Guerre de Classe 13/2021 : « Révolution au Rojava » ? « Antiétatique » ? « Anticapitaliste » ? Ou encore une nouvelle mystification ?

| Čeština | English | Français | PDF |

« Révolution au Rojava » ? « Antiétatique » ? « Anticapitaliste » ? Ou encore une nouvelle mystification ?

La question essentielle que nous devons nous poser à propos du Rojava est la suivante : ce que d’aucuns appellent la « Révolution du Rojava » est-elle vraiment une révolution sociale ou, mieux dit, s’inscrit-elle bien dans une dynamique de destruction de l’ordre social présent (c’est-à-dire l’ordre capitaliste) ? Ou, au contraire, ne s’agirait-il pas plutôt d’un processus d’instrumentalisation et d’encadrement par des institutions sociale-démocrates (et donc bourgeoises), sous couvert de « libération sociale », d’un authentique mouvement de révolte contre la misère et la répression étatique, afin de mieux justifier leurs « luttes de libération nationale » ?

Le mouvement révolutionnaire a naturellement cherché la réponse à cette question dans des discussions et des confrontations de points de vue, de témoignages et d’analyses souvent divergents, confus et complexes. Notre groupe « Guerre de Classe » a également pris part à ce débat, et nous avons publié une sélection de contributions au débat sur notre blog.

Et nous pouvons dire que ce débat a conduit à une seule conclusion : que la fameuse « Révolution du Rojava » ne fait aucunement partie de la dynamique révolutionnaire « anticapitaliste » et « antiétatique ». En fin de compte, elle n’est rien de plus qu’une variante locale de la « Révolution bolivarienne » ou du « Socialisme du 21ème siècle », contrôlée et limitée par une puissante machine de propagande combinant le « municipalisme libertaire », le marxisme-léninisme et la « libération nationale ».

Ceux qui nient cette conclusion aujourd’hui ne le font pas parce qu’ils seraient lents à comprendre ou mal informés. Ce sont simplement des adeptes de la réforme du Capital, se contentant de le repeindre en « rouge », ce sont des tenants de la stratégie consistant à tout changer afin que l’essentiel reste le même. Et aujourd’hui, si nous entendons surtout les voix des partisans du Rojava au niveau international (cependant moins qu’auparavant), c’est parce que pour les révolutionnaires cette question a déjà été résolue et que leur attitude critique envers le Rojava reste inchangée (ce qui n’exclut pas que le mouvement prolétarien dans la région reprenne son souffle dans le futur et s’oppose à la récupération social-démocrate de sa lutte, ce que nous, en tant que communistes, soutenons pleinement).

D’importants secteurs de « l’anarchisme » (officiel et même moins officiel) se déclarent être les farouches partisans de la « Révolution au Rojava », qui serait une « véritable révolution » selon « l’éminent » intellectuel David Graeber. Celle-ci est animée et dirigée par une série d’institutions comme par exemple des « assemblées populaires », des « cantons », des « communes », des « municipalités » qui globalement et fondamentalement n’empêchent pas (et n’ont historiquement en soi jamais empêché) la reproduction des mêmes rapports sociaux que ceux qui dominent à l’échelle de la planète.

Sommes-nous naïfs ou stupides de croire « les anarchistes » lorsqu’ils déclarent allègrement dégueuler « le travail, la justice et l’armée » ?

En effet, l’exploitation au travail est effectivement réalisée au Rojava par le biais de « l’économie sociale » et de ses « coopératives » où le (la) prolétaire est toujours aussi solidement rivé(e) à « son » outil de travail, à « sa » machine, à « son » lieu de travail, aux exigences de rentabilité de « son » économie locale, cantonale et « libertaire », bref à « son » exploitation qui par la magie des mots parviendrait à « s’humaniser ». C’est toujours au nom du « réalisme » et du refus des critiques caricaturées comme étant « ultragauchistes » que le travail règne en maître absolu sur la région ; travail évidemment salarié, même si l’approvisionnement en papier monnaie, en étrons monétaires ou encore en valeurs sonnantes et trébuchantes n’est pas toujours assuré pleinement pour cause de guerre.

« Les anarchistes » ont toujours déclaré leur haine de l’Etat et de la Nation… Pourtant le Rojava dispose de toutes les caractéristiques de l’État… Bien que certains qualifie le Rojava de « proto-État », c’est-à-dire qui « dispose d’un certain nombre de caractéristiques propres aux États modernes sans réunir la totalité de celles-ci », pour notre part, notre conception critique de l’État nous détermine à ne voir dans ces entités rien d’autre qu’une matérialisation de l’État des capitalistes. Au-delà du concept d’État-Nation, l’État est un rapport social, composé de divers appareils : gouvernement, parlement, police, armée, patronat, syndicats, partis politiques, école, famille,… combinés à de multiples idéologies qui lui donnent force : parlementarisme, religion, positivisme, autoritarisme… Au niveau actuel du développement des sociétés de classe dont le capitalisme est l’ultime aboutissement en tant que synthèse des modes de production antérieurs, l’État ne peut être que l’État des capitalistes, le capitalisme organisé en État, en force sociale imposant la dictature de la valeur sur l’humanité. C’est donc pour nous une incongruité que de parler de « proto-État »… Quant à la nation, est-il bien nécessaire de rappeler le fondement nationaliste du « mouvement de libération kurde » ?

« Les anarchistes » ont toujours exprimé leur mépris envers le gouvernement, le parlementarisme et les élections… Mais le Rojava est dirigé par une infinité de parlements, qu’ils s’appellent « assemblées populaires », « conseils », « communes » ou « municipalités » importe peu si leur contenu pratique consiste toujours à gérer le rapport social dominant (avec un « visage humain » ou plutôt avec une grimace d’humanité) au niveau planétaire (c’est-à-dire le capitalisme, même s’il est repeint en rouge ou en rouge et noir). Toutes ces structures s’organisent au niveau local d’une rue, d’un quartier, d’un village, d’une ville, d’une région et participent toutes du principe électoral. Enfin, au niveau supérieur décisionnel, les « cantons » possèdent leurs propres gouvernements ainsi que leurs ministères et les ministres y afférents. En opposition à ce que nous revendiquons comme organisations territoriales : « Unionen » en Allemagne en 1919/20, « Shoras » en Irak en 1991, etc., ce qui compte, c’est le contenu de subversion de ce monde afin de « rendre l’affaire non rentable pour les capitalistes » (dixit le KAPD)…

« Les anarchistes » prétendent être allergiques à tout concept de « parti » qu’ils réduisent aux partis politiques bourgeois, qu’ils se présentent aux élections ou non, voire même aux partis bolcheviks et léninistes. Mais soudainement, il y a des partis politiques qui comblent de joie ces mêmes « anarchistes » : il s’agit du PKK (« Parti des Travailleurs du Kurdistan ») en Turquie et du PYD (« Parti de l’Union Démocratique ») en Syrie. Ces partis, et encore plus le PYD que le PKK, développent une politique diplomatique tout ce qu’il y a de plus classiquement bourgeois, allant jusqu’à ouvrir des « bureaux » (des ambassades en quelque sorte) à Moscou et à Prague. Le PYD est même allé, lors d’une grande tournée européenne, jusqu’à « faire le tapin » au Palais de l’Elysée en février 2015, où certains de ses représentants les plus illustres ont été reçus par « Monsieur le Président » (de l’époque) François Hollande en personne.

Pour d’importants secteurs de « l’anarchisme », pour les libertaires, les événements au Rojava seraient d’inspiration et d’essence libertaire, de nature antiétatique et anticapitaliste. Ou à tout le moins, la « Révolution au Rojava » ne répondrait plus aux critères classiques des « luttes de libération nationale » mais sa structuration idéologique découlerait directement des écrits de l’intellectuel libertaire américain Murray Bookchin et de ses principes de « communalisme », de « municipalisme ». D’aucuns s’aventurent même à comparer le Rojava à l’Espagne des années 1930.

Pour l’autre famille politique (concurrente mais néanmoins complémentaire de la précédente), pour cette famille idéologique qui se réclame peu ou prou du « marxisme », il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle mette en avant précisément « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », cher à Lénine, aux bolcheviks, à la Troisième Internationale, et à leurs héritiers marxistes-léninistes, staliniens, trotskistes, etc. On a même pu lire dans un article paru dans le journal français « L’Humanité » que la « Révolution au Rojava » exprimerait une nouvelle forme de « socialisme à visage humain »…

Le concept de « confédéralisme démocratique », développé théoriquement il y a quelques années par le leader du PKK Abdullah Öcalan, concept populaire et à la mode notamment dans les milieux libertaires (mais pas seulement là), prétend critiquer l’État-Nation, et par conséquent la création d’un nouvel État-Nation kurde n’est plus son objectif politique (selon le « nouveau paradigme » du PKK). En plus de la « démocratie directe », le but immédiat déclaré du « confédéralisme démocratique », c’est le « municipalisme libertaire », dans lequel les « assemblées populaires » jouent un rôle clé ; ainsi que l’autonomie régionale de chaque « entité kurde » par le biais d’organisations cantonales et municipales au sein de chaque État-Nation. Comme on peut le voir ici, l’idéologie révisée de la libération nationale (dans sa version du « confédéralisme démocratique ») affirme que, bien sûr, après un ravalement de façade et quelques réformes mineures, elle veut conserver les États-Nations existants. Dans la conception du PKK, la « décentralisation » et « l’autonomie » s’opposent au « centralisme » de l’État-Nation, à son chauvinisme, et elles sont présentées comme les facteurs de l’affaiblissement de l’État. Un représentant du KCK (l’une des innombrables organisations proches du PKK) à Diyarbakir, au Kurdistan turc, déclare dans une interview qu’il s’agit de « rétrécir l’État »…

Le PKK navigue donc dans les mêmes eaux que les zapatistes, si appréciés par le Mouvement de libération nationale kurde. Selon nous, communistes, anarchistes, internationalistes, il est au contraire clair (à la différence de tous ces réformateurs du Capital) que l’État ne peut pas être « rétréci », on ne peut pas construire quelque chose « au-delà de l’État », mais il doit être aboli de fond en comble et toutes les bases matérielles qui lui donnent vie doivent être subverties, éradiquées…

Certains libertaires soutiennent également ouvertement et sans hésitation la « Révolution du Rojava » parce qu’elle apporte, selon leurs propres termes, des « formes antiétatiques de libération nationale ». Rappelons donc pour une énième fois que tout nationalisme, qu’il s’agisse d’une « petite » ou d’une « grande » nation, est historiquement chauviniste, expansionniste, impérialiste… et donc étatique ! Il suffit de voir aujourd’hui comment les trois cantons formant initialement le Rojava en 2014 se sont développés de manière exponentielle (le Rojava est aujourd’hui constitué de sept cantons) pour former une zone sous contrôle politico-militaire du PYD et de ses milices YPG/FDS représentant un quart du territoire de l’État-Nation syrien, s’étendant même au-delà de l’ancienne capitale de l’autoproclamé Califat de l’État islamique (la ville de Raqqa, reprise en octobre 2017 après des mois de combats et de bombardements intensifs qui n’ont laissé que des ruines et des milliers de cadavres), s’étendant jusqu’aux confins du désert de la province de Deir-ez-Zor, très loin du Rojava. Cette nouvelle entité administrative, soutenue peu ou prou par ses fournisseurs d’armes que sont les USA, a momentanément délaissé le nom de Rojava (qui sonne « trop » kurde) pour la très bureaucratique appellation de « Fédération Démocratique de Syrie du Nord » (depuis 2018 « Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie »), qui recèle nettement moins d’aspects « romantiques » mais qui fait beaucoup plus « sérieux » sur la scène diplomatique internationale.

Le « nouveau » paradigme idéologique appelé « confédéralisme démocratique » n’est finalement rien d’autre qu’une vulgaire imposture portant tant bien que mal les habits de la « révolution », sentant le vague goût de la « révolution » mais n’ayant absolument rien en commun avec un minimum de début de dynamique poussant au renversement des rapports sociaux capitalistes dominants.

Attardons-nous aussi un instant sur l’un des piliers de ce « nouveau » progressisme largement distillé pour justifier le caractère révolutionnaire du mouvement social au Rojava : la « multiethnicité » et le « multiculturalisme » tellement vantés par tous les canaux de propagande des appareils idéologiques sévissant tant au Rojava qu’agissant ailleurs dans le monde en sa faveur.

Ce qui nous importe, nous, prolétaires révolutionnaires, militants communistes ou anarchistes (au-delà des étiquettes), ce n’est pas ce qui nous « différencie », ce n’est pas notre « singularité », le fait que nous soyons « tchèques » ou « français » ou « britanniques » ou « américains » alors que d’autres sont « kurdes » ou encore « assyriens » ou « chaldéens » ou « sunnites » ou « chiites », etc. Ce qui nous importe au contraire, c’est ce qui nous unifie en tant que communauté humaine et militante contre la dictature globale et universelle du Capital qui se matérialise pour nous tous par l’exploitation, l’aliénation, la marchandisation de nos corps et de nos vies, la misère, la guerre, la mort… Ce qui nous importe, c’est d’afficher et d’affirmer haut et fort notre mépris pour toute communauté nationale, communauté de citoyens, communauté populaire, pour toute communauté démocratique au sens profond de ce qu’est la démocratie, c’est-à-dire non pas une simple forme (démocratie parlementaire, « ouvrière », directe, cantonale, municipale, etc.) mais bien l’essence du capitalisme et donc la négation de l’antagonisme de classe et la dilution du prolétariat (classe révolutionnaire) dans cette entité bourgeoise qu’est le Peuple, la Nation et in fine l’État. Ce qui importe avant toute chose, c’est le fait que nous soyons, ou devenions, frères et sœurs de misère et d’exploitation, frères et sœurs de révolution, et que nous le reconnaissions consciemment.

L’humanité a été séparée d’elle-même, de la nature, de son activité et de sa production, pour être transformée en esclaves, en serfs et en prolétaires modernes. Les hommes sont séparés de leur véritable communauté humaine et ils sont reliés en une fausse communauté multi-« quelque chose » : multiethnique, multiculturelle, multinationale… L’internationalisme n’est pas l’addition de divers ou même différents nationalismes, voire même de tous les nationalismes, mais au contraire sa négation complète et accomplie…

Auxiliaires militaires ? Nous voudrions ajouter un autre élément important à la critique de la « Révolution du Rojava » développée dans différentes contributions sur notre blog : l’aide du Capital international que le Rojava a reçu. L’aide de l’OTAN, de l’UE, de différents États nationaux et d’autres institutions capitalistes, une aide qui ne fait que confirmer le caractère bourgeois de ces organisations qui prétendent représenter le mouvement social de subversion de ce monde au Rojava.

En ce sens, au sens de la politique bourgeoise classique, il n’y a pas lieu de s’étonner ou de s’offusquer de voir le PKK/PYD rencontrer ses partenaires (à Washington comme à Paris ou à Moscou…) afin de renforcer leurs relations et de discuter de leur coopération militaire ainsi que du business de la reconstruction au Rojava et à Kobanê… Pour la France, il était également nécessaire, surtout à la lumière des attentats contre « Charlie Hebdo » en janvier 2015, de promouvoir dans les médias une image de rapprochement officiel et d’alliance avec les forces qui combattent sur le terrain le djihadisme, le « radicalisme », « l’islamo-fascisme »…

Soulignons au passage ces « amitiés particulières » qui mettent en avant la complicité évidente de ces organisations « révolutionnaires » du Rojava avec nos ennemis de classe au moment même où l’État capitaliste (en France, en Belgique, en Allemagne, en Espagne,…) initie, développe, renforce de nouvelles mesures et campagnes dites « antiterroristes », qui prônent « l’unité nationale », « l’union sacrée », « la défense des valeurs républicaines », le « vivre ensemble » et in fine la regroupement du peuple autour de la « Démocratie en danger », c’est-à-dire la dictature capitaliste tant honnie par les exploités. Ces campagnes terroristes de l’État visent d’abord et officiellement à lutter contre l’islamisme mais constituent dans un second temps (et c’est là leur but initial et essentiel) de nouveaux outils encore plus puissants dans la lutte contre la subversion, contre la réémergence de la guerre de classe, contre la révolution sociale mondiale à venir. Pour nous, définitivement et contrairement aux cercles gauchistes, il n’y a aucun « moindre mal » qui vaille la peine d’être soutenu…

Vraiment, quelle intéressante « révolution », « anticapitaliste » et « antiétatique », qui présente toutes les caractéristiques d’un État avec un gouvernement dirigé par le « parti unique » PYD, des ministères, une multitude de mini-parlements, des cours de justice, une « Constitution » (appelée « Contrat social »), une armée (les milices YPG/YPJ de plus en plus militarisées), une police (les Asayish) qui impose l’ordre social interne (avec également ses « unités spéciales antiterroristes » dont les Rambo n’ont rien à envier à leurs collègues assassins de corps équivalents comme les « SWAT » aux Etats-Unis d’Amérique, les « Spetsnaz » en Russie, les « GIPN » et « GIGN » en France, etc.).

« Révolution » d’autant plus intéressante qu’elle « bouffe à tous les râteliers » : les YPG/YPJ ne sont rien d’autres que des auxiliaires militaires des puissances capitalistes, leurs supplétifs sur le terrain, face à un « ennemi commun » (l’État islamique). On ne compte plus les offensives menées conjointement par les YPG/YPJ et les autres FDS :

  • avec l’US Air Force,
  • avec les « Bérets verts » (ces putains de tortionnaires des forces spéciales américaines),
  • avec l’aviation russe,
  • avec l’armée syrienne de Bachar (avec lequel le PYD cogère la ville de Qamishli, entre autres) et son aviation qui bombarde les quartiers rebelles (il ne s’agit pas forcément d’Al-Nusra et autres djihadistes !!!),
  • avec le Hezbollah libanais,
  • les « Gardiens de la Révolution» iraniens (massacreurs de nos frères et sœurs de classe),
  • et ainsi de suite, ad nauseam!

On peut donc féliciter le Rojava qui a permis aux assassins de l’US Air Force de pallier aux difficultés d’utilisation de la base aérienne d’Incirlik de leur allié turc. Le Rojava n’est pas encore membre de l’Alliance Atlantique (OTAN), mais encore un petit effort « camarades »… Tout le baratin sur la « démocratie sans État », l’anticapitalisme et la révolution n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux à destination des milieux gauchistes (libertaires et marxistes-léninistes) toujours prêts à se satisfaire d’un « moindre mal » et d’une réforme du capitalisme.

Il n’y a pas lieu de s’étonner ou de s’offusquer du fait que le PKK/PYD, les YPG/YPJ aient annoncé ouvertement leur collaboration (soit simultanément, soit à tour de rôle) avec les USA, la Russie ou la Syrie. Hier, ils collaboraient déjà avec le Hezbollah, le régime syrien d’Assad père : Ocalan et toute la direction du PKK avaient installé leurs quartiers à Damas avant que les alliances ne soient renversées vers 1998 !!! De même, le PKK a signé des accords de paix avec la Turquie en 2013, accords qui ont tenu jusqu’en 2015, non pas parce qu’ils auraient finalement été dénoncés par le PKK (censé être anti-étatiste) mais parce que ceux-ci ne correspondaient plus aux nécessités impérialistes turques…

Alors que les forces du régime Assad ne cessaient de bombarder lourdement la région d’al-Gutta, tenue par les rebelles, à l’est de Damas, ce même régime envoie des troupes paramilitaires (des milices chiites proches de l’Iran) pour défendre le canton d’Afrine qui venait d’être envahi en février 2018 par l’armée turque et ses supplétifs islamistes. L’intervention des forces syriennes se fera à la demande des milices du PKK/PYD, des YPG/FDS, dans le cadre d’un accord politico-militaire concret entre les deux parties : la « Révolution du Rojava » et le régime baathiste.

Et dans les rangs des Rojavistes, il n’y a absolument aucun problème avec cela et il est tout à fait normal pour eux que ces bouchers viennent aider à sauver le « confédéralisme démocratique » de l’agression turque. L’Administration du Rojava a également appelé les forces de Damas à protéger les frontières nationales et l’intégrité de la Syrie. Qu’est-ce que ça veut dire de prétendre refuser le concept d’État-Nation (selon le « nouveau paradigme » du PKK) quand dans le même temps (peut-être pour des raisons « tactiques et temporaires » comme le justifient les Rojavistes), ils font alliance avec l’État-Nation syrien, ils appellent à la défense de ce dernier, « un État souverain » ?

Comment les partisans de la « Révolution au Rojava » peuvent-ils fermer les yeux sur ces faits ?

La Turquie, la Syrie, les USA, l’UE, les monarchies du Golfe, la Russie, l’Iran, et même les « proto »-États comme le Rojava et l’État Islamique… tous ces États, tous les États s’entendent copains comme cochons avec plus ou moins de bonheur selon les circonstances géostratégiques et la défense de leurs intérêts nationaux et nationalistes particuliers ; ils s’entendent sur le dos de la piétaille, c’est-à-dire nous tous, les exploités, les prolétaires.

Et les mêmes partisans de la « Révolution du Rojava » justifient cette collaboration en argumentant que : « Dans les années 1930, les anarchistes espagnols ont accepté des armes de l’Union soviétique, bien qu’ils étaient parfaitement conscients que les conditions liées à ces armes étaient destinées à saper la révolution. » Si des puissances contre-révolutionnaires (hier l’URSS, aujourd’hui les USA, la Russie, l’UE, etc.) fournissent un quelconque armement, un quelconque approvisionnement logistique, c’est bien sûr en ayant leurs propres intérêts à défendre, avec leur propre agenda en tant que puissances. Et à l’époque, beaucoup de nos camarades en Espagne pensaient et aujourd’hui les combattants du Rojava pensent que ce n’est pas eux qui seront utilisés par ces puissances capitalistes, impérialistes mais bien qu’ils les utiliseront dans une sorte d’alliances « tactiques et temporaires ». La réalité a montré et montre encore l’évidence que tout cela est complètement faux. Après avoir lutté contre le fascisme, pour la défense de la république bourgeoise et refusé de mettre en avant les besoins réels de la révolution sociale (par exemple à travers l’auto-proclamée « dictature de l’anarchie »), le prolétariat en Espagne a été obligé d’accepter la dissolution des milices ouvrières et donc la militarisation de ces dernières, abandonnant ainsi leur « esprit révolutionnaire » sur l’autel d’un « moindre mal » à défendre, d’une « révolution » à faire « après » la victoire sur le fascisme qui n’a jamais eu lieu…

Si effectivement la révolution aura besoin d’armes, de fusils, de canons, de missiles et sûrement de bien d’autres choses encore, ce dont la révolution sociale a le plus besoin, c’est d’une perspective claire sur ce qui doit être fait et avec qui. Il en va de même lorsque les travailleurs prennent « leurs » usines en main et les gèrent ; et rappelez-vous les commentaires cyniques mais néanmoins quelque peu perspicaces de Léon Blum sur l’occupation des usines en France en 1936 : « les ouvriers occupent l’usine, mais il est vrai que l’usine occupaient les ouvriers », leur donnant quelque chose à faire (autrement dit : les détourner de leurs tâches de destruction des rapports sociaux capitalistes)… Le problème n’est pas tant d’occuper les usines et de prendre en main les moyens de production, mais à partir de là, de savoir ce que l’on en fait, ce que l’on produit, et à quelles fins…

La « question militaire », l’usage des armes, n’est pas séparée de l’ensemble des tâches militantes révolutionnaires à assumer, à prendre en charge, ce n’est pas une question à part. Ce n’est pas la question militaire qui dirige le mouvement social mais le contraire. Cette question est très aiguë concernant ce qui se passe au Rojava : nous avons été littéralement submergés par un tel flot de communiqués de guerre sur la situation militaire à Afrine (et avant c’était à Manbij, Raqqa, Deir-Ezzor, etc. toutes les régions englouties par l’« auto-administration » du Rojava). Il n’y a pas d’issue ni d’explication à donner sur la façon dont une lutte « révolutionnaire » pourrait si facilement collaborer directement avec l’US Air Force, les Special Forces américaines (les Bérets verts), avec le fait que le quartier général de l’US Army était situé à Manbij (territoire sous contrôle des YPG/FDS), qu’il y avait plus de 2.000 soldats américains au Rojava, que les États-Unis disposaient de dix bases militaires au Rojava (dont deux bases aériennes), qu’ils avaient des accords avec l’armée de l’air russe et l’armée russe en général, ainsi qu’avec les massacreurs du gouvernement de Damas (par le biais de « chambres d’opération » pour coordonner les activités militaires entre les trois armées)…

Le prolétariat en tant que classe révolutionnaire n’a aucun intérêt à affronter frontalement l’État et ses appareils centraux de répression. Ce que nous devons développer au contraire, c’est le défaitisme révolutionnaire, c’est-à-dire pousser à la dissolution des armées bourgeoises (surtout en affaiblissant sa discipline et sa cohérence), par la violence bien sûr, par l’action directe, le sabotage, la grève généralisée et insurrectionnelle… dans les armées, les usines, les mines, les bureaux, les écoles… partout où nous subissons l’exploitation de ce monde de mort et de misère… mais aussi par la force et l’énergie du mouvement développant ses perspectives de classe. N’oubliez pas une chose les amis, c’est que là où il y a des avions et des navires de guerre, des mitrailleuses et des missiles et des gaz toxiques pour réprimer notre mouvement de classe, derrière eux il y a encore et toujours des hommes et des femmes qui doivent les produire, les acheminer vers leur destination, remplir les réservoirs de carburant… C’est le devoir des prolétaires en lutte d’empêcher la machine de guerre de tuer nos frères et sœurs, d’empêcher le système de production de fonctionner…

Rappelons aussi qu’historiquement, après toute défaite prolétarienne, le Capital se donne les moyens matériels de transformer en énergie contraire, en énergie visant à renforcer son rapport social, l’énergie prolétarienne initiale si pas de destruction de ce rapport social, du moins de remise en cause de celui-ci. Le Capital se nourrit de nos révoltes, de nos défaites, il adopte le vocabulaire du prolétariat, ses drapeaux, ses consignes (en prenant bien soin de les vider de leur véritable contenu subversif) pour attirer à lui, dans son camp, les prolétaires désorientés par la défaite mais encore vindicatifs. Le drapeau rouge ainsi déployé par des bourgeois « rouges » attire les prolétaires toujours en luttent mais qui sont ainsi appelés à se contenter de quelques oripeaux, de quelques ersatz de révolution…

Cette « démocratie sans État » (Abdullah Öcalan, 2010), cet « État sans État », cette « autonomie démocratique », ce « confédéralisme démocratique », c’est encore et toujours un État, au sens que la critique communiste donne à ce concept. C’est-à-dire le rapport social existant, l’état des choses présent, et donc l’organisation en actes de ce rapport, en vue de son élargissement et de sa perpétuation. Et sans l’émergence d’une révolution qui balaie l’ordre ancien, ce rapport social, cet état de choses ne peut être et demeurer que celui des capitalistes, quelles que soient les réformes qui lui donnent l’apparence d’une forme différente, améliorée. Le capitalisme se réforme en permanence… Il lui arrive même de se « révolutionner », mais cette « révolution », avec ses soubresauts (se traduisant par des dizaines de millions de morts) qui sont d’une extrême violence pour les exploités bien sûr mais aussi parfois pour certaines fractions concurrentes et/ou obsolètes de la classe des capitalistes, n’est jamais qu’une « révolution » au sein même des rapports sociaux qu’il s’agit de renforcer et d’élargir.

Il serait fatal de confondre un mouvement social ainsi que son processus avec sa direction bourgeoise, une révolution prolétarienne avec la contre-révolution, la libération sociale avec la libération nationale (le « national-social libérationnisme »), une dynamique militante contre la dictature de l’état des choses présent avec une série de mesures réformistes visant à consolider cet état des choses, ce dernier apparaissant évidemment sous un déguisement renouvelé, avec de nouvelles étiquettes et avec des institutions et des idéologies relookées comme les « assemblées populaires », les « coopératives », le « confédéralisme démocratique », l’« économie sociale », la « libération des femmes », etc. et rendant finalement plus acceptable le fait que les opprimés participent à leur propre oppression, les aliénés à leur propre aliénation, les exploités à leur propre exploitation…

D’aucuns diront que nous sommes obsessionnellement « anti-Rojava » ou que nous nions l’existence de la « Révolution au Rojava ». Loin s’en faut, nous ne sommes pas plus « anti-Rojava » que nous sommes effectivement anti-France ou anti-USA ou anti-tout-autre-État-Nation.

La position des communistes et des anarchistes est claire : que crèvent tous les États capitalistes, que crève l’État turc et sa répression féroce contre les populations insurgées du sud-est du pays et ailleurs, que crève l’État syrien et ses massacres, que crèvent les États des USA, de l’UE, des monarchies du Golfe, de la Russie et de l’Iran, et que crèvent aussi tous les États « progressistes » et gauchistes : Cuba, Venezuela, Bolivie ainsi que les « proto »-États comme le Rojava et l’État Islamique….

Quant à la véritable révolution au Rojava, nous en sommes évidemment d’éminents partisans, tout comme pour la révolution au Moyen-Orient et partout ailleurs dans le monde. Nous sommes pour une révolution sociale mondiale, et donc anticapitaliste, qui abolira la propriété privée, l’État, les classes sociales, les religions, etc.

Guerre de Classe – Été 2021

Annexes :

Pour suivre, nous voudrions ici présenter une contribution, que nous avons reçue il y a maintenant un certain temps, intitulée « Un aperçu du Rojava ou la critique comme une occasion de croissance et de développement », et qui s’adresse principalement au mouvement anarchiste en République tchèque. Nous l’avons traduit en français (ainsi qu’en anglais) et nous le publions finalement en annexe, avec un grand retard, mais aussi avec la conviction que même aujourd’hui il n’est pas trop tard.

Le texte aborde les questions que les révolutionnaires du monde entier ont posées et continuent de poser à propos du Rojava, et qui, bien sûr, peuvent être appliquées à d’autres « territoires autonomes », que ce soit historiquement (Espagne 1936) ou actuellement (Zapatistes).

Nous partageons pleinement la critique du Rojava développée dans le texte. En revanche, nous sommes en désaccord avec ce qu’on peut lire entre les lignes, à savoir l’effort déployé pour « équilibrer » l’adoration unilatérale du Rojava par une voix critique dans le but de créer « l’occasion » de débattre.

Cependant, à notre avis, l’attitude du mouvement anarchiste et de l’extrême gauche en République tchèque face aux événements du Rojava (et la même chose se produit ailleurs dans le monde) n’est pas basée sur une mauvaise compréhension de l’état des choses, sur le peu d’informations disponibles ou sur le manque d’occasions de débattre, comme le présume le texte, mais il s’agit d’un problème beaucoup plus profond : le problème du contenu que les partisans du Rojava attribuent à la révolution sociale. Quel changement la révolution apportera-t-elle et comment cela se déroulera-t-il ? Ceux qui pensent que le but de la révolution est de démocratiser la société ou de libérer les femmes n’aspirent, au fond, qu’à une sorte d’amélioration de la société actuelle, à l’achèvement de la révolution bourgeoise, c’est-à-dire celle qui a définitivement affirmé la domination du Capital. Les véritables révolutionnaires, eux, cherchent à détruire cette société basée sur les classes et l’exploitation, à la transformer totalement.

Le texte « Un aperçu du Rojava… » ne représente pas pour nous un appel à la discussion au sein du « mouvement anarchiste », lequel est capable de qualifier de « révolutionnaires » même des événements clairement réactionnaires (comme nous l’avons développé ci-dessus) juste parce qu’ils sont accompagnés d’une propagande rouge et noire distillée par divers services de relations publiques. Une telle discussion n’est pas possible selon nous.

Au contraire, nous considérons ce texte comme une critique de l’attitude décrite ci-dessus, une tentative de clarifier le concept de révolution sociale dans le contexte des événements au Rojava. Et c’est en tant que tel que nous le publions également, à la suite de nos propres remarques, qui s’appuient sur la discussion internationale sur le Rojava, telle qu’elle a été menée par divers groupes et militants ces dernières années.

Et enfin, last but not least, comme les événements d’Espagne 1936 sont très souvent évoqués par les partisans du Rojava, nous publions à la fin de ce bulletin une contribution du Groupe Communiste Internationaliste sur la révolution et la contre-révolution en Espagne, la fausse polarisation fascisme vs. antifascisme à cette époque…

Nous avons reçu, nous traduisons et publions

Un aperçu du Rojava ou la critique comme une occasion de croissance et de développement

Les événements au Rojava sont un sujet d’actualité, abordé par de nombreuses personnes, groupes et initiatives. Les aspects positifs de la réalité du Rojava pourraient certainement être décrits en détail, et beaucoup l’ont déjà fait ailleurs. Des références à certaines de ces contributions sont données en dessous de ce texte (1). Cependant, ces articles sont bien plus nombreux que des textes qui décriraient plus en détail les faiblesses et les contradictions des événements du Rojava. Le présent matériel tente d’équilibrer cette disparité. Néanmoins, cela ne veut pas du tout dire que les domaines positifs du Rojava sont sans importance ou négligeables.

On dit parfois que « le Rojava, ce n’est pas le paradis, mais l’espoir » et on peut être d’accord avec ça. Et précisément parce que le Rojava a aussi ses lacunes, nous devons également en parler afin que nous puissions y réfléchir et nous rapprocher de la réalisation de nos espoirs pour un avenir où elles ne joueront plus un rôle important. Si nous épinglions uniquement les forces et restions silencieux sur les lacunes, nous succomberions à une propagande unilatérale similaire à celles qui ont détruit de nombreux espoirs prometteurs dans le passé. Ce texte a été rédigé comme une contribution sincère à la réalisation des espoirs du Rojava.

Une révolution spécifique ?

On parle souvent du Rojava comme d’un événement révolutionnaire. Plus précisément, comme d’une révolution qui dépasse le concept européen ou américain de révolution. Il est dit que cette spécificité doit être respectée et acceptée. Ceux qui ne l’acceptent pas sont souvent décrits comme des paternalistes exaltés. Cependant, les partisans du Rojava se posent rarement la question de savoir si une véritable révolution sociale peut signifier des choses significativement différentes dans différentes régions tout en restant attrayante pour ceux qui veulent mettre fin au capitalisme.

Bien que les réalités de la vie soient différentes selon les régions du monde, tout comme les contextes culturels et géopolitiques le sont, il est faux de penser à la révolution sociale comme si elle signifiait quelque chose de différent dans chaque territoire. Bien sûr, différents contextes liés à des régions spécifiques peuvent générer des différences dans le processus révolutionnaire, dans la façon dont les gens s’organisent, la terminologie et les symboles qu’ils choisissent, mais le contenu de la révolution est identique partout dans le monde. Il n’y a pas de révolutions sociales différentes selon les endroits, seulement la révolution mondiale et la contre-révolution mondiale.

Les critiques contenues dans ce texte ne portent donc pas du tout sur des différences formelles. Par exemple, le texte ne critique pas que le Rojava parle de confédéralisme démocratique, et pas d’anarchie et de communisme. Ce qui est plutôt critiqué, c’est le contenu non-révolutionnaire, défendu à tort par certains, comme s’il était révolutionnaire. Même si le contenu révolutionnaire est dépeint avec les mots les moins attrayants, il y aurait de nombreuses raisons de le défendre, tout comme le contenu non-révolutionnaire est digne de critique, même s’il est enveloppé dans une terminologie révolutionnaire, comme dans le cas du Rojava. Ni la couleur du drapeau ni les noms ne sont significatifs. Nous ne critiquons pas principalement les mots. Il ne s’agit pas tant de la façon dont une personne parle d’elle-même, mais de la façon dont elle agit. Et c’est l’essence même de l’activité qui est critiquée ici.

Certes, la révolution ne peut pas se dérouler selon des plans et des définitions prédéterminés. À plus d’un titre, elle est imprévisible. Par conséquent, afin d’éviter toute accusation de dogmatisme et d’attachement à la pureté idéologique, nous voudrions mettre en avant que la motivation de notre critique ne réside pas dans la croyance que les événements se seraient écartés des schémas universels sur la façon dont la révolution devrait se dérouler en termes de formes d’organisation ou de terminologie. C’est une erreur de se raccrocher à un tel « schéma révolutionnaire » et il était nécessaire de critiquer cela. La révolution n’a pas de scénarios universels qui peuvent être rédigés sur un coin de table, auxquels on devrait se conformer sans détour. Le côté formel de la révolution se crée dans le mouvement, et donc avec une certaine quantité d’imprévisibilité, d’improvisation et de reconsidération. De plus, chaque révolution souffre de ses contradictions et de ses limites. Cependant, il est nécessaire de d’avancer même lorsqu’elles se manifestent. La tâche des forces révolutionnaires est alors de les révéler et de s’efforcer à les surmonter, non de les ignorer et de garder le silence à leur sujet, comme c’est souvent le cas dans le cas du Rojava.

Dans son texte sur la « question kurde », le collectif italien Il Lato Cattivo affirme :

« Une vaste nébuleuse de « mouvements » – armés ou non, balançant entre banditisme social et guérilla organisée – agissent dans les zones les plus déshéritées du dépotoir capitaliste mondial (…). Même si les discours et les formes de lutte de ces mouvements ne sont pas de simples épiphénomènes, il est essentiel de comprendre le contenu qui les réunit : l’autodéfense. Une autodéfense que l’on peut considérer comme vitale, mais qui ne se distingue pas, quant à sa nature, de celle qui s’exprime dans n’importe quelle action syndicale visant à sauvegarder le salaire ou les conditions de travail de ceux qui entrent en action. Ce serait comme un tour de passe-passe que de faire passer une lutte salariale, même si elle très ample et très dure, pour un « mouvement révolutionnaire », de la même façon, il est faux de tomber dans la caractérisation de ce type d’autodéfense animé par des populations épuisées, comme d’un mouvement intrinsèquement révolutionnaire. » (2)

Cette citation est intéressante en ce qu’elle est une comparaison qui correspond bien aux événements du Rojava et à son interprétation fréquente comme étant des événements révolutionnaires. Il ne fait aucun doute qu’il existe de nombreux révolutionnaires sincères au Rojava. Cependant, cela ne fait pas encore du Mouvement de libération nationale kurde un mouvement révolutionnaire. Avec un fort soutien international, la population locale organise une lutte acharnée, qui est avant tout une légitime défense contre le génocide de la communauté kurde. Cependant, la révolution sociale est une question de contenu, c’est-à-dire une attaque contre les rapports capitalistes. Mais cela ne se produit pas au Rojava. Seuls les rapports de gouvernance politique, administrative et économique sont affectés, mais la propriété privée continue d’exister. Avec cette dernière, il y a donc aussi des classes sociales qui constituent la base de la construction capitaliste. Le Rojava connaît une transformation démocratique, pas une révolution sociale. Cela signifie notamment ce qui suit :

  • Les coopératives ou communes du Rojava à gestion démocratique et horizontale fonctionnent selon les règles du marché, sur base du rapport salarial et de l’échange de monnaie, c’est-à-dire sur une base qui n’est pas différente de celle des entreprises d’autres régions qui épousent fièrement l’idéologie de l’économie capitaliste. (3) Le capitalisme, dans lequel les travailleurs, seuls et sans patrons, gèrent leur misère, c’est encore le capitalisme, car il ne s’agit pas seulement de savoir qui gère et comment, mais surtout de ce qui est géré. Dans le cas des coopératives du Rojava, les entreprises capitalistes relèvent de l’autogestion des travailleurs. (4) Le contenu capitaliste est organisé sous une forme démocratique.
  • Le confédéralisme démocratique au Rojava n’est pas une communauté sans classe (et il ne s’en rapproche pas davantage), mais bien une forme de gouvernance dans laquelle des membres de différentes classes se retrouvent « à une même table » pour planifier des actions conjointes et/ou conflictuelles sur des « problèmes ethniques/nationaux communs ». Ce n’est qu’une autre variante de ce que nous connaissons de la politique parlementaire. Le fait que cette administration permette une participation citoyenne plus directe ne change rien au fait que le cœur du contenu est identique. Ce fait est dissimulé par la répétition constante de phrases sur le « peuple kurde », comme s’il n’était pas clair que « le peuple » n’est pas un ensemble homogène, mais bien une société de classe dont la dynamique est déterminée par un conflit d’intérêts antagoniques (conflit de classe). Tout comme dans d’autres parties du monde. Une constitution appelée Contrat social a été rédigée au Rojava, proclamant « la coexistence et la compréhension mutuelles et pacifiques entre toutes les couches de la société.» Donc pas la démolition de la construction hiérarchique de classe, mais la collaboration entre différentes classes de différents niveaux de la hiérarchie. Regardons les choses en face, la région du Rojava est occupée par une société de classe, et des forces importantes débordant de terminologie révolutionnaire ne veulent pas encore la changer.

Les lecteurs attentifs ont certainement remarqué que la plupart des appels mondiaux pour soutenir le Rojava parlent précisément du soutien au mouvement kurde, au peuple kurde, à l’expérience sociale kurde, à l’autonomie kurde, etc. Cependant, nous entendons rarement parler de classe, et encore moins d’analyse de classe. Par exemple, lors de tous les événements publics organisés jusqu’à présent en faveur du Rojava à Prague depuis le début de l’invasion turque, le mot classe n’a pas été prononcé une seule fois. C’est assez choquant étant donné que ces gens parlent d’une révolution sociale. Mais ils parlent d’une révolution dans le contexte d’une communauté qui, tout en expérimentant la gouvernance démocratique, ne remet pas en question la propriété privée et laisse ainsi intactes les classes sociales. Il est frappant de voir à quel point le terme « populaire » est utilisé dans le nom des organisations de la résistance locale au Rojava (5), et combien le concept de classe et de lutte de classe est absent. Tout se passe comme si l’on avait oublié que le peuple (comme le « peuple kurde ») est une catégorie au-dessus des classes qui comprend à la fois les exploités et les exploiteurs.

Mais revenons à la citation d’Il Lato Cattivo. On pourrait résumer en disant que pour que les événements au Rojava deviennent vraiment révolutionnaires, il est nécessaire de dépasser le contenu existant qui représente l’autodéfense des vies, de la culture, de la langue, de l’ethnicité, du territoire, de l’économie locale, des emplois, des droits civiques et religieux. Il faudrait que les événements aillent plus loin. Vers un contenu qui représente une phase offensive. Il ne s’agira pas d’activisme civique et de simple gouvernance démocratique, mais de lutte de classe prolétarienne. En pratique, cela présuppose des manifestations de lutte qui subvertissent les piliers du Capital, comme les classes, la propriété, l’échange, le travail, l’argent, le marché, l’État – et en même temps la création non seulement de différentes formes organisationnelles, mais surtout d’un contenu social différent. Ce n’est pas encore le cas au Rojava. Ceci, bien sûr, ne doit pas conduire à un déni de soutien aux révolutionnaires qui combattent au Rojava. Au contraire, c’est un appel à soutenir les frères et sœurs de classe qui travaillent ici et qui essaient de comprendre pourquoi aucun événement révolutionnaire n’a encore eu lieu au Rojava, et ce qui doit être changé pour qu’ils aient lieu là-bas et ailleurs dans le monde. Il ne s’agit pas de se détourner du Rojava, mais également de ne pas accepter le soutien acritique de tout ce qui s’y passe. Ni rejet, ni romantisme. Maintenons une vision lucide et sans propagande.

Tout comme nous ne pouvons pas parler d’une révolution ou d’une communauté non capitaliste au Rojava, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’une structure sans État. La simple administration à l’aide de fédérations de communes décentralisées ne signifie pas encore la disparition de l’État. Si nous considérons que l’État est la manifestation et l’instrument de la domination de classe, il est évident que son existence ne peut pas être considérée uniquement comme un ensemble de certaines structures, institutions et autorités, à savoir la police, l’armée, le parlement, etc. Ces derniers sont certes une partie importante de l’État, mais on ne peut pas le réduire à ceux-ci. L’État est également et principalement le résultat de rapports sociaux spécifiques. Cela signifie qu’il se fonde sur la dynamique du rapport entre les classes sociales et leur rapport à la propriété. Ainsi, là où les classes et la propriété privée sont préservées, il y a un État. Ce qui, comme indiqué précédemment, est le cas du Rojava. Dans certaines régions du Rojava, l’État utilise seulement les assemblées populaires au lieu du parlement, et l’agenda politique de l’État est mis en œuvre de manière plus décentralisée et moins bureaucratique.

Internationalisme

« La révolution n’est pas certaine et le Rojava a besoin de l’énergie des révolutionnaires étrangers apportant leur soutien ici sur le terrain. Il ne suffit pas de faire un geste symbolique. Si vous êtes un révolutionnaire, alors ça suffit avec vos excuses à la noix, vous avez du pain sur la planche. », écrit l’un des acteurs du Rojava. (6)

On ne peut s’empêcher de penser que cet appel dit en fait qu’être un révolutionnaire signifie abandonner la vision d’une révolution sociale en tant que processus global et s’accrocher à l’idée de la révolution dans un seul pays. C’est-à-dire s’accrocher à l’idée que la révolution est un événement localement isolé se déroulant dans une seule région, où tous les révolutionnaires doivent aller afin de la mener à bien.

À une telle conception s’oppose l’internationalisme révolutionnaire, c’est-à-dire l’effort de ne pas concentrer les forces révolutionnaires en un seul endroit, mais de les répandre dans le monde entier, car le capitalisme est un système global qui ne peut pas être vaincu au niveau local, mais seulement par une attaque de la communauté de lutte mondiale. Une attaque coordonnée de plusieurs endroits à la fois, pas d’abord « là », et ensuite « ailleurs ».

« Alors, où sont tous les gens qualifiés ? On n’a pas besoin de votre simulacre de solidarité ou d’aide extérieure. Nous avons besoin de gens ici sur le terrain. Nous avons besoin de personnes qui peuvent enseigner, démarrer et gérer des projets et fournir de réelles solutions », nous exhorte un anarchiste du Rojava. Et pour souligner le concept de révolution en tant qu’événement local spatialement isolé, il ajoute : « Vous ne pouvez rien faire de l’extérieur qui soit vraiment efficace. »

Cela signifie-t-il que c’est seulement au Rojava que l’on peut être un révolutionnaire participant à une activité révolutionnaire ? Est-ce là qu’on est « à l’intérieur » de l’activité révolutionnaire, partout ailleurs qu’on est « à l’extérieur », et l’activité est-elle insignifiante, inefficace et non-révolutionnaire ? Il est assez choquant de voir un tel élitisme exacerbé de la part d’un anarchiste, et une telle distance par rapport à la perspective internationaliste. Heureusement, tous les anarchistes ne sont pas comme ça. Il convient de rappeler ce que Stuart Christie, récemment décédé, a écrit sur la guerre civile espagnole dans le texte « Brothers in Arms » :

« Contrairement au Comintern, l’Internationale anarchiste, l’AIT, n’a pas organisé de campagne centrale de recrutement. La CNT-FAI […] désapprouva le recrutement d’étrangers dans ses milices – à l’exception, bien sûr, des volontaires réfugiés apatrides comme les Italiens et les Allemands – préférant que les camarades manifestent leur solidarité et défendent le caractère révolutionnaire de la guerre civile espagnole par des actions et en exerçant une pression politique et industrielle dans leur pays. » (7)

Cette attitude anarchiste est beaucoup plus sympathique. Transposé dans la situation d’aujourd’hui, cela signifie que si les tendances révolutionnaires au Rojava doivent être renforcées et que les tendances contre-révolutionnaires doivent être renversées, il est nécessaire que la lutte des forces révolutionnaires s’intensifie non seulement là-bas mais aussi dans d’autres parties du monde. Grèves, émeutes, occupations, blocages, sabotages, saisies de ressources [« prises sur le tas »], éducation et construction d’infrastructures de combat. Tout cela se déroule dans différentes parties du monde. Vu sous l’angle de l’internationalisme révolutionnaire, ce sont toutes des activités qui ne peuvent être séparées des tendances militantes qui se manifestent au Rojava. De même, les activités des révolutionnaires du Rojava ne peuvent être perçues comme quelque chose qui se déroule séparément et sans lien avec les luttes prolétariennes ailleurs dans le monde. En ce sens, l’opposition « intérieur vs. extérieur » n’existe pas vraiment. C’est une fausse division qui complique les choses.

Le terrain de la lutte des classes est global, tout comme le capitalisme. La lutte offensive contre ce dernier dans une région est en même temps un soutien à la lutte qui se déroule dans d’autres régions. Son efficacité n’est pas déterminée par le fait qu’elle soit menée « à l’intérieur » ou « à l’extérieur » d’une région particulière, mais par les formes et le contenu que prend la lutte. En ce sens, par exemple, une lutte affectant la sphère de production des usines d’armement tchèques ou des services dans les aéroports (ou d’autres entreprises soutenant l’armée et l’économie turques) peut être plus efficace et avoir un impact plus positif sur le Rojava que lorsque les prolétaires fraternisent avec la bourgeoisie kurde lors d’une assemblée de communes afin d’organiser les échanges entre coopératives et entrepreneurs privés.

Tekoşîna Anarşîst déplorait dans une interview en juillet 2020 que « Un grand nombre d’internationalistes qui viennent au Rojava participent à la défense de la révolution pendant quelques mois puis reviennent chez eux pour retrouver leurs vies antérieures. Est-ce ce que nous voulons ? Est-ce notre vision de la solidarité internationaliste ? Non, nous voulons autre chose. »

Selon ces militants, l’activité révolutionnaire signifie-t-elle donc d’abandonner son foyer et sa vie pour une cause commune ? Le retour au pays signifie-t-il nécessairement la fin de l’initiative révolutionnaire ? Le fait de se plaindre ainsi qu’on retourne à sa vie n’est-il pas un aveu ouvert que les événements au Rojava exigent un renoncement complet à sa propre vie ? Si tel est le cas, certains révolutionnaires ont apparemment beaucoup en commun avec les fondamentalistes religieux.

Il existe de nombreux cas où le fait de partir pour le Rojava a vraiment changé la vie des gens. Pas seulement de manière positive, par exemple en acquérant une expérience et une inspiration précieuses, mais également négativement, par exemple en détériorant les relations avec leurs proches d’où ils sont partis au Rojava. Derrière les paroles séduisantes sur la fraternité, l’esprit communautaire et la solidarité incarnés au Rojava, il y a également une aliénation renforcée en dehors de cette région. Il s’agit là d’une triste réalité qui doit être prise en compte.

Possibilités de critique

Les parties positives de la réalité du Rojava comprennent également Tekmîl. Un rituel qui fonctionne de manière constructive avec la critique, l’autocritique et la réflexion. On considère la critique mutuelle comme faisant partie du processus de croissance commune et d’amélioration de la pratique collective. Cependant, même ce processus ritualisé a ses écueils. Parfois, il semble que cela ne soit destiné qu’à ceux qui s’intègrent dans les communautés kurdes. Lorsque des critiques amicales sont exprimées par des personnes extérieures à celles-ci, elles ne sont pas considérées comme une contribution constructive à la discussion, mais automatiquement comme une manifestation d’arrogance. Le théoricien communiste Gilles Dauvé et un autre auteur ont écrit une réflexion critique intéressante (8), qui peut être considérée comme une analyse factuelle et non comme une attaque hostile. Pourtant, beaucoup de colère et des accusations de condescendance et de supériorité paternaliste se sont abattues sur leurs têtes. Pourquoi ? Seuls ceux qui prennent leur petit-déjeuner tous les matins avec des militants kurdes et se lancent ensuite dans des projets communautaires communs, sont-ils autorisés à poser des critiques ? Les autres doivent-ils tout accepter sans critique ou bien exprimer leur critique et accepter d’être étiquetés comme étant des exaltés irrespectueux ? Les choses ne sont ni noires ni blanches. Il n’y a pas seulement un respect attentionné d’une part et des critiques impitoyables d’autre part. Il y a aussi des positions quelque part entre les deux. Il est possible d’exprimer des critiques sur certaines erreurs et contradictions, mais de le faire d’une manière prévenante qui respecte les diverses façons de disposer d’eux-mêmes des personnes critiquées. C’est exactement ce que tentent de faire Gilles Dauvé ainsi que le présent texte.

Les réactions qui suivent souvent la critique de certaines parties de la réalité du Rojava rappellent beaucoup la situation en République tchèque, où certains cercles militants utilisent la même argumentation lorsque le comportement des prolétaires d’origine rom durant leurs luttes contre l’oppression est critiqué. Il s’agit, par exemple, de la critique de leurs expressions patriarcales, de leur hiérarchie et de leur obéissance aux chefs roms, ou même des choses comme jeter de la nourriture vieille d’un jour. Toutes ces habitudes sont défendues par les coutumes culturelles des Roms, qui doivent être respectées. Ceux qui ne le font pas sont décrits comme des personnes arrogantes et exaltées qui ne respectent pas le libre arbitre des Roms et veulent imposer le modèle dominant de la majorité aux Roms.

Si le respect signifie la tolérance illimitée de tout ce qui est marqué comme tradition culturelle locale ou libre arbitre, nous pourrions aller jusqu’à respecter les pratiques cannibales et les exécutions par lapidation dans certaines communautés, ou encore les traditions nationales chauvines qui se manifestent dans la majorité de la population tchèque. Le respect des différentes coutumes culturelles est approprié, mais il doit avoir certaines limites, sinon la référence aux traditions culturelles peut facilement devenir un outil de manipulation pour la défense de l’indéfendable.

Si ce texte exprime une critique des spécificités des événements du Rojava, cela se fait dans le respect de nombreuses traditions culturelles de la communauté du Rojava, qui sont certainement très différentes de ce que nous pratiquons au niveau culturel dans le contexte local. La critique ne doit pas être impitoyable, tout comme le respect ne signifie pas accepter tout ce que l’autre personne dit et fait.

Tout comme ce texte apporte des remarques critiques sur certaines démarches des révolutionnaires au Rojava, ce serait formidable de recevoir ici sur le territoire de la soi-disant République tchèque les mêmes réponses critiques en provenance du Rojava. Le mouvement révolutionnaire est internationaliste, de sorte que la critique camarade doit circuler dans toutes les directions afin d’être une partie constructive du processus de création d’une théorie et d’une pratique communes. Si nous saisissons la révolution sociale comme un processus global, quiconque y aspire a quelque chose à dire à son sujet, ce qui signifie parfois, bien sûr, critiquer les camarades opérant dans une autre partie du monde.

La brigade internationale Tekoşîna Anarşîst a déclaré dans une interview : « Après quelques années de travail ici, nous avons vu les bons côtés et aussi les mauvais côtés de la révolution, et notre engagement avec elle est basé sur un cadre d’internationalisme et de solidarité critique. » Si c’est effectivement le cas, cela ne ferait pas de mal d’entendre davantage de voix critiques dans le flot d’appels à soutenir le Rojava. Donc, s’il s’agit vraiment d’un soutien critique, ce n’est pas un soutien inconditionnel, non critique et illimité.

« La pratique du Tekmîl, plateforme, critique et autocritique, nous guide dans notre croissance et notre développement en tant que révolutionnaires », déclare Tekoşîna Anarşîst. Si ces paroles sont sincères et si les personnes solidaires du combat au Rojava s’identifient à celles-ci, elles accepteront certainement ce texte avec enthousiasme comme une occasion de développement et de croissance. Si cela ne se produit pas, cela signifiera que les mots et les actions ne sont pas toujours en harmonie, et que cette harmonie doit être recherchée davantage.

Note sur l’auteur du texte : Il est vivement souhaité de ne pas gaspiller d’énergie à spéculer sur l’auteur de ce texte, mais plutôt d’utiliser cette énergie afin d’analyser le contenu du texte, d’en discuter et d’en tirer des conclusions pratiques. Vos commentaires sont les bienvenus sur lokomotiva1@riseup.net

Liens et notes :

(1) L’énumération de ces textes n’implique pas une adhésion complète à ceux-ci !

(2) « Question kurde », Etat islamique, USA et autres considérationshttp://dndf.org/?p=13854

(3) Cette attitude découle, par exemple, des récits de deux étudiants en journalisme qui se sont rendus au Rojava en 2019 et ont donné une conférence à ce sujet à Prague. https://www.afed.cz/text/7035/navsteva-rojavy [en tchèque]

Lors de cette conférence, ils ont décrit le fonctionnement des coopératives du Rojava et leur relation de collaboration avec les entreprises capitalistes privées.

(4) Les coopératives fonctionnent de manière capitaliste et, dans certains cas, ceux qui y travaillent ne veulent même pas changer leur position de salariés soumis aux ordres des autres. Cela a été décrit, par exemple, par l’un des anarchistes vivant au Rojava, qui affirme dans son texte : « une difficulté au Rojava, c’est que les groupes économiques tentent d’organiser des coopératives ouvrières qui répondent aux besoins de la vie des gens. Cependant, les gens disent souvent : dites-nous juste quoi faire et donnez-nous un salaire. Ils veulent juste travailler et qu’on leur donne un salaire. Ils ne veulent pas prendre leur vie en main… » https://amargipl.wordpress.com/2015/06/27/rojava-reality/ [en anglais] – également disponible en français sur https://www.autistici.org/tridnivalka/la-dure-realite-de-la-revolution-au-rojava/

Ceci est confirmé par une interview avec Tekoşîna Anarşîst (Lutte anarchiste) qui déclare: « Au Rojava, il existe des initiatives communautaires et des incitations à la propriété collective, mais la propriété privée reste la norme dans la société, sans trop d’efforts pour changer cette réalité. Au sein des mouvements révolutionnaires, la propriété est largement collective et la vie communautaire a une orientation socialiste claire, mais il est parfois difficile pour ces idées d’atteindre la majorité de la population. » [traduction française : Collectif des Combattantes et Combattants Francophones du Rojava – CCFR] https://www.facebook.com/2CFRojava/posts/324465975626603/

(5) Même les brigades anarchistes, comme les IRPGF (International Revolutionary People’s Guerrilla Forces – Forces de guérilla internationales révolutionnaires et populaires).

(6) La dure réalité de la Révolution au Rojava – d’après un témoin oculaire anarchiste – texte disponible sur https://www.autistici.org/tridnivalka/la-dure-realite-de-la-revolution-au-rojava/

(7) Extrait du texte disponible (en anglais) sur https://libcom.org/history/brothers-arms.

(8) Originellement publié sur https://ddt21.noblogs.org/?page_id=324 – également disponible sur https://www.autistici.org/tridnivalka/kurdistan-fr/

Lisez aussi :

Thèses sur la révolution et la contre-révolution dans la région espagnole pendant les années 1930

This entry was posted in Activity of the group - French, Bulletin, Bulletin FR, Dans le Monde Une Classe En Lutte, Français, Internationalisme, Maghreb - Machrek and tagged , . Bookmark the permalink.

Comments are closed.