Guerre de Classe 14/2022: Guerre & Révolution !?

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Guerre & Révolution !?

Nous venons à peine de quitter enfin la « crise pandémique de Covid-19 » (bien que certains disent que nous ne la quitterons jamais) que déjà nous entrons dans une nouvelle « crise ». Selon le récit bourgeois dominant, la guerre en Ukraine est une nouvelle raison pour que le prolétariat mette de côté la satisfaction de ses besoins. Nous devrions plutôt adhérer au front unique, rejoindre les forces de « notre » bourgeoisie et nous sacrifier pour « l’intérêt supérieur », soit de la « défense de l’intégrité territoriale de l’Ukraine », soit de sa « dénazification » – selon l’endroit où nous vivons.

Ils nous forcent à devenir de la chair à canon dans la « défense de la nation », ce qui signifie souffrir et mourir pour les intérêts de l’un ou l’autre camp bourgeois – comme c’est le cas actuellement pour les prolétaires « russes » et « ukrainiens ». Ou bien ils nous obligent à faire des sacrifices sur le « front intérieur » – à accepter l’augmentation des prix des produits de base qui permettent notre survie quotidienne comme la nourriture, le logement, la santé, l’énergie, les transports, etc. ; à accepter une répression et une surveillance accrues ; à accepter la militarisation du travail et l’augmentation brutale du taux de notre exploitation.

La guerre fait bien sûr partie intégrante de la logique même sur laquelle fonctionne le capitalisme. Elle est l’expression du besoin de fractions concurrentes du Capital de conquérir d’autres marchés afin de réaliser des profits. En ce sens, la guerre capitaliste et la paix capitaliste ne sont que les deux faces d’une même pièce et toute guerre n’est qu’une continuation de cette compétition par des moyens militaires.

La guerre de 2022 en Ukraine (qui est plutôt une nouvelle phase ouverte de la guerre qui a commencé en 2014) ne fait pas exception. Au cours des dernières décennies, ils nous ont entraînés dans d’autres guerres incroyablement sanglantes, dont certaines font encore rage : en Somalie, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, dans la région des Grands Lacs en Afrique, dans le Caucase, en Syrie, au Yémen… ou récemment en Éthiopie… Tous ces conflits sont nés de la compétition entre des fractions bourgeoises locales, mais représentent en même temps une guerre de gangs faite par procuration entre « les grandes puissances », et dans tous ces cas (comme toujours), ce sont les prolétaires qui ont été massacrés.

Bien qu’elles aient été toutes aussi brutales que la guerre qui fait actuellement rage en Ukraine, ces guerres n’ont pas permis à la bourgeoisie de mobiliser le prolétariat pour soutenir les intérêts capitalistes à un niveau aussi mondial. La raison principale est que cette fois-ci, la formation des super-blocs capitalistes capables d’une confrontation globale est beaucoup plus proche et l’affrontement de leurs intérêts fractionnels opposés est beaucoup plus évident et direct. Par conséquent, il est facile pour les idéologues bourgeois des deux camps de prétendre qu’il s’agit d’une « guerre sainte » du « Bien contre le Mal ». Une fois de plus, ils nous poussent vers les champs de la mort au nom de la paix, cette fois-ci vers la guerre qui peut mettre fin à toute vie sur cette planète.

Face à la réalité de la mobilisation, de la militarisation de nos vies, de la propagande nationaliste et de l’horrible carnage de prolétaires, la position communiste a toujours été le défaitisme révolutionnaire et le rejet des deux camps du conflit bourgeois en faveur du « troisième camp », celui de la révolution communiste mondiale ! Nous avons abordé ce sujet récemment dans notre tract : Prolétaires en Russie et en Ukraine ! Sur le front de la production et sur le front militaire… Camarades !, ainsi que dans une seconde contribution : Manifeste internationaliste contre la guerre et la paix capitaliste en Ukraine (ces deux textes se trouvent en annexes de ce bulletin).

De même que pour la « crise de Covid-19 », en tant que communistes, nous rejetons toutes les falsifications bourgeoises de la réalité car elles servent toutes le même objectif de maintenir notre classe assujettie aux intérêts de la classe dominante et de l’empêcher de réaliser ses propres intérêts de classe : c’est-à-dire d’abolir la société basée sur l’exploitation du travail humain. Que le récit qu’ils essaient de nous imposer soit basé sur la science et la médecine officielles « sacrées » (prétendant être objectives et impartiales) et les statistiques gouvernementales ou sur la science « dissidente et interdite » que le « Nouvel Ordre Mondial ne veut pas que vous voyiez » (pourtant, d’une manière ou d’une autre, elle est partout sur YouTube), notre seule réponse à cela est de réaffirmer la position de la subjectivité prolétarienne militante : c’est-à-dire de toujours analyser la réalité matérielle en fonction des critères de ce qui fait avancer ou ce qui entrave la lutte pour nos intérêts de classe. Et à partir de cette position, et en confrontation avec toutes les falsifications susmentionnées, nous essayons de toujours découvrir le courant prolétarien dans toute cette agitation.

Tout comme la précédente « crise de Covid-19 », la guerre en Ukraine est également présentée comme étant à l’origine de l’apparente « crise économique » et comme justifiant la pénurie et/ou la hausse des prix de nombreux produits de base. En réalité, ces deux crises n’ont fait que démasquer la crise de valorisation qui couvait depuis longtemps.

Il n’existe pas sur cette planète de pénurie de nourriture ou d’énergie. C’est la logique du capital qui crée la « pénurie » car la seule raison pour laquelle les marchandises sont produites dans le capitalisme, c’est de les vendre afin de réaliser du profit. Leur valeur d’usage en tant que nourriture, vêtements, carburant, etc. n’a de sens pour le Capital que comme moyen d’atteindre cet objectif. Il est donc logique de laisser pourrir la nourriture ou de brûler le carburant plutôt que de le donner à ceux qui ne sont pas en mesure de le payer. Le blé d’Ukraine ou de Russie ne sera donc pas transporté par d’autres voies ou remplacé par du blé ou d’autres produits comestibles d’ailleurs pour nourrir les prolétaires affamés d’Égypte, du Liban ou du Sri Lanka, à moins que cela ne soit rentable.

Dans les pages qui suivent, nous tentons d’analyser les mouvements prolétariens qui secouent le monde malgré le Covid-19 et les confinements qui y sont liés et la guerre en Ukraine, contre la misère de la vie dans la société capitaliste et en opposition aux efforts de mobilisation interclasse de l’Etat. Ce texte n’est pas censé être une chronologie de ces mouvements prolétariens ni un compte-rendu exhaustif et détaillé de l’activité militante et organisationnelle quotidienne « sur le terrain ». Il y a d’autres militants, avec des liens plus directs avec ces mouvements que les nôtres, qui ont bien assumé ces tâches. Nous nous concentrons sur les mouvements qui, selon nous, représentent la pointe du récent militantisme prolétarien, tout en gardant la continuité militante, qui réapparaissent sous une autre forme après avoir été réprimés par l’Etat, donnant naissance à des minorités militantes ou dynamisant celles existantes et créant potentiellement l’espace pour les ruptures programmatiques.

Mentionnons ici que nous prévoyons de couvrir les actions révolutionnaires défaitistes du prolétariat sur le territoire de la Russie et de l’Ukraine contre la guerre capitaliste (désertions et mutineries des deux côtés, attaques contre les centres de recrutement, sabotage des efforts de guerre, subversion de la récente mobilisation en Russie, etc.), ce qui fera l’objet d’un prochain bulletin. Nous devons également mentionner ici les émeutes de janvier au Kazakhstan déclenchées par les prix élevés du carburant, bien que nous n’en parlions pas en détail dans le texte qui suit. Ce fut une très forte éruption de colère prolétarienne contenant quelques moments insurrectionnels qui ont conduit la bourgeoisie locale à appeler en renfort la Russie et d’autres pays de l’OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective) pour l’écraser et l’empêcher de se transformer en une insurrection prolétarienne à grande échelle. Nous avons publié sur notre blog un ensemble de matériel militant de divers groupes qui rendent compte du mouvement au Kazakhstan.

Parfois, tout doit changer pour que tout reste pareil…

La classe dirigeante mondiale avait sûrement espéré qu’elle parviendrait à masquer la crise structurelle émergente du Capital en transformant par tous les moyens répressifs, récupérateurs et idéologiquement spectaculaires une « crise sanitaire » généralisée (maladies, malbouffe, empoisonnement et destruction de la planète, etc.) en une pandémie de Covid-19 – qui est elle-même un produit du rapport d’exploitation de la société avec le monde naturel issu du mode de production capitaliste tout aussi exploiteur (tout comme toutes les autres « catastrophes naturelles » auparavant). Elle a sûrement espéré aussi qu’elle serve de couvercle sur le chaudron bouillant de la lutte de classe prolétarienne qui faisait rage dans de nombreuses régions du monde en 2019. Une stratégie qui, au début, semblait plus ou moins réussie, mais il est vite apparu qu’elle la transformait plutôt en cocotte-minute.

La proclamation du couvre-feu a servi dès le début d’excuse aux forces répressives de l’État pour rétablir ou confirmer et renforcer à la fois leur contrôle social sur le prolétariat et leur monopole de la violence – sordidement et honteusement justifié par la propagande comme devant « protéger la population ». Cela s’est présenté sous différentes formes – l’État s’est targué publiquement d’utiliser la violence contre quiconque osait ne pas respecter le couvre-feu (y compris, par exemple, en tirant et en tuant des enfants qui soutenaient la manifestation de rue depuis leur balcon au Kenya), il a exécuté des attaques planifiées de longue date contre des squats et des centres sociaux en Allemagne, en Italie, en Grèce, etc., il a nettoyé des quartiers prolétaires pour faire place à des promoteurs immobiliers aux Philippines, en Afrique du Sud, en Haïti…, il a perfectionné les moyens d’espionnage électronique (logiciel Tracker-Covid-19 utilisé par les flics pour suivre les manifestants à Minneapolis, mise à jour du logiciel de reconnaissance faciale pour voir à travers les masques).

En même temps, il était évident que toute cette répression n’était qu’indirectement liée à tout effort pour freiner la propagation de la maladie du Covid-19. En ce qui concerne le Capital, un être humain n’a pas d’autre valeur que celle de sa force de travail et le fait que des travailleurs tombent malades d’une maladie dangereuse ne constitue un problème que lorsqu’il peut affecter négativement la production de marchandises. Par conséquent, alors que la plupart des gouvernements des États nationaux ont essayé d’éviter la propagation incontrôlée du Covid-19 (parfois par opposition à la propagation « contrôlée » limitée aux « populations gênantes » – toute aide sanitaire étant délibérément rendue inadéquate et/ou sabotée par l’État pour les habitants des favelas, des quilombos et des réserves indigènes au Brésil, des « Territoires palestiniens », des camps de réfugiés en Grèce… et de nombreuses prisons dans le monde entier), la mort ou les dommages permanents à la santé des prolétaires ont été très peu coûteux (ne leur coûtant que quelques larmes de crocodile versées dans les médias bourgeois). Inutile de dire que même pendant les périodes de confinement les plus strictes, la plupart des prolétaires dans le monde étaient toujours obligés de travailler et de faire la navette sans aucune mesure significative pour se protéger.

Plus nous entrons dans cette « ère Covid/post-Covid », plus il devient évident que la dichotomie entre « sécurité » et « liberté », que les forces bourgeoises nous imposent, est fausse – et qu’elle n’est en fait rien de plus qu’un mince vernis pour cacher ce qui a toujours été la seule directive de toutes les fractions bourgeoises de l’histoire pour le prolétariat : « Travaillez ! Consommez ! Obéissez ! Sacrifiez-vous ! ».

Pendant plus de deux ans, le mouvement mondial de lutte de notre classe s’est déroulé dans des circonstances très spécifiques. Bien que rien de tout cela ne soit unique dans la préhistoire humaine – pandémies, couvre-feux, crises, guerres… – tout cela était déjà là auparavant. La vague révolutionnaire de 1917-1921 s’est déroulée dans le contexte (à part la « Première Guerre mondiale » évidemment) de la pandémie de « grippe espagnole ». Il n’y a pas beaucoup de matériel militant de cette époque qui traite spécifiquement de la question de la maladie elle-même – seulement quelques fragments comme les revendications des travailleurs en grève en Espagne d’être mieux nourris et de travailler moins pour améliorer leur immunité, ou encore lorsque le rôle de la grippe est évoqué dans le retard du départ de la flotte de Wilhelmshaven, contribuant ainsi aux conditions matérielles de l’éclatement de la mutinerie. Les révolutionnaires de l’époque considéraient à juste titre que la maladie faisait partie de l’ensemble de l’existence misérable de la société capitaliste contre laquelle ils se rebellaient. Il est important de souligner que c’est à la totalité du capitalisme – une société de classe mondiale fondée sur l’exploitation du travail humain – que le mouvement communiste s’oppose et qu’il lutte pour le vaincre, le détruire et l’abolir. L’horrible réalité que nous vivons : maladie, guerre, pauvreté, violence, aliénation, oppression, faim, discrimination, catastrophe écologique, etc., est le produit inévitable du fonctionnement du Capital. Mais nous ne pouvons pas limiter notre critique à ces seules expressions négatives du capitalisme, car cela ouvre la porte à l’encadrement réformiste et à la canalisation de notre lutte dans le mouvement pour un « capitalisme réformé », un « capitalisme à visage humain », un « capitalisme plus démocratique », un « capitalisme autogéré », un « capitalisme vert », un « capitalisme non racial », etc. – tous ces mouvements ne sont que des projets sociaux-démocrates qui tentent de maintenir le système d’exploitation en place sous une autre façade.

C’est ainsi que nous devons aussi aborder une expression particulière du mouvement prolétarien qui a explosé partout dans le monde (France, Italie, Australie, Pays-Bas, Etats-Unis, Roumanie, Royaume-Uni, Israël… pour n’en citer que quelques-uns) : ce que les médias bourgeois appellent le mouvement « anti-Green Pass » (ou tout autre équivalent régional de passeport sanitaire).

Nous ne jouerons pas ici l’air de ses détracteurs bourgeois identifiant l’ensemble du mouvement à son courant le plus réactionnaire, le plus réducteur, le plus démocratique et qui se focalise sur une seule thématique particulière, tendance à la désorganisation prônant les libertés individuelles ! Au contraire, à travers toutes ses contradictions, nous voulons mettre en avant et soutenir son courant le plus avancé et le plus conscient, en tant qu’expression du mouvement de classe prolétarien mondial, en continuité avec la vague de luttes « pré-Covid », en continuité avec les luttes contre la misère capitaliste aux USA, au Liban, en Iran, en Colombie, en Irak, en Haïti, en Birmanie, à Cuba, etc. Nous reconnaissons et revendiquons les cibles de ce courant (forces répressives, institutions étatiques, sièges sociaux des entreprises, « complexe médico-industriel », banques, etc.) comme des éléments de l’infrastructure capitaliste qui, historiquement, ont toujours été attaqués par le mouvement communiste ! Nous soutenons également les méthodes employées par ce courant appartenant à notre arsenal de classe : grèves, blocages des artères du capital (à Trieste…), expropriation des marchandises, comme les méthodes de notre classe en lutte contre la logique de l’accumulation capitaliste de la valeur !

Nous voyons le « Green Pass » (ou certaines de ses alternatives en dehors de l’UE) – qui est devenu l’ennemi symbolique de ce mouvement – comme une contribution à l’arsenal de l’État capitaliste utilisé pour contrôler, espionner, catégoriser, diviser, discipliner, aliéner, marginaliser les prolétaires. Dans sa forme la plus répandue, qui est la forme électronique, elle ajoute une autre fonctionnalité de traçage aux machines d’espionnage portables que sont les smartphones et que tant de gens portent volontiers sur eux et qui envoient déjà en permanence vos coordonnées physiques à l’opérateur, stockent vos appels, vos messages et vos fichiers sur ses serveurs, qui peuvent être mis à jour à distance pour vous écouter par microphone, pour allumer votre caméra, installer un logiciel de reconnaissance du visage, de la voix ou des empreintes digitales, un logiciel « reniflant » l’identité et le trafic en provenance et à destination d’autres appareils connectés au même Wi-Fi que le vôtre, etc. Nous voyons également dans le « Green Pass » une autre justification idéologique, « sanitaire » cette fois, du renforcement de la « forteresse Europe » (ce qui s’applique aussi aux États-Unis, au Royaume-Uni, à Israël, etc.). Encore un autre argument raciste pour rejeter ces « migrants crasseux et non vaccinés » ou pour garder fermée cette frontière avec « un voisin hostile ». Évidemment, les prolétaires vivant dans les conditions les plus écrasantes (sans-papiers, sans-abri et autres « criminels »), qui sont moins susceptibles d’aller se faire vacciner par peur d’être brutalisés, arrêtés ou déportés par les porcs, seront désormais encore plus marginalisés. En Italie, où le « Green Pass » a été durant plusieurs mois une condition d’embauche, il a été utilisé par la bourgeoisie comme un prétexte pour licencier les travailleurs qu’ils voulaient déjà licencier ou pour bloquer la production (en raison du manque de composants par exemple) sans payer d’indemnités. Enfin, le « Green Pass » a été une façon d’expérimenter sur l’ensemble du territoire la tactique de division institutionnalisée et l’outil « de la carotte et du bâton », comme une réponse « occidentale » au « système de crédit social » en Chine.

Avec toute la critique envers le « Green Pass » que nous venons d’exprimer, nous voulons dire que nous crachons au visage de la racaille social-démocrate qui a essayé de présenter le « Green Pass » comme étant distinct des autres outils dont dispose l’État bourgeois pour exercer son contrôle sur le prolétariat (physiquement, socialement, légalement, numériquement, etc.), et distinct également du reste de l’existence misérable dans cette société, afin de canaliser une fois de plus le mouvement de classe dans une sorte d’appel à une réforme du capitalisme ! Tous ceux-là ont tenté de nous convaincre que nous devrions lutter uniquement pour le retour à la normalité pré-Covid, que nous devrions nous contenter du cadre des rapports d’exploitation business as usual d’avant le Covid, que nous devrions arrêter de nous opposer à « l’apartheid du Green Pass » et que nous ne devrions pas remettre en cause les séparations entre les « nations », les « races », les « sexes », les « secteurs économiques », etc. Le courant démocratique bourgeois (dans sa mutation « fasciste » ou « libérale ») a tenté de présenter toute la question du « Green Pass » et/ou des vaccins comme une question de « choix personnel » ou de « liberté personnelle » et, par ce biais, de concert avec les idéologues d’État arguant de la responsabilité individuelle pour arrêter la maladie, ils ont tenté de maintenir l’atomisation des prolétaires, de les enfermer dans leurs petites bulles personnelles et de contrer le processus émergent d’associationisme prolétarien.

Tout comme le mouvement des « Gilets jaunes », le mouvement « anti-Green Pass » était truffé de contradictions qui ne pouvaient être surmontées que par un processus de rupture pratique et programmatique (qui sont inséparables) avec son champ d’action limité à une seule problématique, processus que les courants les plus avancés du mouvement appelaient de leurs vœux. Des liens militants se sont tissés avec les mouvements contre l’expansion des méthodes de contrôle de l’État, les brutalités policières, l’aggravation des conditions de travail et le licenciement des travailleurs sous couvert de mesures anti-Covid-19, la digitalisation des lieux de travail et de la société, le harcèlement des sans-papiers, le non-paiement des primes promises aux infirmières et aux médecins, etc.

Nous ne pouvons pas prédire si dans les mois à venir, la pandémie de Covid-19 (qui avait presque complètement disparue comme par enchantement au lendemain de l’entrée de l’armée russe en Ukraine, sauf peut-être en Chine où les confinements massifs et la répression sont toujours très puissants) va se poursuivre dans le monde entier, de même que la campagne de vaccination étatique mondiale sous une forme ou une autre. Mais par contre, ce dont nous sommes quasi certains, c’est que d’une part l’État continuera de tenir la carte de la pandémie en réserve, et de l’utiliser si et quand cela lui sera nécessaire, et que d’autre part la digitalisation de la société et l’adoption du télétravail vont continuer à se répandre et s’accélérer. De même, la tentative bourgeoise de nous faire payer « le coût de la pandémie » sera renforcée dans le monde entier, sans compter les coûts astronomiques de la guerre en Ukraine et de la crise économique et sociale qui, bien que préexistante à celle-ci, se développe en parallèle de manière exponentielle, et pour lesquels notre classe sera très rapidement et de fait est déjà appelée à « payer la facture ». Car la guerre en Ukraine va se poursuivre, les deux camps bourgeois opposés mobilisent en effet de plus en plus de ressources (à la fois les « canons » et sa chair) pour continuer ce massacre, l’oscillation des prix des hydrocarbures apportant pour sa part un élément supplémentaire d’instabilité.

Mais venons-en maintenant à l’analyse des divers mouvements de notre classe qui ont émergé ces deux dernières années à travers le monde, tant dans la sphère du Covid que sous le diktat du « nouveau paradigme » de la guerre en Ukraine et de ses conséquences directes…

Nous ne paierons pas pour votre crise !

L’année 2019 fut ponctuée d’extraordinaires poussées de la lutte des classes dans le monde entier : de Santiago à Paris (et Téhéran, Bagdad, Beyrouth, Hong-Kong), la révolte prolétarienne a éclaté contre la gangrène du capitalisme. Protestations massives, émeutes, grèves, pillages… attaques contre les sièges et les symboles du pouvoir d’État, ainsi que contre son infrastructure… Et de façon limitée et embryonnaire, il y eut des tentatives de certaines minorités militantes d’aller plus loin, de formuler et d’organiser la réalisation concrète des tâches historiques de l’insurrection prolétarienne :

• en saisissant la question de l’armement du prolétariat,

• en appelant à des actes de défaitisme révolutionnaire et en organisant pratiquement ceux-ci,

• en tentant de centraliser la publication de la propagande révolutionnaire,

• en menant l’agitation dans les rangs des forces militaires et policières,

• en tentant de se centraliser avec des militants révolutionnaires ailleurs dans le monde.

Dans de nombreuses régions du monde, avec comme fer de lance les régions d’« Amérique latine » et du « Moyen-Orient », le mouvement prolétarien ébranlait l’ordre social bourgeois malgré toutes les méthodes « traditionnelles » de la social-démocratie historique (quelle que soit son appartenance politique) – comme les élections, les syndicats, les appels aux réformes et les référendums, les appels à l’unité patriotique, etc. – pour le pacifier. Bien sûr, les faiblesses de notre classe, comme la vision bourgeoise intériorisée du monde avec ses frontières, ses nations, ses partis politiques et ses religions, étaient difficiles à surmonter et ont été facilement construites et exploitées par nos ennemis afin de canaliser à nouveau la rage de notre classe dans un projet réformiste. Mais il ne fallut jamais longtemps avant que les contradictions inhérentes à la société capitaliste ne donnent naissance à une nouvelle rupture, plus profonde que la précédente.

Lorsque l’année 2020 (et la pandémie de Covid-19) est arrivée, de nouvelles armes ont été ajoutées aux arsenaux bourgeois d’apaisement, de contrôle et de répression.

Le faux choix entre l’obéissance aux mesures répressives « sanitaires » de l’État et le projet individualiste, réformiste et « pro-travail » du militant « anti-lockdown », « anti-masque » et « anti-vax » s’est ajouté à la pléthore de faux choix préexistants pour le prolétariat.

Cependant, le prolétariat n’a pas pu être contenu longtemps : dans de nombreux endroits dans le monde entier (dont nous mettrons en avant ici le Liban, la Colombie et l’Iran comme les exemples les plus conflictuels), même dans cette « nouvelle ère », les rues ont à nouveau été en feu.

En fait, la pandémie n’a pratiquement pas eu d’impact sur le mouvement de protestation au Liban, où la pleine émergence de la crise du Capital, qui couvait déjà, avec toutes ses expressions immédiates comme l’hyperinflation, la hausse du chômage, les défaillances dans la distribution d’eau et d’électricité et dans la production alimentaire, ainsi que l’explosion mortelle dans le port de Beyrouth ont complètement éclipsé le danger du Covid-19. Cela n’a pas aidé la bourgeoisie locale, qui n’a même pas été capable de faire semblant de se soucier des vies perdues (que ce soit à cause du Covid-19, de l’explosion du port de Beyrouth, de la famine, des balles des flics…). Mais même lorsqu’elle tente de faire entendre des bruits apaisants par le biais de ses médias, plus personne ne l’écoute. En effet, tout comme aux Etats-Unis (où un autre mouvement fort y a explosé malgré la pandémie), le mouvement au Liban a dû résoudre par ses propres moyens la question de la protection contre les gaz lacrymogènes (certains ont même contacté des camarades aux Etats-Unis et partagé avec eux des conseils pratiques, par exemple sur le site de partage de codes GitHub), contre les matraques et les balles ainsi que contre l’infection. Au Liban, où mourir de faim est un réel danger, des cuisines communautaires sont organisées pour préparer de la nourriture (donnée, mais souvent aussi expropriée) et la distribuer dans les quartiers prolétaires.

Nous voudrions souligner l’importance que la tâche de libérer le processus de production et de distribution alimentaire de la domination capitaliste a pour le développement de la lutte de classe, d’autant plus qu’elle s’approche du niveau insurrectionnel de rupture avec la société de classe. A l’époque du business as usual, la nourriture n’est rien d’autre qu’une marchandise, produite comme n’importe quelle autre marchandise, uniquement pour sa valeur d’échange afin que les bourgeois réalisent leur profit. Cependant, en période de bouleversement social, si la nourriture reste entre les mains de nos ennemis de classe, elle acquiert un autre rôle néfaste : elle devient une arme de la contre-révolution. Nous avons pu le constater lors du soulèvement en Irak en 1991, lorsque les forces nationalistes kurdes ont monopolisé la nourriture et ont ensuite utilisé la famine contrôlée pour écraser la rébellion : en échangeant les rations alimentaires contre des armes, en dénonçant les camarades, en dissolvant les structures prolétariennes autonomes ou en les intégrant à l’État.

Nous pouvons observer des tentatives similaires au Liban, par exemple du côté du Hezbollah, qui conserve et protège son réseau d’entrepôts remplis de produits de base comme la nourriture, le carburant, les médicaments et les vêtements. Ces stocks proviennent de ses propres fermes et usines, du « Programme alimentaire mondial » des Nations-Unies, de la contrebande depuis le territoire contrôlé par Assad en Syrie ou de dons venant d’Iran. Ils sont ensuite fournis de manière sélective par les travailleurs sociaux du Hezbollah à une partie de la « population chiite » comme une méthode d’apaisement pour décourager les prolétaires de s’approprier les marchandises par une action militante autoorganisée, ainsi que pour les lier politiquement au Hezbollah et tenter de rétablir la séparation sectaire que le mouvement de notre classe subvertit radicalement dans sa pratique quotidienne ainsi que dans sa compréhension de la réalité qui en découle.

La division sectaire traditionnelle qui, pendant des décennies, a fait partie de tous les aspects de la vie au Liban est généralement la cible de critiques et d’une résistance active. Les loyalistes de tous les grands partis (qu’ils fassent partie du gouvernement ou de l’opposition) sont aux prises avec des manifestants dans les rues. Lors de la manifestation massive (qui s’est transformée en émeutes, lorsque les forces répressives de l’État ont commencé à tirer sur la foule) qui a suivi l’explosion dans le port de Beyrouth, les manifestants ont construit une potence sur la place principale arborant les photos découpées du président Michel Aoun, du président du Parlement Nabih Berri, du premier ministre Hassan Diab, de l’ancien premier ministre Saad Hariri, du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et du président du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt. De même, les bâtiments de nombreuses institutions de l’État, y compris le Parlement, plusieurs ministères et les sièges des partis politiques (y compris le Hezbollah), mais aussi les villas privées des politiciens et des chefs de milice sont régulièrement pris pour cible par des émeutiers en colère, presque à chaque fois qu’il y a une manifestation, et l’hésitation règne souvent dans les rangs des soldats, quant à savoir s’ils doivent les réprimer – apparemment, il y a eu une série de désertions à la fois dans l’armée libanaise et dans les forces armées du Hezbollah.

Ceci étant dit, nous devons dénoncer le fait que l’idéologie bourgeoise sous les formes plus « séculaires » du nationalisme libanais (« anti-syrien », « anti-israélien », « anti-palestinien », « anti-iranien », etc.), du libéralisme, de « l’europhilisme », du léninisme, etc. a un impact non négligeable sur la direction de l’essentiel du mouvement. Seule une minorité de réfugiés « syriens » et « palestiniens », dont 1,5 à 2 millions vivent au Liban, a pris part au mouvement, car cette expression de la séparation sociale bourgeoise selon les lignes ethniques a été à peine effleurée par celui-ci. Seules quelques minorités de militants dont nous n’avons que des bribes de preuves de l’existence et de l’activité (comme le fameux chant Revolution everywhere qui a fait le tour du web) sont capables de rompre consciemment (au moins partiellement) avec l’idéologie de la révolution populaire nationale du « peuple libanais » et de tenter de se connecter à la communauté de lutte ailleurs dans le monde.

L’avenir nous dira si ces minorités avancées du mouvement prolétarien sur le territoire libanais seront capables de forger des liens de solidarité pratique, de discussion militante, de centralisation organisationnelle et de pratique révolutionnaire défaitiste avec les minorités d’autres territoires, en particulier celles d’Irak et d’Iran, avec lesquelles elles partagent fondamentalement de nombreuses conditions matérielles immédiates, telles que le manque de produits de première nécessité, la violence brutale des milices sectaires et la participation à la guerre en Syrie.

Plus précisément, nous pouvons voir la matérialisation de l’axe « Est-Ouest » des intérêts économiques et géopolitiques, entre le Hezbollah, le régime d’Assad, la fraction bourgeoise « chiite » d’Irak et les « Gardiens de la révolution » d’Iran. L’expression concrète de cette situation est un objectif clair de ces fractions (entre autres) de relier le Golfe Persique à la Méditerranée orientale par des projets d’infrastructures (pipelines, routes, chemins de fer). Cet axe s’oppose à celui (pour l’instant beaucoup plus fracturé par la discorde entre de nombreux intérêts locaux et particuliers) du « Nord-Sud » qui va de la Turquie à l’Arabie Saoudite et aux États du Golfe en passant par les territoires kurdes irakiens (et, dans un sens, également les territoires contrôlés par les groupes islamistes et Israël). Ces axes (avec quelques « jokers » comme le « Rojava » ou « ISIS ») sont d’une manière ou d’une autre poussés par les « superpuissances » : USA, Russie, UE, Chine… Bien sûr, ces alliances sont contradictoires en interne et ne sont pas gravées dans le marbre, car elles sont l’expression d’une unité démocratique seulement temporaire : la seule unité que les fractions bourgeoises, constamment poussées au conflit par la logique même de la compétition capitaliste, peuvent atteindre.

Cette matérialisation concrète de l’expansion impérialiste inhérente à chaque fraction (« nationale », « religieuse », « partisane », etc.) du Capital, ainsi que le carnage et la souffrance qu’elle apporte au prolétariat, a été dénoncée et attaquée dans la pratique par les secteurs les plus avancés du mouvement de classe dans la région du « Moyen-Orient ». Rappelons le mot d’ordre défaitiste clairement révolutionnaire au plus fort du mouvement insurrectionnel en Iran de 2017/2018 : « De Gaza à l’Iran, à bas les exploiteurs ! ».

Mouvement qui, après avoir été écrasé avec une brutalité presque sans précédent par l’État iranien, a réussi à se regrouper et à s’enflammer à nouveau avec la même intensité en 2019. Malgré toute la répression, la pandémie et le lock-down, malgré toutes les farces électorales démocratiques bourgeoises, malgré les réformes, etc., les rues d’Iran sont en feu de manière récurrente !

En réalité, ce mouvement ne s’est pas développé de manière isolée : il n’y a jamais eu de paix sociale complète en Iran depuis au moins 2016 ! Des centaines de grèves, dont beaucoup sont sauvages et rejettent la représentation syndicale, sont menées chaque semaine dans tout l’Iran : dans l’industrie pétrolière, la sidérurgie, la production de sucre, l’agriculture, les écoles, les hôpitaux, les chemins de fer, les transports publics, les services de taxi, etc., ainsi que des manifestations de rue de retraités et d’étudiants et des émeutes dans les prisons, tout cela se déroulant de manière continue depuis le début de 2020.

En février 2021, une série d’émeutes a éclaté dans la province du Sistan-Baloutchistan à la suite du massacre de « commerçants informels » qui protestaient contre la fermeture de la frontière avec le Pakistan, ce qui bloquait leur seule source de revenus, la vente de carburant « non taxé » au Pakistan. Ce carnage, qui a fait 37 morts et plusieurs blessés et qui a été commis par des « gardiens de la révolution » (apparemment avec l’aide de gardes-frontières pakistanais) a déclenché une semaine de troubles, au cours de laquelle les bâtiments du gouvernement provincial ont été pris d’assaut, plusieurs postes de police ont été conquis par une foule prolétarienne en colère et ont dû être réprimés par la force des balles et un black-out de l’information.

L’étincelle immédiate de cette vague de luttes était le manque d’eau potable, principalement dans la province du Khuzestân (où les protestations ont commencé) et dans le reste du sud de l’Iran. Les autres causes immédiates comprenaient également les coupures de courant, le non-paiement des salaires et le harcèlement policier, ainsi que la haine et le dégoût en général envers l’État (même si le plus souvent tout cela est formulé en opposition avec le régime/gouvernement actuellement en place). Le mouvement s’est rapidement étendu à Téhéran, Buchehr, Ispahan, Tabriz et à de nombreuses autres villes et s’est intensifié et transformé en affrontements violents avec les forces répressives qui ont tué plusieurs manifestants. Le mouvement a également dépassé la résistance contre les expressions immédiates de leur misère (dans ce cas, le manque d’eau potable, l’un des nombreux aspects d’une catastrophe environnementale mondiale causée par le mode de fonctionnement de la société capitaliste) et a visé les institutions du gouvernement, les « gardiens de la révolution », aux chants de « A bas les mollahs » et « Mort à Khamenei ! ».

Comme le montre la généralisation du mouvement et la rapidité de sa propagation de la province « ethniquement arabe » du Khuzestân à l’ensemble de l’Iran, cette tactique de division employée par la fraction locale de la bourgeoisie mondiale pour exploiter et consolider les séparations existantes dans notre classe ne fonctionne pas comme prévu. Bien sûr, comme pour tout autre mouvement prolétarien dans le monde (par exemple les Gilets Jaunes en France, Black Lives Matter aux États-Unis, etc.), divers courants politiques qui tentent d’encadrer le mouvement montrent leur présence active dans les rues ainsi que sur Internet : syndicalistes, réformateurs islamistes, staliniens, royalistes pro-Pahlavi, « aryanistes », MEK, etc. Mais jusqu’à présent, ils semblent incapables de détourner la direction générale du mouvement de sa trajectoire consciente de confrontation de classe…

Au moment où nous terminons ce texte, une nouvelle vague d’émeutes et d’affrontements se propage à nouveau dans tout l’Iran après que la « police des mœurs » ait assassiné une jeune femme, Mahsa Amini, pour ne pas avoir suivi le stupide code vestimentaire sexiste imposé aux femmes en Iran par le régime bourgeois islamique local. Le mouvement de protestation que ce meurtre a déclenché est en train de créer une perturbation majeure de la normalité capitaliste dans tout le pays – en essayant de surmonter pratiquement la séparation des sexes et les hiérarchies imposées à nos frères et sœurs de classe en Iran, tout en formulant pratiquement une tactique insurrectionnelle contre les centres de pouvoir de l’État, en expropriant les marchandises et en perturbant la production…

Il n’y a pas que la Colombie qui s’embrase !

Depuis les terrains brûlants de Téhéran et de Beyrouth, aventurons-nous une fois de plus vers l’autre pôle mondial de la lutte des classes : « l’Amérique latine ». Depuis des années, les fractions locales de la bourgeoisie mondiale doivent avoir le sommeil léger par crainte d’une nouvelle explosion de rage prolétarienne contre leur tyrannie. Depuis des années, elles doivent utiliser tous les outils à leur disposition afin d’essayer de pacifier (ce qui s’avère être le plus souvent futile à long terme) les réactions périodiques de notre classe face à la misère et à la brutalité de l’existence dans la société capitaliste. Il y a quelques années, la marée la plus importante du mouvement a eu lieu au Venezuela, suivie par le Nicaragua, pour culminer au cours de l’année 2019 en Équateur et surtout dans le séisme social massif et explosif qui a frappé le Chili. En parallèle, le mouvement prolétarien – prenant la forme de manifestations de rue, d’occupations de terres, de grèves et d’affrontements avec les forces de police – couvait en Colombie à partir de septembre 2019. Il a temporairement perdu de son intensité (mais n’a jamais disparu, plusieurs émeutes d’ampleur limitée, mais déterminées et violentes, ayant lieu dans diverses parties du pays chaque mois) après mars 2020 en raison de la combinaison de plusieurs facteurs : la promesse faite par le président Duque de supprimer les coupes sociales et l’octroi de quelques miettes de pain, la répression brutale et l’arrivée de la pandémie de Covid-19 ainsi que les mesures de contrôle social et de pacification qui y sont liées. Cependant, en avril 2021, une nouvelle tentative d’introduire plus d’austérité pour le prolétariat en Colombie, sous forme d’augmentation de la TVA de 5% à 19% sur les produits de base (soi-disant pour payer les « indemnités Covid » vraiment pitoyables fournies par l’État) et de privatisation du système de santé sur le « modèle américain », a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et les rues de Colombie se sont à nouveau embrasées !

Pour tenter de réprimer le mouvement, l’État a utilisé le mélange bien connu de répression et de propagande diffamante (en essayant de dépeindre les prolétaires en lutte comme des agents et des partisans du régime bolibourgeois voisin de Maduro ou des FARC ou des cartels de la drogue). Bien sûr, comme ailleurs dans le monde, l’argument de la propagation du Covid-19 a également été utilisé contre les manifestants. Cela montre une fois de plus l’utilisation sordide et opportuniste, à des fins militaires, d’un désastre capitaliste pandémique contre-nature pour renforcer le contrôle de l’Etat sur le prolétariat et réprimer son activité militante. Il n’est pas surprenant qu’en 2020 la Colombie ait été l’un des nombreux pays du monde où des mutineries de prisonniers ont éclaté contre le manque total de protection anti-Covid et les conditions généralement insalubres dans les prisons, qui ont laissé des centaines de prisonniers souffrir et mourir. Comme cela a été démontré dans le monde entier lors de la pandémie de Covid-19, la bourgeoisie ne se soucie manifestement pas de la vie des prolétaires et est totalement disposée à les sacrifier lorsqu’elle les considère comme force de travail excédentaire (comme dans le cas des prisonniers) ou lorsqu’elle a besoin d’extraire de la valeur de leur travail à n’importe quel prix.

Face à la force de la classe ouvrière déterminée dans les rues – avec des affrontements quotidiens entre les manifestants et la police, des grèves et surtout des barricades bien organisées et des blocages de routes et de voies ferrées dans tout le pays, interrompant le flux de marchandises sur les principales artères de la capitale, bloquant le fonctionnement des ports maritimes et de l’industrie minière – la seule option du gouvernement a été de faire rapidement marche arrière sur les réformes proposées (y compris l’augmentation initiale des impôts qui avait tout déclenché) et de promettre quelques « programmes sociaux ». Cela n’a pas eu l’effet escompté par la bourgeoisie, car ce n’était tout simplement pas suffisant pour apaiser notre classe déjà mobilisée. Le mouvement s’est alors propagé et s’est intensifié encore plus et a dans la pratique surmonté les séparations préexistantes (différences « sectorielles », fausses dichotomies « étudiants » vs « travailleurs » vs « chômeurs », « urbains » vs « ruraux », « indigènes » vs « non-indigènes », etc.).

Tout comme au Chili un an plus tôt, le mouvement a créé des structures organisationnelles au niveau territorial (dans les quartiers), dépassant la séparation imposée par les secteurs économiques du Capital et la forme d’organisation « syndicaliste » limitée aux lieux de travail. Bien sûr, nous ne prétendons pas qu’une certaine forme d’organisation, c’est-à-dire les « assemblées populaires », les « shoras », les « soviets », etc., soit une garantie du contenu révolutionnaire. Comme l’histoire de la lutte des classes et de sa récupération sociale-démocrate nous l’a montré, s’il n’y a pas de perspective révolutionnaire claire ou si l’énergie militante de notre classe est dilapidée dans de vaines procédures démocratiques formalistes, dans des votes et dans des « discussions » futiles, ces structures dégénèrent très rapidement en organes contre-révolutionnaires d’autogestion de l’exploitation capitaliste. C’est pourtant une étape nécessaire pour briser les limites sectorielles et catégorielles qui nous sont imposées par la logique du Capital, où nous sommes vulnérables à ses tentatives de cooptation à travers ses syndicats et ses partis, et pour nous organiser en tant que classe directement sur le plan social afin de pouvoir généraliser et étendre la lutte et subvertir la totalité des rapports capitalistes.

Le mouvement en Colombie a été au moins quelque part capable d’assumer cette tâche et d’organiser concrètement la résistance non seulement contre la violence physique directe des forces répressives de l’État, mais aussi contre ses tentatives de les affamer comme le montre cet exemple des camarades du Grupo Barbaria :

« À Cali, l’épicentre des protestations, les communes (les quartiers) de la périphérie de la ville se sont organisées collectivement non seulement pour faire face à la violence des forces répressives. Ils ont également dû organiser l’approvisionnement en nourriture, la protection contre les agents infiltrés, le transport collectif, la prise en charge des blessés, etc., alors que le gouvernement tentait de les affamer et de supprimer les services de base. La réponse de ces communes, comme Puerto Resistencia, est un exemple de la capacité de notre classe à construire des relations sociales en marge de celles imposées par le capital et ses États ; où parallèlement à la réorganisation des conditions de vie matérielles, s’opère également une révolution des valeurs et des relations humaines. »

Mais le mouvement prolétarien en Colombie ne se limite en aucun cas à la défense ou à la survie – au contraire ! C’est l’ensemble du Capital et de ses institutions d’État qui a été attaqué, depuis les commissariats de police, les banques et les péages d’autoroute incendiés, les magasins pillés, jusqu’à la destruction du bureau qui archive les titres de propriété foncière ! Et tout cela se passe malgré et contre l’horrible répression : non seulement les matraques, les gaz lacrymogènes, les canons à eau et les balles en caoutchouc, mais aussi les balles réelles sont utilisées contre les foules, des dizaines de nos frères et sœurs de classe ont été tués (par des flics, y compris les salauds en civil, ou des paramilitaires), beaucoup d’autres ont perdu un œil après avoir été touchés au visage par une balle en caoutchouc ou une grenade lacrymogène (tout comme au Chili, tout comme en France…). Des milliers de manifestants arrêtés ont été battus et torturés dans les commissariats de police, beaucoup ont simplement « disparu » après avoir été arrêtés, les abus sexuels et les viols sont régulièrement utilisés comme méthode de terreur par les porcs… Au moins, parfois, les camarades en Colombie parviennent à se venger un peu en abattant un de ces porcs ou en le faisant rôtir avec des Molotovs dans leur commissariat.

La vague de lutte des classes en Colombie s’est poursuivie jusqu’à la fin de l’année 2021, bien qu’avec une intensité moindre après les événements quasi insurrectionnels de mai dans des endroits comme Cali ou Popayán, malgré l’état d’urgence de facto. Les grèves contre une nouvelle tentative d’introduction de « réformes fiscales » par Duque, organisées par les syndicats, mais qui finissaient souvent hors de leur contrôle dans des confrontations avec la police, ont continué de perturber l’économie colombienne, ainsi que le mouvement d’occupation et d’expropriation des terres rurales et contre les expulsions forcées dans les bidonvilles de Bogota. Pendant ce temps, la rage prolétarienne commençait à s’exprimer à nouveau par des grèves et des émeutes au Chili, en Argentine, au Brésil, au Mexique et même à Cuba.

Rien ne va plus, les jeux (ne) sont (pas encore) faits…

Une autre forte explosion de rage prolétarienne a éclaté au Pérou, de mars à avril 2022. La cause immédiate était l’augmentation des prix des produits de base déjà chers comme la nourriture et le carburant (le taux d’inflation officiel a atteint presque 9%), et le manque d’eau potable dans les quartiers prolétaires. Le mouvement, qui a débuté dans la capitale Lima, s’est rapidement étendu à Cuzco et à l’ensemble du pays.

La grève générale appelée par les syndicats des transports a rapidement échappé à leur emprise et s’est transformée en affrontements avec la police et les briseurs de grève, en pillage des magasins et en blocage des autoroutes. Le président Castillo a répondu par l’état d’urgence et a déployé l’armée dans les rues, mais les émeutes ont continué. Des prolétaires en colère ont tenté d’envahir le Congrès, où le président tenait un discours. Dans la région d’Ica, l’une des principales artères pour les marchandises en Amérique du Sud, la Route panaméricaine, fut bloquées par des manifestants.

Comme toujours, les forces de répression ont répondu par la brutalité : gaz lacrymogènes, canons à eau et matraquages, mais aussi à plusieurs reprises par des tirs à balles réelles. En conséquence, au moins huit manifestants ont perdu la vie.

Contrairement au fort mouvement de protestation de décembre 2020, lorsque les forces bourgeoises ont réussi à coopter une grande partie du prolétariat en lutte et à l’envoyer dans la violence fratricide, selon des lignes partisanes (au nom de l’antifascisme), ce mouvement semble être beaucoup plus capable de se libérer du contrôle social-démocrate.

Bien sûr, les forces de la social-démocratie historique s’engagent à maintenir le mouvement contenu dans le cadre de choix démocratiques et d’actions réformistes. Les syndicats ont été poussés par leur base à des gestes radicaux : ils annoncent une grève illimitée, ils approuvent certains des barrages routiers, tout en s’asseyant avec le gouvernement et les patrons à la table de négociation « tripartite » (en fait un seul parti, le parti de la contre-révolution), dénonçant toute action prise par les prolos en dehors de leur contrôle (expropriation de marchandises, barrages routiers « non autorisés », etc.) et en sapant discrètement « leur propre » grève. Dans le même temps, l’opposition politique (« de droite » cette fois, car le gouvernement est « de gauche ») tente de monter les manifestants les uns contre les autres en parlant d’« Indiens paresseux » et de « paysans sans éducation » et d’accroître le soutien de son propre parti politique en imputant la baisse du niveau de vie du prolétariat à la « mauvaise gestion économique de gauche ».

C’est la même stratégie que les forces bourgeoises (nos ennemis de classe !) tentent à chaque fois. Elles essaient de renforcer la division au sein de notre classe en lutte à partir de n’importe quelle faiblesse préexistante, de n’importe quelle catégorie sociologique intériorisée afin de détourner l’objectif de notre lutte de nos intérêts historiques : la destruction de la société de classe mondiale.

Alors que la phase combative initiale du mouvement semble être subjuguée par une combinaison de répression sélective, de plafonnement temporaire des prix des produits de base les plus importants et de toutes sortes de promesses politiques et syndicalistes, les grèves militantes qui ont encore occasionnellement éclaté dans les secteurs miniers et des transports pendant l’été montrent que le mouvement est juste en sommeil, mais pas mort.

Autre continent, mais les mêmes luttes ! Depuis le début du mois de mars 2022 jusqu’à aujourd’hui, une rébellion prolétarienne à grande échelle fait rage dans les rues et sur les places du Sri Lanka contre la détérioration des conditions de vie telles que la terrible augmentation des prix des produits de base comme l’huile, la farine, l’électricité (ou dans certains cas l’absence d’électricité), etc., contre les mesures d’austérité, la violence policière, etc.

Dans le quartier de Mirhana à Colombo, un grand nombre de manifestants ont attaqué la maison du président de l’État, l’infâme seigneur de guerre Gotabaya Rajapaksa, se heurtant aux policiers et brûlant deux bus militaires directement devant sa porte. L’État a réagi en déclarant l’« état d’urgence », mais personne ne l’a respecté et d’énormes manifestations se sont poursuivies à Colombo ainsi que dans les provinces. Finalement, l’état d’urgence initial a été levé après seulement une journée avant d’être instauré à nouveau quelques jours plus tard, ce qui ne fait qu’illustrer la panique totale de la bourgeoisie sur le territoire sri-lankais. La principale autoroute du pays entre Colombo et la deuxième ville Kandy a été bloquée par des barricades, devenant le centre d’autres affrontements violents avec les forces de sécurité. L’université Peradeniya de Kandy a été occupée par une partie de ses étudiants qui se heurtent à la police et qui ont produit des consignes militantes contre l’exploitation capitaliste.

Avec la généralisation du mouvement, d’autres secteurs militants de la classe prolétarienne ont commencé à s’organiser et à s’impliquer dans les manifestations et les grèves quasi quotidiennes : les pêcheurs, les conducteurs de rickshaw (qui constituent une partie centrale du transport urbain au Sri Lanka), les conducteurs de bus privés, etc.

Au premier abord, la cause fondamentale de cette évolution est à trouver dans la guerre en Ukraine – dont les deux parties belligérantes sont les principaux exportateurs (ou pays de transit) de céréales, d’huile de cuisson ainsi que d’hydrocarbures ; ce à quoi on peut ajouter dans le cas du Sri Lanka, « l’incapacité du gouvernement à payer ses dettes » au Fonds Monétaire International et à la Banque Mondiale, ainsi qu’à ses créanciers chinois et indiens.

Dans la réalité quotidienne inhumaine du capitalisme, la « guerre » et la « paix » ne représentent que les deux phases d’une même dynamique de compétition entre différentes fractions bourgeoises. Alors que sur le territoire de l’Ukraine, les prolétaires sont déchiquetés par les bombes, massacrés, estropiés, torturés, affamés et violés… pour les fractions bourgeoises du reste du monde, cela ne signifie qu’une opportunité pour imposer aux prolétaires sur leurs territoires les mesures d’austérité planifiées à l’avance ainsi qu’une opportunité pour la réalisation de leurs profits précédemment retardés en raison des mesures « sanitaires » liées au Covid-19.

A ce stade, il faut dire que ni la pandémie ni la guerre ne sont la cause principale de la crise économique et sociale actuelle du Capital. La pandémie n’a fait que révéler la crise de valorisation qui couvait depuis longtemps, causée par la baisse tendancielle générale du taux de profit moyen du Capital « grâce » à la diminution constante du rapport entre le travail vivant (c’est-à-dire les travailleurs) et le travail mort (c’est-à-dire les machines). Alors que les premiers sont les seuls à pouvoir être exploités pour générer de la plus-value et donc du profit, les secondes nécessitent des investissements pour les faire fonctionner. Dans la réalité de la pandémie, ces investissements pour relancer le cycle de production sont en péril car le profit moyen n’est plus suffisant et surtout les créanciers des entrepreneurs ne croient plus en la réalisation future de leur profit.

Le mouvement prolétarien qui a lieu au Sri Lanka ces derniers mois se trouve dans ses moments les plus avancés et remet pratiquement en question certains des fondements de la société capitaliste. En particulier, l’expropriation généralisée des marchandises et leur redistribution. De manière embryonnaire, il assume également certaines des tâches insurrectionnelles : agitation parmi les prolétaires en uniforme et fraternisation avec ceux-ci, occupation de points stratégiques de l’infrastructure comme les centres de distribution d’électricité, d’essence et d’eau, etc. Comme l’ont montré les événements qui ont suivi l’occupation de la Maison du Président et la fuite du président Gotabaya Rajapaksa aux Maldives, le mouvement a dépassé l’idéologie « anti-Rajapaksa » et a affronté le nouveau gouvernement « d’opposition » avec la même force.

Quelle perspective révolutionnaire !?

Alors qu’il semble bien que nous nous situions à la charnière d’une nouvelle époque au sein du mode de production capitaliste, ou à tout le moins qu’un nouveau paradigme s’impose à nous afin de toujours reproduire la totalité de la dictature marchandise sur nos existences, nous pouvons affirmer, sans pour autant nier la prééminence globale de la paix sociale dominante et du poids des morts sur les vivants, que la situation mondiale de ces dernières années se caractérise par :

  • une attaque globale contre les conditions de vie du prolétariat – augmentation du prix des produits de première nécessité, inflation, contrôle de l’État, perte d’emplois, militarisation de la vie, etc. – à un niveau sans précédent depuis au moins un demi-siècle,
  • un mouvement prolétarien qui s’exprime dans de nombreuses parties du monde par des manifestations, des émeutes et des grèves, parfois quasi insurrectionnelles,
  • une continuité militante qui commence à se former entre ces éruptions et des liens militants qui commencent à se tisser entre les minorités radicales de ces luttes dans différents pays,
  • les forces de la social-démocratie historique et de la réaction qui s’efforcent de coopter et d’étouffer ces mouvements,
  • les camps militaires bourgeois opposés qui se forment dans une chaîne de myriades de conflits locaux et le danger réel que ce processus se cristallise en Ukraine en une guerre mondiale et peut-être nucléaire…

Les minorités communistes, afin de remplir leur rôle historique (en tant que partie du prolétariat la mieux préparée sur le plan programmatique et tactique) de prendre part au développement de la direction révolutionnaire à donner à la lutte de notre classe, doivent comprendre les conditions matérielles de notre époque et agir en conséquence. En réponse surtout à ce que l’État des capitalistes nous prépare dans le cadre de l’extension de sa guerre permanente menée contre notre classe, et du renforcement de nos luttes contre la dégradation généralisée de nos conditions de survie, nous devons plus que jamais développer des moyens (organisationnels, tactiques, techniques) pour nous protéger et protéger nos activités : de l’espionnage et du contrôle de l’État, des maladies et de leur propagation, de la guerre et de la militarisation de la société !

Nous ne nions pas que la situation actuelle et les multiples mouvements de notre classe à travers le monde sont porteurs d’un tas de contradictions, de tendances contradictoires, et donc aussi de faiblesses. Mais contrairement aux idéalistes qui collent des étiquettes sur les luttes qui ne correspondent pas selon eux à une qualité rêvée absolument révolutionnaire, et qui les désignent au mieux comme « des luttes à l’intérieur du capital » ou au pire comme « des luttes pour la démocratie », « pour le consumérisme », « pour le pouvoir d’achat » (se conformant ainsi complètement à la propagande bourgeoise) etc., nous voyons dans l’analyse de ces événements l’existence collective et la pratique à l’intérieur du mouvement prolétarien indépendamment des drapeaux ou de la « conscience » individuelle des participants, parce que ce sont précisément ces luttes qui changent les conditions de production et de reproduction de la vie réelle.

Il est clair que la conscience sociale est le reflet des rapports de forces dans la société de classe existante. Il est donc clair que les luttes prolétariennes portent dans leur cœur même différentes faiblesses qui sont le produit de la domination idéologique bourgeoise ainsi que le reflet de la reproduction de la vie sociale sous la tyrannie de la valeur. Même pendant la révolution prolétarienne, la conscience bourgeoise dominera les masses du prolétariat et elle les dominera aussi longtemps que cette conscience reflétera la division de classe existante de la société.

Ce sont les luttes elles-mêmes qui changent les conditions et les rapports de forces. Dans ces luttes, le prolétariat cesse d’être une catégorie sociologique, une classe « abstraite » composée d’un mélange de citoyens isolés, mais il redevient la classe qui dérange la logique de la domination capitaliste et qui crée les conditions pour la reproduction des besoins de la vie qui sont antagonistes à cette société. A un niveau conscient, il redevient la classe qui crée dans ce processus la critique révolutionnaire.

Les idéalistes attendent au contraire 100% de conscience révolutionnaire dans un conflit de classe, et ce dès son commencement même. Dans leur approche le rapport mutuel entre l’existence et la conscience est perdu, aussi bien que le mouvement ; c’est-à-dire que le processus de rupture d’avec la domination de l’idéologie bourgeoise et de la réalité quotidienne de la reproduction sociale capitaliste est perdu.

En dépit de toutes ces théories, la situation révolutionnaire ne tombera pas du ciel. Elle sera le produit d’un énorme conflit de classe, de beaucoup de luttes et de défaites ainsi que de leur critique, d’une série de ruptures avec l’état des choses présent, de la participation active des masses du prolétariat et de ses minorités les plus radicales et conscientes, du communisme comme programme se constituant organiquement contre la dictature du capital.

Comme toujours, nous devons aider à forger les liens militants entre les expressions les plus avancées du mouvement de classe dans le monde, à mettre en avant une perspective révolutionnaire directement internationaliste contre toutes les falsifications et séparations bourgeoises, à dévoiler la nature prolétarienne de la lutte de classe dans les différentes parties du monde !

Contre la guerre capitaliste et la paix capitaliste, contre toutes les formes de nationalisme, de « moindre mal », de « libération nationale », de « guerre défensive », etc., nous devons opposer le défaitisme révolutionnaire intransigeant !

Enfin, nous tenons ici à répercuter les propos d’expressions militantes au Pérou alors que les rues étaient en feu au printemps dernier :

« La classe ouvrière se répand comme le feu, un feu qui emporte tout, avec fureur, avec un élan suprême. Ils chevauchent ses feux de joie, elle court sa lumière irrésistible, elles flottent au vent ses bannières chaleureuses, ses flammes victorieuses sont lancées sur le triste continent. Feu purificateur qui pénètre les villes, illumine le monde, souffle tout sur son passage, frappe les gratte-ciels, bouscule les statues, se propage par ses morsures : des immensités d’immeubles pourris brûlent comme des mouchoirs légers, la nuit cesse, le jour s’accroît. C’est comme un soleil qui éclipse l’obscurité lunaire, c’est comme un cœur qui s’étend et absorbe, qui se déploie comme le corail des mers en nuées de sang à travers le monde. »

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