est pour ça qu’on se retrouve dans l’embarras. On ne veut pas la quitter cette rue qu’on a prise, ces ronds-points qu’on a habillés, cette force collective qu’on a trouvée. Nous savons que notre situation ne pourra pas s’améliorer avec quelques miettes, ce qui rend les choses complètement ingérables pour tout pouvoir. En plus, on a ce formidable réflexe de refuser la représentation, qui fait qu’ils n’ont aucune tête à acheter ou à couper pour mettre à mal le mouvement. Ils nous disent : « Vous en demandez trop ». Face à cette accusation d’amateurisme politicien, on aurait pu simplement leur dire merde. Négocier tue et les politiciens sont nos fossoyeurs.

Qui veut perdre ?

Sauf qu’au sein du mouvement, tout le monde n’est pas de cet avis. Parce qu’on est peut-être pas tous dans la même situation de galère. Nous, travailleurs, chômeurs, retraités, nous vivons du salaire (y compris déguisé en chiffre d’affaire pour les auto-entrepreneurs) et des allocs. Ce salaire et ces allocs, on les obtient en vendant notre force de travail à un patron. Et c’est grâce à ça qu’il arrive à se faire de la thune, c’est grâce à ça que l’économie roule, sur notre dos. On peut comprendre les appels à l’unité au sein des gilets jaunes. Mais quand cette unité signifie marcher avec ceux qui nous exploitent au quotidien et avec leurs représentants politiques ce n’est plus de l’unité, c’est de la domestication. En réalité, nos intérêts sont irréconciliables et cela s’exprime aussi au niveau des revendications. Si réconciliation superficielle il y a en l’état, ça voudra simplement dire qu’on a perdu, qu’on est retourné au turbin et qu’eux ont gagné des passe-droits et des numerus clausus dans la concurrence économique mondiale en aggravant la situation de certains d’entre nous. C’est de cette fraction du mouvement dont provient la plupart des politiciens. Il n’y a qu’à voir les groupes comme les « Gilets Jaunes Libres » ou encore « La France en Colère ». Ce sont ces plateformes qui mettent régulièrement en avant les soi-disant revendications officielles où pullulent les tentatives de lobbying des partis politiques traditionnels.

42 revendications pour un retour à l’ordre

Evoquons la première liste de revendications des Gilets Jaunes : c’est un tableau d’art abstrait, un patchwork d’intérêts. On y demande de tout, de la retraite à 60 ans à l’augmentation des moyens pour la police en passant par la favorisation du petit commerce. Et un smic à 1300 euros et des emplois pour les chômeurs, les grands seigneurs !

Mais, cette liste, c’est aussi l’expression limpide d’une tendance nationaliste, avec quatre mesures contre les étrangers, à mille lieues de nos problèmes et à dix mille de leur solution. Faut être borné pour croire que les problèmes en France viennent d’ailleurs. Qu’une sortie de l’Europe nous permettrait de vivre bien ou que la chasse aux sans-papiers fera monter notre salaire. C’est d’ailleurs précisément l’inverse qui se passerait. On nous dit : il faut fermer les frontières et ça ira mieux. Regardez aux Etats-Unis, au Brésil, en Hongrie, en Birmanie, en Israël : partout les différents pouvoirs essaient de mettre en avant la guerre entre pauvres pour éviter la guerre aux riches tandis que eux continuent sciemment leur guerre contre nous. Les fachos veulent juste se faire une plus grande place à la table des exploiteurs en faisant du Trump. Et nous n’avons absolument aucune raison de les y aider.

En réalité, cette liste de revendication, tout le monde s’en fout. Il n’y a que les politiciens pour espérer en tirer quelque chose et bien sûr, les médias et le gouvernement, qui ne manqueront pas l’occasion de nous faire passer pour des nervis d’extrême droite. Mais, comme quand on appelle quelqu’un par un prénom qui n’est pas le sien, nous n’avons pas prêté attention.

Ricupération

Certains politicards sont partis, notamment de l’extrême droite traditionnelle comme Marine Le Pen, mais une autre initiative, plébiscitée par de nombreuses organisations politique de l’extrême gauche à l’extrême droite, allait bientôt nous donner du fil à retordre : le RIC au nom du peuple et de la démocratie. Comme dit plus haut, notre système politique repose sur une illusion, celle de l’absence d’inégalité sociale et économique. On nous parle de nations, de citoyens libres et égaux en droits dans un monde où la seule règle qui tient vraiment, c’est bien celle de l’exploitation d’une classe par une autre. C’est la propagande bourgeoise qui nous fait croire qu’avant d’être des prolos, nous sommes des citoyens, que la vie des idées précède celle des conditions matérielles. Pourtant, la République ne remplit pas le frigo. C’est sur cette illusion que le RIC a surfé. Il faut avouer qu’à première vue, la proposition était séduisante. On nous disait qu’avec ça, on allait enfin pouvoir être entendus directement, qu’on pouvait reprendre le pouvoir sur notre vie. C’est nous qui déciderions de tout. Et sans lutter en plus, sans risquer sa vie sur les ronds-points et dans les manifs, juste en votant, sur son ordi dans son salon, les pantoufles au coin du feu qui crépite ! Mais dans le commerce, quand on a un produit à vendre, on ment : « Oui, une fois qu’on a le RIC, on peut tout faire passer ! ». C’est faux. Déjà, quel comble de demander l’avis aux bourges pour savoir s’ils sont d’accord pour nous augmenter ! Un vote qui irait contre l’intérêt des capitalistes, par exemple l’augmentation du SMIC/horaire, serait retoqué purement et simplement. Il suffit de se rappeler du referendum de 2005. Et ça, c’est sans compter l’intense propagande qu’on subirait pour voter contre, seuls devant nos écrans.

Macron démission

Parce que c’est ça la force des gilets jaunes. C’est que nous ne sommes pas seuls. Nous sommes sortis de l’individualisme dans lequel l’ordre social nous enferme, notamment dans l’isoloir. La réalité, c’est qu’en deux mois de lutte, le pouvoir n’a jamais autant lâché sans qu’on lui demande rien. Et ses verres d’eau pour éteindre un incendie n’ont rien changé. Son débat national ressemble à une leçon de morale. Maintenant Macron fait le choix de jeter de l’huile. Nous sommes prêts.

Pour contrer le RIC, certains d’entre nous ont dit : pas besoin de RIC pour gagner, on veut la démission pure et simple de Macron. Cette revendication a la bonne idée de mettre à l’honneur notre action, de recentrer le débat sur notre force collective. En effet, c’est la rue qui fera partir Macron, pas les urnes. Mais, juste après avoir dit ça, tout le monde se pose la question : qui le remplacera ? C’est justement là où le bât blesse. Macron, aussi arrogant qu’il soit, est remplaçable et son successeur fera exactement la même chose pour défendre le profit. Il faut clairement jeter le bébé avec l’eau du bain. Les institutions qui existent sont là pour défendre la logique de l’argent et de l’exploitation.

Vers l’infini et au-delà

Pour continuer, nous devons renforcer le mouvement, l’étendre selon nos principes de solidarité et l’approfondir, pour que notre logique commune, celle du refus des conditions de vie actuelles, vienne réellement bouleverser ce monde. Il n’y a pas besoin d’avoir un plan pour ça. C’est souvent au feeling que les premières mesures sont prises, comme on l’a démontré ces deux derniers mois. Nous devrons assumer la conflictualité avec tout ce qui nous fait obstacle. Le travail nous empêche de lutter, on y répond par la grève. La répression essaie de nous terroriser, nous nous organisons pour qu’aucun de nous ne tombe entre leurs griffes. La thune commence à manquer, on met en place des réseaux solidaires avec des producteurs agricoles. On arrive plus à payer le loyer et les factures, on ne les paie plus. On nous coupe l’électricité, des GJ qui taffent à EDF la remettent. On a faim, on va prendre la marchandise dans les magasins et on organise de grandes distributions gratuites pour tout le monde. Ce sont des exemples parmi tant d’autres mais ils tendent tous vers un unique but : faire de notre mouvement un point de ralliement auquel tout un chacun peut s’accrocher pour y trouver de la force, de l’entraide et des moyens de vivre malgré la crise, donc aux antipodes de nos quotidiens de galère. Les gilets jaunes bouleverseront ce monde. Ce bouleversement, personne n’est en mesure de l’anticiper. C’est ce qu’on appelle une Révolution.

Source : https://jaune.noblogs.org/post/2019/01/06/on-se-bat-pour-tout-le-monde/

Appel de « Gilets Jaunes » de l’Est Parisien

Nos gilets ne sont plus des tenues de sécurité routière ; ils sont devenus le signal du ralliement de la contestation globale de l’ordre en place. S’ils scintillent, ce n’est pas pour alerter les autorités sur une quelconque urgence ou détresse sociale. Nous ne les avons pas mis en réclamation de quelque chose au Pouvoir. Le jaune de nos gilets n’est pas celui coutumièrement accolé à la traîtrise par le mouvement ouvrier. La couleur de cet habit, c’est celle de la lave de colère que le volcan de la révolution sociale, en sommeil depuis trop longtemps, commence à recracher. Il n’est jaune que parce qu’il embrasse le rouge.

Sous cette appellation « gilets jaunes », un titan se réveille à peine, encore groggy par le coma dans lequel il fut plongé durant plus de quarante ans. Ce colosse ne sait plus comment il s’appelle, ne se souvient plus de son histoire glorieuse, ne connaît pas le monde où il ouvre les yeux. Pourtant, il découvre, à mesure qu’elle se réactive, l’ampleur de sa propre puissance. Des mots lui sont soufflés par de faux amis, geôliers de ses songes. Il les répète : « français », « peuple », « citoyen » ! Mais en les prononçant, les images qui reviennent confusément du fond de sa mémoire jettent un trouble. Ces mots se sont usés dans les caniveaux de la misère, sur les barricades, les champs de bataille, lors des grèves, au sein des prisons. C’est qu’ils sont du langage d’un adversaire redoutable, l’ennemi de l’humanité qui, depuis deux siècles, manie magistralement la peur, la force et la propagande. Ce parasite mortel, ce vampire social, c’est le capitalisme !

Nous ne sommes pas cette « communauté de destin », fière de son « identité », pleine de mythes nationaux, qui n’a pas su résister à l’histoire sociale. Nous ne sommes pas français.

Nous ne sommes pas cette masse faite de « petites gens » prête à s’allier avec ses maîtres pourvu qu’elle soit « bien gouvernée ». Nous ne sommes pas le peuple.

Nous ne sommes pas cet agrégat d’individus qui ne doivent leur existence que par la reconnaissance de l’État et pour sa perpétuation. Nous ne sommes pas des citoyens.

Nous sommes ceux qui sont obligés de vendre leur force de travail pour survivre, ceux dont la bourgeoisie tire ses profits en les dominant et en les exploitant. Nous sommes ceux que le capital, dans sa stratégie de survie, piétine, sacrifie, condamne. Nous sommes cette force collective qui va abolir toutes les classes sociales. Nous sommes le prolétariat.

Conscients de nos intérêts historiques, nous avertissons que :

  • Le mouvement des gilets jaunes sera vaincu s’il s’obstine à croire que les intérêts des travailleurs sont conciliables avec ceux des patrons. Cette illusion produit d’ores et déjà des dégâts car Macron se sert d’elle afin de retourner la contestation contre les exploités. Les pauvres capitalistes – dépeints opportunément sous les traits des capitalistes pauvres : les petits entrepreneurs, artisans et autres autoentrepreneurs – victimes des « charges » sociales, partageraient le même sort que leurs employés. Il faudrait donc globalement les épargner et se borner à demander l’aumône aux plus gros d’entre eux. Cela permet au Pouvoir de nous injurier tout en feignant de répondre aux revendications. La prétendue hausse du SMIC ne sera payée que par les salariés. L’annulation de la hausse de la CSG masque le maintien de la réduction des pensions de retraites des plus pauvres.
  • À partir de cette approche biaisée, une fraction des gilets jaunes affirme qu’un État moins dispendieux permettrait d’alléger la charge fiscale qui écrase les entreprises ; l’activité serait ainsi relancée et chacun y trouverait son compte… Cela est un mauvais conte de fée. Car ce n’est pas l’État qui étouffe les petits capitalistes mais d’abord la loi de la concurrence qui les fait exister et grâce à laquelle ils peuvent prendre des parts de marché, c’est-à-dire se développer. Le problème social étant ainsi mal posé par le mouvement de sorte que « l’État mal gouverné » est ciblé en lieu et place du système capitaliste, le programme gouvernemental de démantèlement de « l’État social », au nom de « l’optimisation de l’action publique », s’en trouve consolidé. Les politiques de prédation sociale qui consistent à supprimer la redistribution des riches aux pauvres, jusque-là effectuée par le biais de la sécurité sociale et des services publics, sont ironiquement confortées. De même, les mesures de réduction du salaire global, en comprimant le salaire différé (retraite, allocations chômage…) sont dès lors justifiées. On donne le bâton pour se faire battre.
  • Dans cette optique, qui fait la part belle à l’équilibre économique pourvu qu’il soit bien géré, ce qu’il y a de mauvais dans l’économie ne peut être apporté que de l’extérieur : l’État fiscal, l’Union européenne, la « Finance » « cosmopolite » (et derrière sont parfois désignés les « juifs » et les « illuminatis »), les immigrés. La mécompréhension ou le refus d’admettre cette criante vérité que c’est le capitalisme – comme système de production de la richesse à partir de l’exploitation du travail humain – qui est en crise, ouvre grand la porte aux formes réactionnaires de sauvegarde de l’ordre en place. Dix ans d’activisme d’extrême droite sur internet pèsent lourdement sur ce suicidaire état de confusion dans lequel nombre de gilets jaunes croient discerner une solution à leurs maux.
  • Parmi ces « solutions », le Référendum d’Initiative Citoyenne, promu depuis longtemps par la fachosphère et qui a fini par rallier les suivistes mélenchoniste, est une fumisterie permettant d’étouffer la question sociale sous une tambouille institutionnelle. Cet aménagement démocratique ne réglerait rien, quand bien même il serait adopté. Il étirerait juste l’élastique électoral tout en maintenant le rapport entre les classes sociales – ses conditions ainsi que ses enjeux – avec en sus la fortification du réformisme juridique, ce parent pauvre du déjà illusoire réformisme économique. Cela reviendrait à cautionner un peu plus directement l’asservissement ordinaire.

Conscients de nos tâches, nous constatons que :

  • Le mouvement des gilets jaunes s’arrête aux portes des entreprises, c’est-à-dire là où commence le règne totalitaire du patronat. Ce phénomène résulte de différents facteurs. Retenons-en trois : 1) L’atomisation de la production, qui voit un grand nombre de salariés travailler dans des (très) petites entreprises où la proximité avec l’employeur rend très difficile la possibilité de faire grève. 2) La précarité d’une grande partie des salariés, qui détériore gravement leur capacité à assumer une conflictualité dans les boîtes. 3) L’exclusion et le chômage, qui placent en dehors de la production bon nombre de prolétaires. Une grande partie des gilets jaunes est directement concernée par au moins l’une de ces trois déterminations.
  • L’autre composante du salariat, celle qui bosse dans les grandes sociétés et qui dispose d’une meilleure sécurité de l’emploi (CDI et statut) paraît être sous cloche, sur laquelle la puissante force du mouvement se rompt comme la vague sur le rocher. Un traitement particulier, composé d’efficience managériale et de honteuse collaboration syndicale, est réservée à cette frange de la population travailleuse. La bourgeoisie a bien compris que cette catégorie des travailleurs a le pouvoir de frapper la production capitaliste en son cœur, par la grève générale illimitée. C’est pour cela qu’elle consolide la pacification en donnant des sussucres en formes de « primes de fin d’année exceptionnelles ».

Conscients de notre but, nous affirmons :

  • Nous reconnaître dans les appels des gilets jaunes de Alès, de Commercy et de Saint Nazaire, dont le souci de refuser toute organisation hiérarchique, toute représentation, et de cibler les capitalistes, est pour nous le signe de la voie à emprunter.
  • Vouloir briser les verrous idéologiques, managériaux et syndicaux, qui maintiennent le mouvement des gilets jaunes en dehors de la production. Nous devons employer l’extraordinaire force doublée de détermination que ce mouvement développe pour réaliser ce que des millions d’exploités souhaitent depuis tant d’années, sans jamais y être parvenus : paralyser la production de l’intérieur, décider des grèves et de leur coordination en assemblées générales, unir toutes les catégories de salariés, dans une même optique de renversement du système capitaliste et de réappropriation de l’appareil de production. Mettons fin à l’oppression hiérarchique, capitaliste et étatique.
  • Vouloir discuter dès maintenant de la grève, de son déclenchement, de son extension, de sa coordination. Contactez-nous, Rejoignez-nous !

gilets-jaunes-revolutionnaires@protonmail.com

Source : https://paris-luttes.info/appel-de-gilets-jaunes-de-l-est-11521

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