Gilets Jaunes !? “On est là… On est là…”

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(2 décembre 2018)

La vie est trop chère pour être vécue !
(Exploités NRV 31)

Nous sommes des travailleurs, précaires, des autoentrepreneurs contraints, des chômeurs à sec, des étudiants en galère, des lycéens promis à la misère, des retraités dans la merde. Nous sommes concernés par le mouvement des gilets jaunes : on n’a plus de thunes.

Aujourd’hui, après quinze jours de blocage continu, le gouvernement fait tout pour qu’on rentre chez nous. En appelant les « gilets jaunes » à se structurer. A cet appel, les opportunistes se bousculent au portillon. Ce sont souvent des militants de partis, parfois d’extrême droite, qui se cachent derrière le mot « peuple ». Dans la liste des revendications qui a été envoyée au ministère, il n’y a rien qui pourra arranger notre situation. Et surtout pas une « assemblée citoyenne », ou la « baisse des charges patronales ». Quant à ceux qui veulent nous faire croire que nous avons plus d’intérêts communs avec nos patrons qu’avec les prolétaires migrants du monde entier, ils sont au service du pouvoir et de la bourgeoisie.

Revendications : porte de sortie ou impasse ?

Certains gilets jaunes se disent qu’il faut bien qu’on ait des revendications. C’est faux. Proposer des revendications c’est donner une porte de sortie au gouvernement. Il signera n’importe quel accord pour le trahir ensuite, une fois le mouvement retombé, comme en Guadeloupe en 2009. Le mouvement à La Réunion nous montre la voie. C’est le gouvernement qui vient essayer d’éteindre le feu. Et malgré les quelques mesurettes que la ministre leur propose, ils n’arrêtent pas. S’il y a autant de représentants opportunistes, de communiqués soi-disant officiels, c’est que nous manquons d’espace dans la vraie vie, pour discuter et agir. En cela nous ne nous donnons pas les possibilités de gagner. A ce rythme, on risque de s’épuiser.

Ce qui nous rassemble : nos conditions de vie, une vie trop chère pour être vécue.

Ce problème ne vient pas uniquement de l’État. Il touche à nos places dans cette société, au-delà des « taxes ». L’État et les patrons ont un intérêt commun : le « bon fonctionnement de l’économie ». Cela signifie l’aggravation de nos conditions de travail, de transport, de logement, d’études, de soins, de vie quoi, que l’on soit français ou non, de la ville ou de la campagne.

De toutes parts, nous sommes attaqués. Le premier réflexe des gilets jaunes a été d’initier des blocages économiques. C’est une pratique de lutte à poursuivre. Mais n’attendons pas que les gens rejoignent les gilets jaunes.

Propageons le mouvement partout où nous sommes au quotidien.

Dans les entreprises, dans les lycées, dans les facs, dans les pôles emploi, dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite, dans les CAF, à la sécu etc. Cette propagation passera par la grève, par les occupations, par les blocages, par les manifs.

Il ne manque que notre imagination pour déployer la contestation plus loin que sur les axes routiers. Mais pour pouvoir agir de la sorte, développons des outils d’organisation à même de construire un tel mouvement. A Saint-Nazaire, les gilets jaunes occupent un bâtiment vide, pour pouvoir discuter en assemblée des stratégies à adopter.

Constituons des assemblées.

Dans la région toulousaine, aucune assemblée de lutte pérenne n’est annoncée pour pouvoir discuter de notre stratégie. Ni sur les points de blocage, ni ailleurs. On ne peut pas continuer à aller sur les points de blocage à l’aveugle, pour s’y retrouver tout seul.

Il s’agit aussi d’être rejoignables : ce mouvement, massivement soutenu, a la nécessité de créer des espaces pour que toutes celles et ceux qui le souhaitent puisse le rejoindre et le renforcer.

Partout où nous nous retrouverons, tenons des assemblées de lutte.

La vie est trop chère pour être vécue !
La lutte est trop grande pour être récupérée !
Bloquons plus pour gagner tout

Des galériens en gilets jaunes
Exploités NRV 31

Source : http://www.classeenlutte.org/2018/12/02/mouvement-gilets-jaunes-la-vie-est-trop-chere-pour-etre-vecue/
classe@riseup.net

(4 février 2019)

Debout les damnés de la terre ! Debout les forçats de la faim !
Foule esclave debout ! Debout !
Contre les exploiteurs et les oppresseurs !
Imposons le bien-être social !
(Gilets Jaunes Poitiers)

Marre des inégalités sociales et de la pauvreté !

Marre du mois qui se finit le 15, des baisses d’apl, des hausses de loyers, des augmentations des produits alimentaires, des taxes sur tous les produits de première nécessité et de l’énergie, marre des coupures d’électricité, des expulsions, du flicage au pôle emploi et à la CAF ou dans nos quartiers par la milice de l’Etat ! Marre de faire la queue pour bouffer ! Marre de payer et de se saigner pour ne même pas avoir de quoi survivre pour certains d’entre nous ! Marre de l’avenir réservé à nos enfants ! Marre de voir des quartiers, des villes, des départements et régions sinistrées par les fermetures de services publics ou d’entreprises… Marre de ne pas avoir notre mot à dire et de ne pouvoir décider de rien sur tout ce qui nous concerne !

Nous refusons notre sort ! L’Etat matraque, gaze et mutile !
Tandis que des voix s’élèvent et nous menacent de la mitraille !

Gilets Jaunes, allocataires vivant de l’allocation chômage ou du Rsa, grévistes, salariés, syndiqués, militants syndicaux, gens du voyage, Roms, sans-papiers, immigrés, jeunes des quartiers, retraités, personnes avec handicap, quels que soient notre sexe, notre sexualité, nos croyances, nos origines nationales…, c’est nous tous et toutes, le peuple travailleur, que l’Etat des milliardaires réprime. Tous les incarcérés victimes de la répression d’Etat doivent être libérés, les blessés obtenir réparation, et les policiers violents ne doivent pas connaître l’impunité. Derrière la répression d’Etat, ce sont les milliardaires qui sont coupables de crimes sociaux contre le peuple travailleur.

Unissons-nous et imposons nos besoins vitaux pour vivre décemment !

Leur richesse, c’est notre misère. 40 milliardaires français possèdent 320 milliards d’euros alors que nous sommes de plus en plus nombreux à vivre dans la misère avec ou sans travail ou sur le point d’y basculer. Mettons fin à cette société d’inégalités qui n’enrichit que le 1%. Et ce ne sont pas leurs élections […] et leur grand débat qui pourront imposer le bien-être social mais en nous unissant le plus largement et en nous mobilisant pour nos propres intérêts qui sont incompatibles avec ceux des milliardaires.

Nous n’avons rien ! Nous voulons tout !
Décrétons que la seule loi qui vaille, c’est le bien-être social de tous et toutes !

Pour imposer le bien-être social, organisons-nous partout en Assemblée ou en Comité de Gilets Jaunes et coordonnons-nous ! Débattons entre nous ! Ne laissons personne décider ce qui est bon pour nous ! Décidons par nous-mêmes de nos revendications, de nos méthodes de luttes, de nos modes d’organisation et de la société que nous souhaitons construire ! Nous sommes les gueux, les sans dents de cette société. Nous ne sommes rien à leurs yeux ! Soyons tout ! Finissons-en avec l’Etat des profiteurs et la mainmise sur toutes les richesses par moins d’un pour cent de milliardaires !

Nous ne décidons de rien ! Nous voulons décider de tout !
Voilà le chemin […] pour le peuple travailleur !

Des Gilets Jaunes de l’Assemblée Constituante de Poitiers

Pour lire les GJ sur Facebook : Gilets Jaunes Poitiers, Vienne 86 en Gilets Jaunes, Colère 86… (entre autres)

Source : https://www.facebook.com/gilets.jaunes.poitiers/photos/a.1302417909900771/1357012521107976/
giletsjaunespoitiers@tutanota.com

(6 février 2019)

Convergeons et construisons un mouvement de grève insurrectionnelle
Formons partout nos Assemblées ou Comités de lutte pour la diriger nous-mêmes
(Gilets Jaunes Poitiers)

Nous, Gilets jaunes, mobilisés sur les ronds-points, dans les manifestations, organisés en assemblées […] souveraines, menons depuis plus de deux mois une lutte contre l’Etat des milliardaires, les inégalités et la misère qui touche toujours plus d’entre nous alors que le 1% le plus riche se goinfre sur le dos du peuple travailleur.

Le gouvernement a reculé et les milliardaires nous ont craints !
Mais ce n’est pas suffisant

Si ces dernières années, les luttes organisées, encadrées et menées par les bureaucraties syndicales n’ont pas fait reculer le gouvernement, notre mouvement a montré l’efficacité de la lutte quand on se dirige soi-même. Le gouvernement recule sur la taxation des carburants ou du gaz, sur le contrôle technique automobile, la vignette poids-lourds… Il augmente la prime d’activité et les grandes entreprises donnent des primes aux cheminots ou aux employés des EPHAD prétendant que ce n’est pas par peur qu’ils nous rejoignent !!! Rien que le fait de tenir à le dire… en dit long dans le sens inverse !!! Le gouvernement retarde aussi les prochaines attaques comme les ordonnances sur la loi alimentation, la réforme des impôts, etc… Et surtout, il retarde l’attaque sur les retraites !!! Pour autant, l’Etat recule le moins possible espérant l’essoufflement de notre lutte. Salariés, il faut battre le fer quand il est chaud.

Salariés et Gilets Jaunes, c’est la même lutte !

Nous menons le même combat, celui de tous ceux qui ne vivent que de leur travail, qui n’exploitent personne et qui ont du mal à exister avec un salaire bas, avec un emploi précaire, avec une petite pension, avec l’allocation chômage quand ce n’est pas avec le Rsa. Afin de mener la lutte ensemble, un peu partout en France, des liens entre gilets jaunes et salariés des entreprises se forgent pour soutenir des grèves, diffuser des tracts aux entreprises, manifester ensemble. Parfois, des militants syndicalistes locaux favorisent la convergence mais les directions syndicales poussent les salariés à se méfier, à rester à l’écart, et diffusent les calomnies du pouvoir, accusant les gilets jaunes d’être violents, racistes, fascistes, homophobes, anti-syndicalistes… Cependant, même les centrales syndicales ont été contraintes à manifester plusieurs fois avec les gilets jaunes, ce qui montre que leurs réticences étaient des prétextes.

Convergeons sur les bases de l’auto-organisation
et de l’action directe du mouvement des Gilets Jaunes

Pour une vraie convergence, les directions syndicales devraient tirer les leçons de leurs échecs cuisant et du succès des Gilets jaunes. Tel n’est pas le cas ! L’action directe n’est plus leur conception. La lutte inter-catégorielle a depuis longtemps été abandonnée par ces appareils qui éparpillent les grèves et refusent qu’elles soient dirigées par les grévistes eux-mêmes. Pas plus qu’ils ne veulent mener la lutte contre l’Etat des milliardaires. Aussi, si de nombreux militants syndicalistes luttent au sein des Gilets Jaunes, nous refusons toute récupération et toute mise sous tutelle, notamment des syndicats qui nous rejoignent avec retard et voudraient ré-encadrer la lutte, la calmer, la limiter, la ramener à quelque chose de plus classique. Notre intérêt n’est pas de suivre les appareils syndicaux, ni dans leurs appels au calme, ni dans leur mode d’organisation des luttes, service par service, hôpital par hôpital, l’hôpital séparé de l’enseignement et de la SNCF ou de l’Energie, des Aéroports, de La Poste. Notre intérêt, c’est de construire dans les entreprises comme partout, des comités et des assemblées de Gilets jaunes. La convergence des luttes entre les gilets jaunes et les salariés des entreprises ne doit pas être placée sous la direction des syndicats mais des travailleurs eux-mêmes.

Les directions syndicales veulent la consultation des citoyens
Nous voulons que le peuple travailleur décide tout ce qui le concerne

Nous refusons de mettre de côté les objectifs politiques des gilets jaunes, notamment ceux qui remettent en question l’Etat des milliardaires, nos modes de luttes insurrectionnelles qui récusent entre autres l’encadrement policier, les objectifs révolutionnaires qui refusent que les milliardaires s’enrichissent sans cesse pendant que le peuple travailleur n’a que le droit de se serrer la ceinture. Les appareils syndicaux, intégrés à l’appareil d’Etat qui les finance et détermine leur fonctionnement, ne peuvent mener une lutte s’en prenant directement au pouvoir d’Etat des milliardaires qu’ils reconnaissent. Ils ne remettent pas en cause la direction des milliardaires sur toute la société. Tout au plus veulent-ils que nous soyons consultés comme dans les entreprises avec le résultat que nous connaissons. Nous ne voulons pas être consultés ! Nous voulons décider de tout ce qui nous concerne. Nous ne voulons plus être dirigés ou gouvernés mais nous diriger et nous gouverner nous-mêmes.

Soyons tous Gilets Jaunes et faisons table rase de la société des milliardaires !

Des Gilets Jaunes de l’Assemblée Constituante de Poitiers

Source : https://www.facebook.com/gilets.jaunes.poitiers/photos/a.1302417909900771/1358626977613197/
giletsjaunespoitiers@tutanota.com

(17 mars 2019)

Paris est à nous
(ACTA)

Jamais les Champs-Élysées n’avaient aussi bien porté leur surnom de « plus belle avenue du monde ». Le temps d’une journée, l’artère symbole du luxe et de la marchandise est devenue l’incarnation d’une puissance commune retrouvée.

Certes, le dispositif a réussi à contenir l’essentiel du désordre au niveau des Champs et de ses alentours immédiats – malgré quelques tentatives, plus ou moins réussies, d’excursions sauvages. L’Acte XVIII a gagné en intensité ce qu’il a perdu en extension géographique. Mais il suffisait de voir les Gilets Jaunes scander « révolution ! » tout au long de l’après-midi. Il suffisait de voir la foule détacher puis soulever l’immense plaque en métal qui protégeait la boutique Bulgari, et la porter à bouts de bras pour charger la police en chantant « On a gagné ! On a gagné ! ». Il suffisait de voir les banderoles s’approcher à quelques mètres de l’Arc de Triomphe, les DAR reculer et prendre la fuite derrière l’immeuble Louis Vuitton face aux assauts des manifestants. Bref, il suffisait d’y être pour comprendre que malgré le déséquilibre évident du rapport de force circulait une détermination folle, un sentiment de confiance diffuse : les gens n’avaient plus peur. En vérité, ce qui importe dans une émeute n’est pas la quantité objective des dégâts matériels, le nombre de vitrines brisées, de cailloux jetés ou de voitures calcinées. Non, ce qui compte est qualitatif : c’est l’énergie collective déployée, et ce que ce déploiement induit quant à la transformation des consciences. Non pas les pertes statistiques infligées à l’ennemi mais les forces politiques et idéologiques libérées au sein du peuple.

Car si médias et gouvernement insistent à tel point et de façon si obsessionnelle sur les « 1500 ultra-violents » qui auraient organisé la violence, c’est pour dissimuler le fait moins avouable qu’en réalité, samedi 16 mars, tout le monde, tous ceux qui étaient présents sur les Champs et autour ont participé d’une manière ou d’une autre à l’émeute.

Contrairement à ce que l’on pouvait observer lors des premiers actes du mouvement, nul n’a songé hier à s’interposer devant le pillage des magasins, la destruction des boutiques de luxe ou les affrontements avec la police. Au contraire, chaque éclat, chaque coup de marteau s’accompagnait d’acclamations enthousiastes. Pour les milliers de personnes présentes, tout cela semblait parfaitement logique – pour ainsi dire normal. Comme le résume le journal Le Monde, frappé d’une lucidité soudaine : « Les premières semaines du mouvement, il y avait toujours des manifestants pour protester contre les pilleurs. Cette fois, rien. »

Et c’est ce qui fait si horreur au gouvernement : l’impossibilité évidente d’introduire une quelconque division à l’intérieur des subjectivités en prise avec l’événement. Horreur de voir de paisibles pères et mères de famille se prendre en photo tout sourire au milieu de l’avenue assis sur les canapés en velours du Fouquet’s qui crame quelques mètres plus loin – au lieu de se dissocier des « casseurs », comme Castaner les y encourage à longueur de discours. Mais tous ces discours sont vains, inaudibles : l’arrogance du pouvoir et la brutalité de sa police ont atteint de tels degrés qu’il n’y a plus de place pour la dissociation.

C’est une preuve de plus de ce que tout soulèvement populaire ébranle ceux qui y participent, fait évoluer leurs convictions et leurs certitudes au contact de la pratique. Aujourd’hui, le pacifisme de principe et la naïveté à l’égard des appareils répressifs de l’État ont (presque) totalement disparu des cortèges de Gilets Jaunes. Avis à ceux qui, il y a quelques semaines encore, prétendaient pouvoir les ranger dans telle ou telle case, leur assigner telle ou telle identité idéologique intrinsèque.

Mais qui est le premier responsable de cette « radicalisation » progressive des Gilets Jaunes, qui a fait en sorte de les convaincre que seul l’antagonisme paye, sinon le gouvernement lui-même ? En cédant début décembre, en lâchant après trois semaines d’insurrection ce que le mouvement social traditionnel n’avait pas été capable d’obtenir en plusieurs décennies, Macron a confirmé (si besoin était) la leçon suivante : l’État n’entend les besoins populaires que lorsqu’il y est contraint, que lorsqu’à la lettre, il ne peut plus faire autrement. Les Gilets Jaunes l’ont parfaitement compris. « On a pris conscience qu’il n’y a que quand ça casse qu’on est entendu » (Johnny, 37 ans, directeur d’un centre de loisirs) ; « C’est génial que ça casse, parce que la bourgeoisie est tellement à l’abri dans sa bulle, qu’il faut qu’elle ait peur physiquement, pour sa sécurité, pour qu’ils lâchent » (Anne, factrice toulousaine, 33 ans).

Que le mouvement puisse de nouveau présenter un tel niveau de conflictualité après 18 semaines d’existence est déjà, en soi, un fait remarquable. Mais l’ultimatum du 16 mars ne visait pas à se contenter d’un dernier chant du cygne, aussi flamboyant soit-il, avant liquidation. Rien ne saurait être plus dangereux que de se satisfaire de la journée de samedi. Elle n’a de sens qu’à faire office de tremplin, de bifurcation : il s’agit de se servir de cette date pour enclencher une nouvelle phase, construire un printemps de lutte. Les fortes mobilisations parallèles pour le climat et contre les violences policières confirment que l’enjeu d’une coagulation est brûlant. Car l’émeute, même répétée, n’est pas à elle seule un moyen d’action suffisant. Elle a besoin de s’articuler à une relance des blocages économiques et à la poursuite d’un travail de clarification politique et stratégique. Éric Drouet l’a reconnu dès samedi soir : les marches encadrées n’ont servi à rien. Seuls le débordement continu des cadres imposés et le sabotage disséminé de l’économie elle-même sont susceptibles de mener le mouvement à la victoire. D’ailleurs nous n’avons pas le choix : les premiers éléments de la riposte répressive laissent entrevoir ce que signifiera, pour tous, l’écrasement du mouvement en cours.

Source : https://acta.zone/paris-est-a-nous/

(18 mars 2019)

« Révolution, révolution, révolution ! » : les Gilets Jaunes s’invitent sur les Champs-Elysées
(Rouen dans la rue)

« S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent me chercher. »

Ainsi s’exprimait Macron le 24 juillet 2018 devant un parterre de parlementaires en pleine affaire Benalla, devenue depuis un scandale d’État. Plein de mépris et de suffisance comme à son habitude, le président se la racontait un peu, niveau cour de récré. Le 2 décembre 2018 les supporters de l’OM répondaient à la provocation de Macron en lançant ce qui allait devenir LE chant du mouvement. « Emmanuel Macron oh tête de cong (sic) on vient te chercher chez toi ! »

Cette fois-ci ça n’était pas une fanfaronnade. Depuis le 17 novembre les gilets jaunes ont essayé et réessayé d’aller chercher Macron chez lui. À l’Élysée. Le 8 décembre, un hélicoptère était prêt à exfiltrer Macron de l’Élysée transformé en bunker pour l’occasion. La seule raison pour laquelle les gilets jaunes ont échoué tient à l’immense dispositif de sécurité dont bénéficie Macron. La police constitue le dernier rempart de ce régime et de son gouvernement. Il se dit même que l’ensemble des forces de police déployées pour protéger l’Élysée samedi dernier a fait défaut pour pouvoir sécuriser les Champs-Élysées. Mauvais joueur Macron se la pète à la récré puis file aussitôt se cacher derrière les surveillants.

On pourrait aisément se moquer de ces gilets jaunes qui chantent en permanence qu’ils vont chercher Macron chez lui mais qui échouent toujours à le faire. Mais ce n’est pas tant au corps de Macron que les gilets jaunes veulent s’attaquer qu’au monde qu’il représente et dont il est la plus parfaite incarnation. Le monde des élites et de son mépris pour « les gens qui ne sont rien », le monde des oligarques qu’on n’hésitait pas à appeler les bourgeois il n’y a pas si longtemps. Le monde des gestionnaires du capital et de la finance qui viennent faire la leçon en permanence à ceux qui galèrent quand ils se vautrent dans le luxe le plus honteux. Le monde de ceux qui fêtent leur victoire présidentielle au Fouquet’s ou qui part au Ski le week-end quand Paris brûle. Le monde de ceux qui feront tout pour que ce système perdure.

C’est ce monde-là que les gilets jaunes sont venus chercher et ont su trouver samedi dernier sur les Champs-Élysées. Destruction et pillage systématique des enseignes de luxe, distribution gratuite et sauvage de chocolat, de bijoux, de vêtements et autres denrées au prix généralement inabordable, saccage consciencieux de ce que certains appellent la plus belle avenue du monde, assauts successifs sur les forces de l’ordre chargées de protéger ce monde, et enfin sacrifice du Fouquet’s qui symbolise à lui seul le mépris présidentiel et le monde dans lequel évoluent les puissants. On y brunch pour 95 €. Entre-soi. Et loin des gueux.

L’avenue des Champs-Élysées n’est pas notre avenue. Que nous soyons capables de faire la fête sur les ruines de leur vieux monde constitue évidemment pour les bourgeois une raison d’effroi considérable. Car c’était bien un sentiment de fête qui animait les gilets jaunes sur les Champs-Élysées malgré la peur, le sérieux et la détermination collective. Le gouvernement pourra communiquer tant qu’il veut pour nous taxer de complices du pire, ou de criminels. La désinvolture avec laquelle certains d’entre nous s’étaient installés sur une nouvelle terrasse improvisée à partir du mobilier du Fouquet’s en plein milieu des Champs-Élysées fumants montre assez que nous ne nous vivons pas comme des criminels et que nous pensons être dans notre bon droit.

Si Macron n’avait pas pris l’hélicoptère le 8 décembre, il a bien été forcé de le prendre ce 16 mars. C’est là-bas, en pleine opération de communication sur des pistes de ski, que nous sommes allés le chercher cette fois pour le faire rentrer de toute urgence. En lui interdisant de faire comme si rien ne se passait.

« Veni, vedi, vici » disait un empereur peu sympathique.

Samedi dernier nous sommes venus, nous avons vu, nous avons vaincu. Quoi précisément ? Impossible de le dire. Mais pour la première fois depuis le début du mouvement la foule scandait unanimement « révolution, révolution, révolution ».

Source : https://rouendanslarue.net/revolution-les-gilets-jaunes-sinvitent-sur-les-champs-elysees/
rouendanslarue@riseup.net

(26 mars 2019)

16 mars : la guerre des pauvres
(des gilets jaunes parisiens)

Nous avons reçu ce texte, écrit par “quelques gilets jaunes parisiens”, et le publions afin de compléter ceux déjà disponibles à propos de l’émeute du 16 mars dernier. En effet celui-ci s’intéresse à une pratique trop souvent ignorée (ou caricaturée) : celle du pillage. [note d’ACTA]

L’Acte 18 a été marqué par la destruction massive des enseignes de luxe sur les Champs-Élysées, ainsi que la réappropriation généralisée et systématique de tout ce qui s’y trouvait. Face à l’offensive médiatique actuelle qui décrit ces vols comme les actes de pilleurs et pilleuses apolitiques, nous souhaitons restituer notre version de la journée de samedi, en guise d’éloge politique du pillage populaire.

En rentrant samedi soir, on va sur BMFTV, petit plaisir coupable de voir transpirer les éditorialistes : on n’est ni déçus ni surpris, le même discours convenu s’épuise à imposer sa lecture criminalisante, s’acharne à construire la panique autour des fameux casseurs. Dans le langage médiatique, les gilets jaunes sont autant de foules sauvages, de voyous, de vandales, qui saccagent, pillent et brûlent dans un déferlement de violence qui ferait pâlir les organisations terroristes les plus ambitieuses. Les médias redoublent de superlatifs, aucun mot n’est assez fort pour caractériser la situation : pour France TV Info “La plus belle avenue du monde [est] dévastée”, pour Le Monde c’est un “déferlement de rage”. Alors, devant les images de catastrophe du Fouquet’s en flammes, devant BFM, on se dit que les gilets jaunes ont quand même la classe.

Les médias, chiens de garde du pouvoir et de la propriété privée

Le lexique de la sauvagerie préside : des “assassins” aux “saccages” en passant par les “complices”, les Champs-Elysées se transforment en territoire de guerre chaotique, envahie par des raids vikings et des hordes de barbares en masque à gaz. Ce qui se joue ici, c’est la dépolitisation de l’émeute d’une part, la déshumanisation des manifestants d’autre part. Il s’agit pour les médias de présenter le pillage et la destruction comme des actes incompréhensibles, réalisés sous l’emprise d’une foule haineuse, comme si les gens étaient devenus fous.

Si les médias sont bien obligés de reconnaître un caractère politique à la casse de banques, dans le cas des grands magasins des Champs il est plus facile pour eux de dresser un nouveau portrait du manifestant : celui du pilleur qui voudrait seulement s’en mettre plein les poches. Ainsi, l’Obs fait bien la différence entre “l’ultragauche”, représentée par “ceux qui ne veulent que soulager une brutalité à laquelle n’importe quel prétexte idéologique ou revendication catégorielle pourrait servir de drapeau circonstanciel” d’un côté, et “quelques casseurs (…), c’est-à-dire des opportunistes qui en profitent pour faire leur marché” de l’autre. Toujours le même imaginaire envahit les lignes éditoriales, y compris dans la distinction entre “l’ultragauche” et “les casseurs”. Un imaginaire absolument colonial et raciste, qui vient construire les révoltés comme des “envahisseurs”, des étrangers (donc pas des “vrais Gilets Jaunes”), des “sauvages” – au sens de “à civiliser”. Les révoltés font partie des “classes dangereuses”. Aux États-Unis mais aussi dans beaucoup de pays du Sud ou sinistrés, les termes de looting (pillage) ainsi que les vocabulaires de “l’émeute” sont convoqués à volonté par les médias et la police, pour dépolitiser toute forme de révolte, d’auto-organisation et d’auto-défense des quartiers populaires et des populations non-blanches qui se révoltent. Dans ce jeu-là, les médias se font les relais de la propagande policière, celle bien analysée par Mathieu Rigouste dans sa généalogie esclavagiste et coloniale (dans La domination policière). Toutes les techniques de maintien de l’ordre se sont fondées “à partir de répertoires coloniaux” et esclavagistes :

« L’une des ancêtres de la police moderne, la maréchaussée, a été fondée sur la plantation esclavagiste pour chasser les marrons. Auto-organisés en réseaux, les anciens esclaves en fuite pratiquaient le sabotage et la destruction des biens des maîtres. Ils étaient représentés comme des bêtes sauvages pour justifier qu’on leur donne la chasse. Car en plus de combattre l’ordre plantocratique, au bout de leurs fuites, les marrons n’ont jamais cessé de rejoindre ou de créer, de faire vivre et de défendre des communes libres et autonomes. »

Au lieu de la noble révolte, celle dont parle la République à travers les tableaux de Delacroix et la prise de la Bastille, « la mise en scène de “l’émeute” » sert à « dépeindre les insoumissions des dominés comme une forme de sauvagerie » et « fournit une arme politique pour soumettre les damnés intérieurs ». Et la construction de la sauvagerie justifie ainsi la “chasse”, les violences policières, et donc la domination par la violence.

Ceux et celles qui ont décidé de condamner moralement ce qui s’est passé samedi ont choisi le camp de l’ordre établi dans cette guerre sociale. Les médias bourgeois jouent leur rôle de chiens de garde, mais d’autres se dévoilent, comme le journal L’Humanité, qui réduit ces actes – de révoltes de classe – à des “exactions”. S’ils sont choqués par les pillages, nous sommes, nous gilets jaunes, choqués que ces pillages n’arrivent pas plus souvent, vu l’obscénité des objets et des prix affichés dans les vitrines.

Alors c’est qui les pilleurs ?

Tout ce discours contribue à retourner la responsabilité, et à effacer le fait que le pillage est d’abord massif, structurel : capitaliste, colonial et néocolonial. Car qui pille ? Qui a spolié les terres et qui collabore encore avec plaisir avec des pays esclavagistes comme la Libye ? Qui continue la colonisation en intervenant au Tchad ? Hugo Boss a fait fortune grâce aux nazis, et eux-mêmes ont tiré leur entreprise génocidaire des pratiques coloniales. Les premières malles Vuitton n’ont-elles pas servi les colons et accompagné les “voyages” des “explorateurs” et leurs génocides coloniaux ? Louis Vuitton ne tenait-il pas son stand à l’Exposition Coloniale ? Aujourd’hui, LVMH, qui possède Louis Vuitton et Bulgari, a fait exporter à Madagascar une partie de la production pour certaines de ses filiales. Non-content d’exploiter des ouvriers en France, le groupe profite de la persistance des rapports coloniaux pour exploiter les ouvriers non-blancs dans les anciennes colonies françaises. Le Groupe Barrière, à qui appartient le Fouquet’s, n’a-t-il pas installé des hôtels de luxe à Marrakech, ainsi qu’un confortable casino à Abidjan pour donner du repos à tous les néo-colons venus faire leur argent sur les dos et avec le sang des ivoiriens ? Les Champs-Elysées sont le théâtre chaque année d’un 14 juillet qui célèbre sa grande armée coloniale, celle qui viole des enfants en Centrafrique. Doit-on continuer la liste ?

Mois de mars : augmentation spontanée du SMIC

Pourtant, à rebours de ce que répètent les médias et les syndicats de police, nous y avons senti des actes logiques, préparés ou non, mais stratégiques et politiques. Ce 16 mars, nous avons observé une immense opération de redistribution et de partage, un grand marché gratuit, la réappropriation populaire et joyeuse de ce qui est produit avec la sueur des pauvres.

Cette opération répondait d’abord à des nécessités matérielles et représente avant tout une contestation active du système de production capitaliste et de l’inégalité entre les classes sociales : les beaucoup sont pauvres et exploités, les peu sont riches et exploitent, donc les beaucoup prennent aux riches et redistribuent entre les pauvres. Les Gilets Jaunes, c’est la révolte de ceux et celles qui sont contraints de travailler pour survivre et qui, même avec ça, n’ont pas assez d’argent pour finir le mois. Piller les magasins des Champs-Elysées, c’est un moyen de subvenir à ce manque d’argent sans se faire exploiter. L’ISF a effectivement été prélevé à la source, avec une bonne partie de marchandises volées. On espère que les sacs, habits, bijoux récoltés permettront à beaucoup de compléter leurs salaires, et [que] cette auto-augmentation du SMIC signifiera une fin de mois de mars plus sereine.

Cette grande fête de la gratuité était aussi une riposte face à la violence de ces lieux, grandes vitrines des boutiques de “luxe” et de “prestige”. Toutes ces marchandises qui sont faites pour les riches et uniquement pour eux : autre moyen d’asseoir sa domination de classe par l’indécence. Car il est indécent de payer une nuit au Fouquet’s 15 000 € quand des gens crèvent dans la rue. Cette violence directe se double d’une violence symbolique : les pauvres n’ont pas le droit de cité dans ces endroits, ne peuvent pas rentrer chez Hugo Boss ou au Fouquet’s sans qu’on leur fasse sentir que ce n’est pas leur place, ou qu’on les raccompagne directement à la sortie s’ils ont l’air trop pauvres, ou s’ils sont noirs ou arabes.

Or c’est bien là le problème avec ce qui s’est passé samedi, c’est ça qui fait horreur aux riches : si tout le monde a accès au luxe, ça n’est plus du luxe. Symboliquement, les pillages de samedi, c’est encore une manière de retourner la domination de classe. Ça permet de leur faire comprendre que ce avec quoi ils essayent de faire saliver, l’opulence qu’ils veulent vendre, quand les Gilets jaunes en ont envie, ils l’arrachent d’un coup, sans demander, et en les faisant trembler. Les Gilets jaunes ne pillent pas pour se conformer à leur idéal de luxe, mais pour détruire leur modèle, parce que leur idéal les écrase. Ils brûlent le Fouquet’s pour que plus personne n’y soit jamais humilié. Ces lieux qui leur sont habituellement interdits, samedi les gilets jaunes en étaient les rois et les reines.

Ces grandes marques voudraient faire rentrer les Gilets jaunes dans leur modèle de jouissance, mais leur bonheur vient d’ailleurs, comme l’a compris l’Obs : “les casseurs sont passés à l’acte. Telle est leur jouissance.” Les pillages se sont faits dans l’allégresse, collectivement. Hugo Boss a été saccagé, et les vêtements lancés à tout le monde, en surgissant des vitrines brisées du magasin comme des feux d’artifice. Devant le Bulgari, c’est toute la foule qui s’est attelée à décrocher l’immense plaque de métal, et qui l’a portée pour la lancer sur les flics. Des jeunes étaient surexcités d’avoir trouvés des maillots du PSG, dans la nasse des groupes jouaient au ballon (également volé), un père se réjouissait des cadeaux qu’il allait pouvoir ramener à son fils, chacun échangeait ses trouvailles en fonction des tailles et des goûts. La jouissance gilet-jaunée ne vient pas du profit individuel. Tout le butin était joyeusement partagé entre tous et toutes. La jouissance gilet-jaunée vient de la prise de conscience d’une force collective… aux cris de “Révolution !”.

Les pilleurs furent pillés. Ils ont eu peur, et la police a été maintenue à distance. Les grands organisateurs des plus grands saccages historiques systématisés ont goûté un peu au retour de bâton. S’ils s’en sont offusqués, tant mieux. Le temps d’un après-midi, le monde fut remis à l’endroit.

des gilets jaunes parisiens

Source : https://acta.zone/le-16-mars-la-guerre-des-pauvres/

(2 avril 2019)

Gilets Jaunes Communiqué de Victoire N°1
(Les Gilets Jaunes du rond-point du Campanile)

Chaque semaine notre rédaction reçoit de très nombreux tracts ou appels que nous ne sommes pas en mesure de publier en tant que tels c’est-à-dire en dehors de toute contextualisation et travail éditorial de notre part. Nous faisons ici une exception avec ce communiqué du rond-point du Campanile de Villeneuve-sur-Lot. [note de lundimatin]

Victoire : la colère que chacun pensait ressentir solitairement a rencontré celle du plus grand nombre !
Victoire : les Gilets Jaunes ont brisé dans la population le sentiment d’accablement et de fatalité qui donnaient aux puissants la certitude d’avoir définitivement gagné !
Victoire : les ronds-points, zones sans vies et très coûteuses pour les communes, sont devenus des lieux humains de rencontres et de partages !
Victoire : ce qui était destiné à gérer la circulation pour en accélérer encore la fluidité- productivité se sont transformés en espaces où le temps se dépense sans compter à bavarder directement sur la vie et le monde !
Victoire : le terrorisme d’Etat mené à coups de mutilations, de LBD 40, de menaces militaires et pratiquant une brutalité sans pareil n’a pas réussi à stopper la poursuite, semaines après semaines, les manifestations et rassemblements. !
Victoire : malgré l’hiver, le froid et la pluie, les Gilets Jaunes ont continué à tenir partout les ronds-points !
Victoire : l’Etat doit sortir les blindés et mettre à bas le masque des mensonges sur la démocratie !
Victoire : les services de police et de surveillance sont pris à contre-pied et se trouvent confrontés en permanence à des situations dont la logique leur échappe !
Victoire : le mouvement des Gilets Jaunes a permis de mettre fin au faux consensus dans la société, et de voir, enfin, qui sont ceux qui souhaitent un mieux-être commun et qui sont ceux qui ne pensent qu’à leurs seuls intérêts !
Victoire : malgré tous les coups, mensonges, calomnies, insultes, mépris que n’ont eu de cesse de déverser médias et politiques, les Gilets jaunes ne sont pas mêlés de polémiques et de faux débats !
Victoire : partis d’une opposition aux taxes, les Gilets Jaunes sont entrés sur le terrain d’une remise en cause radicale de la société !
Victoire : les étiquettes, automatismes et fétiches politiques ont été mis au rancard au profit de pratiques concrètes !
Victoire : après quatre mois d’existence le mouvement n’a pas l’intention de se trouver un leader, au grand dam des autorités qui n’ont personne à se mettre spectaculairement sous la dent !
Victoire : face à la terreur d’Etat, les capacités créatives et collectives des Gilets Jaunes inventent sans cesse de nouvelles stratégies !
Victoire : les partis politiques sont, parmi les Gilets Jaunes, regardés avec hostilité !
Victoire : après des décennies d’humiliation, d’isolement et d’écrasement, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes relèvent la tête !
Victoire : le mouvement des Gilets Jaunes inspire des millions de personnes sur toute la planète !
Victoire : au soir du 1er décembre le Medef a demandé à ses adhérents de « lâcher du lest vis-à-vis des salariés » « au risque de tout perdre »… !
Victoire : confronté à la quantité et à la qualité des discussions, recherches, inventions et échanges, le « Grand Débat National » est apparu pour ce qu’il est : une grotesque comédie dont les seuls bénéfices sont destinés aux dirigeants !
Victoire : il est de plus en plus fréquent d’entendre des Gilets Jaunes refuser de se plier à cette fausse division entre casseurs et pacifistes (!) !
Victoire : les Gilets Jaunes sont et restent le cauchemar des décideurs, des autorités et des prédateurs en tous genres !
Victoire : le mouvement se construit lui-même et au fur et à mesure, dans une grande confiance à l’égard de sa popularité et la plus grande défiance vis-à-vis des méthodes obsolètes d’organisation !
Victoire : les Gilets Jaunes remettent au centre des discussions et réflexions la question de la société dans son ensemble et pas seulement des préoccupations liées au travail ou à des secteurs particuliers !
Victoire : la plupart des politiciens polémiquent ridiculement entre eux pour savoir qui est « le plus Gilet Jaune » ou qui « [les] avait annoncés avant tout le monde », pendant que les Gilets Jaunes les regardent avec indifférence, mépris ou moquerie, selon les jours !
Victoire : le gouvernement a été ridiculisé par l’ONU qui l’accuse de « usage abusif de la force et de restriction grave aux droits de manifester » !
Victoire : les réseaux sociaux apparaissent finalement inadéquats à cette soif de rencontres, d’échanges et de coordinations directs entre les gens !
Victoire : l’égalité, la bienveillance et la tolérance sont les principes intangibles auxquels, dans les faits, se tiennent les Gilets Jaunes !

ET C’EST LOIN D’ÊTRE FINI !

Les Gilets Jaunes du rond-point du Campanile, dit le rond-point d’Olivier en hommage à notre ami tué le 20 décembre 2018
Villeneuve-sur-Lot le 28 mars 2019

(paru dans lundimatin#185, le 2 avril 2019)

Source : https://lundi.am/Gilets-jaunes-Communique%CC%81-de-victoire-no1

(2 avril 2019)

Qu’est-ce que le mouvement des Gilets Jaunes ?
(GARAP – Groupe d’Action pour la Recomposition de l’Autonomie Prolétarienne)

Apparu via des réseaux sociaux et à l’insu des habituelles structures de pacification sociale (syndicats et partis politiques de gauche et d’extrême-gauche), le mouvement des Gilets Jaunes (GJ) visait initialement à s’opposer à une hausse annoncée par le gouvernement de la taxe sur les carburants. Ce mouvement a pris des formes diverses : blocages de ronds-points ou de plateformes logistiques, opérations « péage gratuit », manifestations souvent accompagnées d’affrontements avec les forces de l’ordre, attaques contre des locaux politiques de tous bords et des symboles du capitalisme (commerces de luxe, agences immobilières, banques…). Ayant jeté dans la lutte des fractions de la classe ouvrière dont le quotidien est rythmé par les nécessités de la survie, le mouvement des GJ dément, par sa longueur même, les pronostics des prétendus « experts » annonçant, semaine après semaine, son « essoufflement »… depuis maintenant quatre mois !

S’il ne parvient toujours pas à s’extraire totalement de l’impasse nationaliste (la croyance en un « peuple français » ayant des intérêts communs, au-delà de l’opposition entre exploiteurs et exploités) et qu’il continue à s’illusionner quant à son caractère non-partisan (toutes les « personnes de bonne volonté » seraient les bienvenues chez les GJ… y compris des fachos !), il a néanmoins su dépasser sa revendication initiale et a obtenu du gouvernement Macron-Philippe des concessions sur plusieurs points : annulation de la hausse de la CSG pour une partie des retraités, gel des taxes sur les carburants et des tarifs de l’électricité et du gaz, plafonnement des frais bancaires liés au découvert, etc…

Le gouvernement a été contraint de lâcher du lest à certains agents publics (des finances publiques, des douanes, des EHPAD et même de la police nationale) par crainte de les voir se solidariser des GJ, et estime qu’il est désormais de son devoir de ne plus rien céder et de briser le mouvement par la terreur étatique afin d’en faire un (contre-) exemple. Une grève générale illimitée venant frapper la bourgeoisie au cœur du rapport social capitaliste, dans les entreprises et la fonction publique, serait un pas décisif vers l’extension et la radicalisation du mouvement des Gilets Jaunes.

À côté de cela, les syndicats refusent (évidemment !) d’appeler à ce type de grève dans les secteurs d’activité où leur influence reste importante (fonction publique, grandes entreprises privées), et ont rédigé – à la demande du gouvernement – un communiqué condamnant la violence… des Gilets Jaunes !

Les partis politiques ne sont pas en reste. Ceux de gauche et d’extrême-gauche tentent d’éteindre l’incendie en proposant aux Gilets Jaunes des solutions éculées (élections, présentées comme un prélude à d’hypothétiques réformes « sociales » en cas de victoire). Les partis ouvertement réactionnaires (LR, RN), après avoir soutenu démagogiquement le mouvement en y projetant leurs fantasmes chauvins, ont paniqué lorsque la question sociale est devenue centrale, et ont alors applaudi les exactions de la police et demandé un énième renforcement de l’arsenal répressif.

Ce dernier, déjà abondamment utilisé contre les GJ (des milliers d’arrestations/contrôles préventifs, plus de 800 peines de prison prononcées par la « justice », des dizaines de manifestants mutilés à vie par les grenades et les lanceurs de balle de défense des flics…), est pourtant sans cesse renforcé. Cela renseigne sur la détermination suicidaire de la bourgeoisie à poursuivre sa politique de pillage, – à l’instar d’un Laurent Nuñez, ancien chef de la DGSI (de la police politique) devenu secrétaire d’État, affirmant que tous les manifestants seront désormais considérés par les pouvoirs publics comme des émeutiers.

Pourtant, ni le recours aux militaires, aux blindés et aux drones ni les bobards d’une presse détenue par des ordures milliardaires n’ont réussi à étouffer le retour de la colère prolétarienne. En dépit de la répression et de la propagande, les bourges et leurs instituts de sondage doivent néanmoins reconnaître avec effroi qu’une personne sur deux dans ce pays soutient encore les gilets jaunes et – pire encore – que 50 % des ouvriers et des employés souhaitent une révolution (sondage IFOP pour Atlantico, mars 2019) !

De la France au Soudan, de l’Algérie à la Hongrie, les exploités se réveillent et font face à la même répression des chiens de garde de la bourgeoisie.

Cette dernière, sous ses divers masques (religieux, laïc, démocrate, nationaliste…), a tout à perdre. Nous n’avons à perdre que nos chaînes. Ce sera nous ou eux.

(Le P’tit Rouge n°8 – Avril 2019)

Source : https://garap.org/leptitrouge/leptitrouge08.php
contact.garap@protonmail.com

(22 avril 2019)

Gilets jaunes (ou pas)
Pour un 1er Mai de combat
Action directe anticapitaliste
(nosotros.proletarios)

Le puissant mouvement social qui ébranle la France, connu sous le nom des « gilets jaunes », entre maintenant dans son sixième mois de lutte sans discontinuer, avec son hétérogénéité et sa confusion bien sûr, mais aussi avec son refus de se plier à la loi et à l’ordre bourgeois, d’être encadré par des partis politiques et des syndicats, avec son refus de toute représentation ou délégation de son pouvoir d’action, avec toute sa force et sa détermination, mettant ainsi quelque peu à mal les caractéristiques générales des luttes prolétariennes telles qu’elles se sont développées ces dernières décennies.

# Et cela, malgré la répression policière : les centaines de blessés graves, les manifestants éborgnés et les mains arrachées, les traumatismes dus aux tabassages brutaux, les milliers de grenades en tous genres tirées dans les cortèges, l’utilisation d’armes de guerre et de véhicules blindés d’assaut face aux manifestants, les milliers d’arrestations, les rafles dans les gares et les dizaines de milliers de contrôles préventifs les jours de manifestation, le bouclage des zones de rassemblements, le déploiement de militaires de l’opération « Sentinelle » (dite « antiterroriste ») dans le dispositif de maintien de l’ordre bourgeois, la dislocation des ronds-points occupés et autres lieux de lutte, de discussion et d’organisation du mouvement.

# Et cela, malgré la répression judiciaire : les centaines de condamnations à la prison ferme, les milliers de condamnations avec sursis en guise d’avertissement, les interdictions de manifester, la « loi anticasseurs », les assignations à résidence.

# Et cela, malgré la répression journalistique : tous les mensonges publiés dans les torchons de la classe dirigeante, justes bons à allumer un brasier, tout le mépris de classe que les larbins journalistes-flics et autres idéologues de l’Etat expriment à notre égard, nous « les gueux », « la vile populace », « la plèbe », « la canaille », « la racaille », nous autres prolétaires.

# Et cela, malgré la répression syndicale : ces officines étatiques (qui n’ont plus rien, ou même n’ont jamais rien eu, d’ouvrier) dont la mission essentielle est précisément d’empêcher et le cas échéant d’encadrer, d’étouffer, de légaliser et de ramener sur une voie de garage inoffensive, l’explosion de notre rage dévastatrice de prolétaires en colère, que nous soyons porteurs de gilets jaunes ou pas, en lutte contre l’exploitation et la misère.

# Et cela, malgré le mépris hautain affiché par la plupart des sectes de l’ultragauche (autoproclamées « gauche communiste »), pour qui, du haut de leur piédestal idéologique et rempli de leur suffisance et de leur morgue, le mouvement des « gilets jaunes » n’incarne pas la « pureté » du prolétariat dont ils se rêvent d’être les « leaders bienaimés » menant leur troupeau docile sur le droit chemin des « lendemains radieux » du « socialisme réel ».

# Et cela, malgré tous les autres pièges, fausses solutions, alternatives-bidons, dressés sur notre chemin : la « démocratie directe et participative » (RIC et autres foutaises), par exemple, ne permettra seulement aux opprimés que de mieux et ouvertement participer à leur propre oppression ; c’est en fait tout le système de la politique (bourgeoise), et des rapports sociaux capitalistes qui vont avec, qu’il faut chambouler, éradiquer, annihiler, effacer, détruire, dont il faut se débarrasser et qu’il ne faut pas réformer.

Fondamentalement, « nous ne sommes pas français, nous ne sommes pas le peuple, nous ne sommes pas des citoyens, nous sommes le prolétariat ». Nous sommes la révolution qui vient, nous sommes la solution finale de toutes les contradictions sociales qui divisent l’humanité en deux classes aux intérêts diamétralement et viscéralement antagoniques : les détenteurs de la propriété privée des moyens de production contre les dépossédés des moyens d’existence qu’ils veulent se réapproprier.

Personne ne s’étonnera dès lors, au vu du développement de ces luttes, que cette année le 1er mai sera probablement plus virulent, plus radical, et donc plus violent que jamais auparavant, exprimant ainsi ce que cette journée symbolique représente historiquement au niveau international : une journée de lutte et de combat du prolétariat mondial qui trouve son origine dans le massacre de nos camarades ouvriers et anarchistes communistes lors des événements de Haymarket Square à Chicago (USA) en 1886.

Déjà des « black blocks » appellent à la mobilisation sur Paris, « pour un 1er mai jaune et noir », en convergence avec les franges les plus radicales des « gilets jaunes » : « Ce 1er mai sera une journée de lutte. Une journée en enfer pour les personnes qui défendront le système. Mais pour nous (…) cette journée sera une fête, une journée où l’on pourra exprimer notre colère et notre révolte. Une journée où le destin va basculer. » (« Black Bloc France », 9 avril 2019)

Nous ne croyons pas que le murissement des conditions matérielles et des luttes soit tel à ce jour que « le destin va basculer ». Néanmoins, que ce 1er mai, certaines rues et quartiers bourgeois de Paris et d’autres villes de France et de Navarre soient la proie des flammes de la juste et saine colère de notre classe, que des magasins de luxe soient pillés (comme lors de la mise à sac des Champs Elysées le 16 mars dernier) et la marchandise si pas abolie du moins redistribuée parmi « les damnés de la terre » (réappropriation de richesses sociales produites par nous autres prolétaires), que les mercenaires armés à la solde de la classe des capitalistes en prennent enfin pour leur grade et soient obligés de reculer ou de déserter (comme l’ont fait les flics qui passèrent avec armes et bagages dans le camp du prolétariat insurgé en Bolivie en 2003), rien de plus normal et logique, rien de plus sain et salutaire, il serait même affligeant que rien de tout cela ne se passe. Mais il serait aussi tout autant affligeant (pour d’autres raisons, certes) et nuisible pour la suite de notre mouvement d’opposition à l’ordre des choses présent que tout cela se passe simplement et qu’on en reste là, qu’on se limite à une violence de classe risquant de se transformer en spectacle de la violence, qu’on n’aille pas plus loin, qu’on n’approfondisse pas la brèche, le gouffre qui nous sépare d’eux, nous l’humanité en lutte et eux les capitalistes et leur monde, fait de misère, d’exploitation, de guerre, de souffrances.

Ce dont le mouvement de lutte des « gilets jaunes » (et plus globalement le prolétariat) a le plus besoin, ce n’est pas du sempiternel recommencement, « Acte » après « Acte », samedi de manif après samedi de manif, des mêmes confrontations avec des forces répressives entrainées à ce petit jeu « du gendarme et du voleur » (bien que nous ne marquions aucune opposition à la violence de notre classe contre les forces de la Mort), mais ce dont nous avons besoin, c’est bien de développer nos perspectives, nos ruptures et notre radicalité envers ce monde, de briser la cohérence des flics et des gendarmes qui nous répriment, d’aller chercher les maîtres qui nous gouvernent jusque dans leurs forteresses imprenables, d’incendier leurs palais et leurs châteaux, d’abattre les citadelles du profit, de piller leurs banques, de bloquer toute l’économie, de dissoudre leur taux de plus-value et par la même occasion notre exploitation, d’organiser la véritable grève de notre classe : la grève générale insurrectionnelle, etc.

Tant que ces points essentiels ne seront pas aborder, tant qu’une réponse pratique ne sera pas mise en avant et assumée comme telle, c’est-à-dire comme la négation totale de l’ordre des choses présent, dès lors l’émergence d’un monde nouveau que nous avons tous à gagner (nous autres prolétaires) et l’affirmation de l’ordre des choses à venir ne sera que pure spéculation.

En attendant donc que les mauvais jours finissent…

Gilets jaunes (ou pas), black blocks (ou pas)

Pour un 1er Mai de combat, Action directe anticapitaliste

Source : https://nantes.indymedia.org/articles/45373
nosotros.proletarios@gmx.com

(20 mai 2019)

GJ Appel National // Le dimanche 26 mai : Dans la rue pendant les élections !
(Des gilets jaunes toulousains)

Suite à l’invitation de l’assemblée des assemblées de Saint-Nazaire pour l’action et la mobilisation lors des élections européennes, nous appelons à une convergence régionale afin de prendre la rue pendant la mascarade électorale, dimanche 26 mai, dans toutes les grandes villes : là où sont concentrés la plupart des bureaux de votes.

Pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas aller à la manifestation internationale à Bruxelles, nous appelons à rejoindre les grandes villes les plus proches, à constituer des cortèges, et à prendre la rue.

Toutes les élections sont des impasses, le mouvement le sait depuis le début : nous avons su éviter tous les pièges qui nous ont été tendus (cooptation par le gouvernement, désignation de représentants, récupération par les partis ou les syndicats, division entre bons et mauvais GJ, etc.). Nous ne tomberons plus jamais dans le piège de l’élection […] qui ne sert qu’à asseoir le pouvoir de celles et ceux qui disposent d’un appareil de parti, d’un capital social et financier énorme, de relais dans la presse, etc. et certainement pas à servir les intérêts de « ceux qui ne sont rien ».

Car l’État sert l’économie, et pas l’inverse ! Il est le bras armé qui protège les intérêts de ceux qui font fortune avec le commerce de nos moyens de subsistance (manger, se loger, s’habiller, se déplacer, se soigner, s’éduquer). Il est à la solde des entreprises multinationales qui n’ont que faire de la vie et de ce qu’on en pense. Leur seul but étant de s’enrichir en nous exploitant à travers le travail salarié, en nous rendant malades à travers un travail pénible qui n’a pas de sens et en polluant et détruisant la planète. Aucune décision politique ne pourra donc renverser l’économie, car l’économie est le projet politique de tout État moderne : celui de discipliner les comportements pour rendre chaque instant, chaque faits et gestes productifs, rentables et contrôlables. Et aucun élu, aucun parlement, ne pourra s’y opposer réellement. Souvenons-nous de la Grèce et de l’humiliation qu’elle a subie lorsqu’elle a osé croire qu’un gouvernement élu pourrait lutter contre la banque centrale européenne et le FMI ! Le peuple grec a été saigné et le gouvernement élu, malgré toutes ses bonnes volontés, s’est fait humilier et est rentré dans le rang (mesures d’austérité, etc.)

Nous actons donc que la vraie politique, celle que nous menons depuis maintenant 6 mois, commence par le blocage et l’attaque directe de l’économie.

Ce 26 mai, nous posons donc un acte : la mascarade électorale est terminée. Nous n’y participerons plus. Et au-delà, nous ne laisserons plus tranquillement se dérouler ces moments de propagandes massives qui n’ont pour visée que de justifier l’ordre établi et de lui fournir une légitimité qui n’est qu’un mensonge.

Nous ne voulons ni élections, ni représentants. Nous ne voulons plus être gouvernés. Nous ne voulons plus être « représentés ». Nous ne voulons pas prendre le pouvoir, nous ne voulons pas « plus » de pouvoir, nous voulons destituer le pouvoir. Et à sa place nous incarnerons la politique directement, sans intermédiaires, ni bureaux de vote. La sagesse populaire, les organisations ouvrières et militantes, les occupations des ronds-points, ont développé d’autres formes politiques (assemblées, mandat impératif et révocable, rotation des tâches, conseils ouvriers, etc.). Par les blocages, par les occupations, par les manifs jaunes, etc., nous continuerons à lutter contre l’économie qui nous enchaîne et à occuper l’espace « public » afin de continuer à reprendre nos vies en main. Les élections sont annulées.

Autonomie Matérielle et Politique !

Des gilets jaunes toulousains

Source : https://iaata.info/GJ-Appel-National-Le-dimanche-26-mai-On-perturbe-les-elections-3410.html

(21 mai 2019)

[Gilets jaunes Rungis Île-de-France] On vote pas, on lutte
(Collectif Gilets jaunes Rungis Île-de-France)

Texte du collectif Gilets jaunes Rungis Île-de-France à propos des élections européennes. À diffuser sur papier et dans les réseaux sociaux à partir du PDF et des images dispos dans cet article. [note de Paris-luttes.info]

Vendredi 17 mai, Emmanuel Macron, président de la République, a encore parlé de nous.
Comme d’habitude, il parle de nous pour nous faire taire.

N’empêche, depuis six mois, on existe.
On est sorti du bois, sorti de la résignation.

Ça fait six mois que le président voudrait qu’on rentre chez nous, qu’on se calme, qu’on rentre dans le rang.
Mais malgré nos divergences, malgré notre hétérogénéité (ou peut-être grâce à elle, dans une certaine mesure ?), on est toujours là.

Il déclare avoir « apporté des réponses aux Françaises et aux Français sur ce qui avait conduit à ce mouvement ».
Deux possibilités, une seule réponse :
A- Macron est stupide.
B- Macron nous prend pour des cons.
Réponse B bien sûr. Macron n’est pas stupide, il est simplement avide de pouvoir et comme tout bon chef, comme tout bourgeois, il cherche avant tout à préserver ses privilèges, ceux de la classe possédante.
Pourtant, notre principale revendication est claire depuis le début : MACRON DÉMISSION.

Macron ajoute que pour « celles et ceux qui continuent aujourd’hui [à manifester], il n’y a plus de débouché politique ». Il appelle « au calme », incite chacun à « retrouver le cours de sa vie » et « à exprimer ses divergences d’opinions (…) dans les temps que prévoit la démocratie, ceux du vote ». Si on n’a plus de « débouché politique », pourquoi on irait voter ? Hmm ?

On le dit depuis le début du mouvement : on ne veut pas de changement de personnel politique, on ne veut pas remplacer Macron par Le Pen ou Mélenchon ou qui que ce soit. On veut autre chose. On n’a pas besoin de chef, de leader, on ne veut pas de représentants, de pantins opportunistes-carriéristes pour fonder un nouveau parti. On le dit depuis le début : notre mouvement se situe hors de la politique institutionnelle, hors des partis, des syndicats, nous ne voulons pas devenir des « partenaires sociaux » du pouvoir qui ne servent qu’à conforter l’image démocratique du système et préserver l’ordre établi.

Les listes étiquetées « Gilets jaunes » aux Européennes ne sont que pure récupération politique. Ce sont des tentatives de nous faire rentrer dans le rang, tout comme les prétendus représentants des Gilets jaunes qui déclarent les manifestations en préfecture. Tout cela vise un retour à la normale en passant par autre chose que la méthode policière : ce qui est recherché est le maintien de l’ordre en changeant simplement quelques têtes.

Mais nous ne voulons pas quelques miettes lâchées à contrecœur par le pouvoir politique, nous voulons une révolution sociale. Un changement profond, qui nous dépasse tout autant que Macron (lui qui voudrait qu’on se contente de dialoguer avec ses sous-fifres, qu’on crée des listes électorales, qu’on perpétue le système contre lequel on lutte…).

Exploités et dominés ici et à l’autre bout du monde par les mêmes politiciens, les mêmes capitalistes, nos perspectives de changement social ne sont pas « simples », car il y a tout à renverser, ici comme ailleurs. Nos solutions n’entrent pas dans les cases légales du système et on a bien compris que le pouvoir nous mettrait des bâtons dans les roues à chaque initiative autonome, à chaque moment qui sort de son contrôle. Mais on ne lâchera pas l’affaire : assemblées, occupation de ronds-points, construction de cabanes, manifestations, actions de toutes sortes, nous vivons désormais à travers la lutte contre ce système basé sur les inégalités sociales, mais nous vivons aussi l’entraide, l’auto-organisation, l’expérimentation sociale.

Nous sommes le présent et le futur.

Le 26 mai, on n’ira pas voter.
On a bien mieux à faire !

Mai 2019, Paname,
Collectif Gilets jaunes Rungis Île-de-France

Source : https://paris-luttes.info/gilets-jaunes-rungis-ile-de-france-12205?lang=fr

(25 mai 2019)

Le mouvement des gilets jaunes est-il révolutionnaire ?
(Rouen dans la rue)

Révolution, contre-révolution, insurrection, normalisation, élection dans le(s) mouvement(s) des gilets jaunes.

Le mouvement des gilets jaunes se trouve plus faible que jamais même si de belles poches de résistances continuent à exister et que les manifestations viennent rappeler à Macron tout le bien que l’on pense de lui et de sa politique. La question des élections, pour les européennes mais pas seulement, a pris de plus en plus de place dans les discussions et la communication. C’est l’occasion de revenir sur ce mouvement inédit, sur sa puissance révolutionnaire et sur ce qui est venu la briser mais aussi la contenir.

Masse et puissance.

Il y a maintenant 6 mois le mouvement des gilets jaunes commençait avec une détermination massive et inouïe. Les occupations de ronds-points, les blocages économiques et les manifestations non-déclarées parisiennes puis provinciales qui tournaient bien souvent à l’émeute ponctuée d’affrontements avec les forces de l’ordre, de barricades et de destructions ciblées, donnaient à ce mouvement une tonalité qu’il faut bien qualifier de révolutionnaire ou d’insurrectionnelle.

Un petit air de révolution.

Le mot révolution était d’ailleurs dans toutes les bouches et dans tous les esprits. Mais pour une fois ça n’était pas un mot en l’air ou un fantasme de militant professionnel. Les symboles de la Révolution française étaient immédiatement repris : le drapeau français, et la Marseillaise bien sûr qui n’était plus chantée dans un esprit nationaliste et patriotique chère à l’extrême droite mais bien pour l’énergie révolutionnaire qu’elle exprime.

Des guillotines factices apparaissaient sur de nombreux ronds-points et des simulacres de décapitation étaient mis en scène en différents endroits.

Une histoire de goutte d’eau.

Tout le monde s’accordait pour dire que cette histoire de taxe n’était que la goutte d’eau qui avait fait déborder le réservoir. Et c’est finalement contre Macron et le mépris des élites politiques que les gilets jaunes s’insurgeaient, mais aussi contre un système politique qui sous couvert de démocratie ne nous laisse en fait aucun pouvoir, autant que contre une logique économique qui permet à quelques-uns d’accumuler d’obscènes fortunes quand elle laisse le plus grand nombre écrasé par la précarité. Si la révolution renvoie toujours à l’idée de rupture, c’est bien avec une logique que Macron incarnait parfaitement que les gilets jaunes désiraient rompre plus ou moins confusément. Rompre avec le mépris des classes dirigeantes, rompre avec la politique des politiciens, rompre avec la misère que la dernière génération du capitalisme promet au petit peuple.

Contre-révolution préventive et mutilations en série.

C’est bien sous le coup de cette poussée insurrectionnelle que le gouvernement lâchait ses premières miettes. Suppression de la taxe carbone, fausse revalorisation du SMIC via une prime d’activité pour certains seulement et enfin annulation de l’augmentation de la CSG pour certains retraités. En jouant la carte du « j’ai compris votre désir de dialogue », Macron lançait cette gigantesque opération de communication, d’enfumage et finalement de propagande que fût le grand débat. Montant de l’opération : 12 millions d’euros pour de nouvelles miettes qui ne satisfont évidemment personne. Grand flop.

Mais dans le même temps et toujours pour faire face à cette poussée, le gouvernement décidait de mettre en œuvre des moyens répressifs, policiers et judiciaires, d’une violence inconnue sous la 5e République, exceptés pour les colonisés. C’est en effet un déferlement de mesures contre-révolutionnaires et contre-insurrectionnelles que nous avons subi depuis 6 mois. 3.830 blessés, 8.700 gardés à vue, 13.460 tirs de LBD 40 et 1.428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées explosives selon le ministère de l’Intérieur. Les « blessés de manif » et autres gueules cassées (comme il y eut les blessés de guerre), les « mutilés pour l’exemple » d’après le nom d’un collectif de blessés, en témoigneront dans leur chair pour le reste de leur vie.

Tension entre insurrection et normalisation.

Il existe évidemment des contradictions, des tensions tout à fait naturelles pour une révolte loin d’être homogène et traversée par des désirs, des discours, des manières de faire, des formes d’organisation, des orientations tactiques diverses. D’abord une tension entre la puissance révolutionnaire initiale du mouvement et ce qui relève de sa normalisation voire de sa neutralisation. D’un côté, il y a le nombre et la détermination de ceux qui se retrouvent pour tout bloquer dès le 17 novembre, la colère désordonnée et spontanée de ceux qui s’attaquent aux bâtiments publics comme la préfecture du Puy en Velay, aux péages ou encore qui veulent à tout prix rentrer à l’Elysée. Ce sont les folles journées du 24 novembre, du 1er et du 8 décembre qui tournent à l’émeute populaire et qui ne veulent rien d’autre que la démission de Macron. Le mouvement ne sait pas trop où il va, mais c’est peut-être la condition pour qu’il aille le plus loin possible. C’est en tout cas cette puissance-là qui a fragilisé et fait vaciller le pouvoir et arraché des miettes.

De l’autre côté, il y a ce que nous appelons les lignes de normalisation. Il y a eu très tôt la volonté d’avoir le soutien de certains élus en leur faisant parvenir des doléances voire en leur demandant de les signer. Des revendications claires, formulées rationnellement sont alors apparues, articulées autour de demandes fiscales (rétablissement de l’ISF), sociales (augmentation de tous les minima sociaux) et politiques (le RIC). Ce dernier a capté une énergie considérable (pétition, conférence, etc.) et devenait la solution miracle à tous nos problèmes. Mais s’il exprime un désir légitime de prendre nous-même les décisions qui nous concernent, il nous prive en fait de la temporalité du rapport de force dans lequel nous sommes engagés, tout en nous faisant dépendre de mécanismes institutionnels. Supposons que le rapport de force ait été favorable, il aurait fallu des mois avant que le RIC ne soit inscrit dans la constitution, et des mois encore avant qu’un premier RIC soit soumis au vote.

Dans le même temps, des gilets jaunes modérés quittaient le mouvement (RIP Jacqueline), d’autres créaient des partis ou montaient des listes aux européennes (Ingrid Levavasseur) et étaient bien souvent balayés par le refus des gilets jaunes, d’autres encore s’acharnaient et s’acharnent toujours à déclarer les manifestations en négociant avec les autorités en pacifiant toujours davantage le mouvement.

Guerre et paix.

Signe de cette tension, l’opposition abstraite, vide, et pour tout dire morale entre « pacifisme et violence ». La question de la violence est toujours mal posée. D’abord parce que la violence première est celle de l’Etat et de sa police. Et le pacifisme de beaucoup de gilets jaunes s’est rapidement effrité sous les coups des matraques et les LBD. Ensuite, s’il existe des gens qui se disent pacifistes et non-violents, il n’existe personne pour se présenter comme violent et non-pacifiste. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre la violence mais de constater ce fait brut : il existe des situations où la colère populaire s’exprime de manière violente et personne ne peut rien y faire. Il importe de reconnaitre que cette violence est légitime et productive comme le confirme une attention minimale à l’histoire. La violence des gilets jaunes a été de celle-là. On ne fait pas de révolution en collant des gommettes même si bien évidemment cette violence peut être terrifiante. Et malheureusement, ce n’est pas la dynamique actuelle qui permettra d’arracher quelque chose. […]

Suite et fin ?

Tout le monde ignore comment ce mouvement des gilets jaunes finira. Plusieurs devenirs possibles se dessinent. Le devenir associatif, le devenir classiquement politique et électoral. En certains lieux, des gilets jaunes s’organisent concrètement et font perdurer des formes de vie collectives et solidaires qui font penser à des ZAD. La colère et la frustration d’avoir si peu obtenu, ajoutée au désaveu définitif de la classe politique pourrait aussi renforcer le désir de fascisme qui surgit toujours en temps de crise. Mais il se peut aussi que les braises encore chaudes se transforment à nouveau en un incendie ravageur à la prochaine provocation de Macron ou de celui qui le remplacera. Car ce que nous avons vécu avec les gilets jaunes ne ressemblent à rien de ce que nous avions connu. Si nous avons peu obtenu, nous avons beaucoup gagné.

Nous avons brisé l’atomisation et la solitude que nous réserve ce monde. Nous nous sommes retrouvés et avons fait l’expérience de notre force collective tout en découvrant la solidarité, la fraternité et la vie commune. Nous avons occupé, bloqué, manifesté et attaqué des symboles du pouvoir. Ce pouvoir a tremblé et vacillé sous la colère d’un peuple étrange qui s’est inventé sous nos yeux ébahis et rieurs. Le peuple des ronds-points. Symboliquement au moins nous avons défait, détruit Macron.

A n’en pas douter, ce mouvement est historique. Oui c’est bien une force et des désirs révolutionnaires que les gilets jaunes ont fait vivre. Une force insurrectionnelle traversée par des logiques de normalisation et de pacification. Une force qui s’est brisée sur la répression d’Etat. Nous ne l’oublierons pas comme nous nous n’oublions pas la joie que nous avons éprouvée en mesurant notre puissance collective. Nous tenons le bon bout.

Aouh ! Aouh ! Aouh !

Source : https://rouendanslarue.net/le-mouvement-des-gilets-jaunes-est-il-revolutionnaire/
rouendanslarue@riseup.net

(31/07/2019)

Soyons fiers de ce que nous sommes
(Les Gilets Jaunes de Place des Fêtes)

Le 27 juillet, les Gilets Jaunes ont marché, partout en France, pour leur 37ème samedi de mobilisation.

37. Il y a là quelque chose d’inouï. Pourquoi se mobiliser encore après 37 samedis ? Certains disent qu’on n’y « gagnera » rien. Ils regrettent que l’on s’épuise dans ces éternelles manifestations, appellent à d’autres formes d’action, à hausser le ton, à se structurer, à se refonder, à se réinventer. En bref à changer à tout prix.

Pourtant, loin d’acter un échec, ces 37 samedis sont un véritable tour de force. C’est un accomplissement, et quelque chose dont nous pouvons être fiers. En plein cœur de l’été, nous étions un petit millier à Paris, à défiler tout l’après-midi. Le cortège était étonnamment optimiste, comme habité par la stupéfaction (et la joie) d’exister encore.

Ce samedi, on pouvait lire de la surprise sur les visages des passants. Leurs yeux s’écarquillaient à notre passage. « Quoi, mais bon sang, les gilets jaunes existent encore ? Ce n’est pas fini toute cette histoire ? »

Eh bien non, ce n’est pas fini. Et c’est précisément ce que veulent dire nos samedis. Que ça ne finira pas.

« Des fidèles à la grand-messe » titrait il y a quelques semaines à notre sujet un journal régional, avec un mépris infini.
« A la rencontre des derniers Gilets Jaunes », titrait Libération il y a quelques jours, mandatant pour l’occasion ses envoyés spéciaux à travers les ronds-points comme on enverrait des anthropologues dans des réserves indiennes. Sous la plume du rédacteur, les gilets jaunes interviewés n’étaient plus des hommes, mais des « bonhommes ».

Le système en place veut que l’on disparaisse. Il désire avec acharnement, depuis le 17 novembre, nous éradiquer. « Alors, c’est pour quand ? » demande-t-il régulièrement.
« Il est l’heure de cesser la plaisanterie », clame-t-il. Retour au boulot, retour au monde réel, ou dans la novlangue macronienne, retour à « l’apaisement ».
On veut nous fossiliser, nous reléguer aux livres d’histoire, et puisqu’il est impossible de nous nier totalement, on cherche depuis le premier jour à faire de nous de l’histoire ancienne.

« Quoi, mais bon sang, les Gilets Jaunes existent encore ? »

Mais oui, ma petite dame ! Mais oui mon bon monsieur. Ils existent encore. Ils sont là en chair et en os, en bas de chez vous. Et ils chantent, tout de jaune vêtus.

Nous ne sommes pas le dernier village gaulois, ou d’anciens combattants nostalgiques de leurs faits de gloire, comme les voix du système tentent de le faire croire.

37 samedis. Nos têtes se régénèrent à mesure qu’on les tranche. (Il paraît que l’hydre de Lerne est devenue Gilet Jaune.)

37 samedis. Phénix des insurrections, nous renaissons de nos cendres.

37 samedis. Que tous les chiens de garde du système s’en donnent à cœur joie, qu’ils sortent l’artillerie lourde. Ils n’y pourront rien. Quelque chose couve et continuera de couver.
Quand le feu est dans le vieux bois, on ne peut plus l’éteindre.

37. Nous sommes et resterons le cauchemar des partisans de l’ordre (qui sont, toujours, les partisans de l’ordre établi).

37. Nous sommes une mauvaise herbe coriace aux racines invisibles, qui repousse, deux fois plus rigide, chaque fois qu’on essaye de l’arracher.

Pourquoi, donc, continuer à manifester ? Parce que, d’ores et déjà, nos samedis sont des jours émancipés et arrachés à la monotonie des semaines. Ils ont une couleur et une odeur spéciales, faites d’adrénaline et d’excitation. Ils nous permettent de nous souvenir de notre combat, de constater ensemble dans les cortèges que notre détermination est intacte. En ce sens, ils ont bien quelque chose de rituel. Comme une grande messe révolutionnaire.

37. 37. 37. Nous sommes une cargaison d’explosifs oubliée dans un vieux hangar en bois sec, un été de sécheresse.
Nous sommes les braises sur lesquelles vous soufflez à chaque nouveau scandale, à chaque coupe budgétaire, à chaque bavure policière.
Gilets jaunes d’hiver ; Gilets jaunes d’été. L’automne arrive, nous revenons intacts, la fleur au transpalette.

Les Gilets Jaunes se déclarent en état de révolte permanent. Nous prouvons chaque samedi que notre mouvement n’est pas éphémère. Nous ne rentrerons pas chez nous. Les manifestations du samedi sont une façon d’acter symboliquement qu’il n’y a pas de retour en arrière possible. Que tôt ou tard, l’embrasement viendra. Tant que cette société n’aura pas sombré, des Gilets Jaunes défileront. Nous conservons vivante à tout moment l’étincelle d’insurrection qui allumera la première mèche.

Car nous sommes un signe avant-coureur. Ce qui passe sous vos fenêtres encadré par des fourgons de CRS, hurlant « Macron démission ! » n’est pas un cortège. C’est une prophétie. L’annonce d’un grand bouleversement.

Samedi, le doyen du cortège avait 74 ans. C’est un monsieur qui bat le pavé depuis décembre, toujours armé de son mégaphone, dans lequel il hurle sans relâche : « Macron en prison ». Le plus jeune était un collégien de 13 ans, tombé par hasard sur une manifestation à la fin du mois de novembre, alors qu’il faisait de la trottinette en direction des Champs. Les Gilets Jaunes sont devenus sa seconde famille.

Il y avait des gens issus de toutes les franges de la société, de tous les mondes – tout sauf des cadres dynamiques. Nous sommes une foule hétéroclite, qui rassemble ceux que rien ne paraissait devoir rassembler. Nulle part dans la société française, il n’existe un mélange de populations aussi abouti. Bêtes noires des différents « experts », sur lesquels ils ont toujours plusieurs temps d’avance, les Gilets Jaunes ne peuvent être enfermés dans aucune catégorie. La foule est si diverse, si inclassable, qu’elle en paraît étrange, voire suspecte.

« Mais qui sont ces gens ? » se demande le badaud. Il y a des énervés et des idéalistes, beaucoup de gens qui ont souffert. Notre seul trait commun : la soif de justice. Bientôt, vous aurez beau le vouloir, vous n’arriverez plus à nous mépriser.

Cela fait 37 samedis. Et pourquoi pas bien davantage ? Il n’y aurait rien de ridicule à ce que les Gilets Jaunes défilent pour leur 200ème week-end. Si c’est ce qui est nécessaire pour que le système implose, nous le ferons.
« Travaille, consomme et ferme ta gueule ! ». Telle est la formule magique résumant notre société. Ils veulent des citoyens qui se tiennent sages… Mais les Gilets Jaunes refusent d’obéir à cette injonction. Ils savent qu’ils vivent dans un monde qui ne peut plus durer. Nous ne luttons pas seulement pour quelques euros sur notre fiche de paye, nous luttons contre un système qui est en train de détruire notre planète.

On ne reste pas chez soi quand sa maison brûle.

La rentrée s’annonce brûlante. Sous le mot d’ordre : « Fin du monde, fin du mois. Mêmes coupables, même combat », la date du samedi 21 septembre s’impose d’ores et déjà comme un nouveau temps fort. Espérons qu’il y aura partout de grandes manifestations à l’occasion de ce 45e samedi.

37. Oui, nous passerons l’été. Cela ne fait plus l’ombre d’un doute. Et si ce 37ème samedi avait une signification spéciale, c’est bien celle de proclamer encore une fois que quelque chose d’insubmersible est né.

Soyons fiers de ce que nous sommes !

Les Gilets Jaunes de Place des Fêtes

Source : https://www.facebook.com/Lacabanedesgiletsjaunesplacedesfetes/posts/581989765538884/
lacabanejaune@riseup.net

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