Guerre de Classe 01/2013 : Émeutes dans les banlieues suédoises – Nous sommes tous des hooligans, nous sommes de la racaille ! Détruisons cette société capitaliste de misère !

Le texte qui suit est extrait du nouveau numéro de Guerre de Classe, notre nouveau bulletin communiste. Le bulletin contient également une mise à jour des Positions programmatiques de notre groupe. Téléchargez en PDF.

guerre_de_classe_01-2013-fr.pdf

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Émeutes dans les banlieues suédoises :

Nous sommes tous des hooligans, nous sommes de la racaille !
Détruisons cette société capitaliste de misère !

Au moment même où la plupart des citoyens, y compris ceux définis sociologiquement comme appartenant à la classe ouvrière, exprimaient leur euphorie à l’annonce de la victoire de la Suède dans le championnat du monde de hockey sur glace, les premiers troubles de jeunes (et de moins jeunes) prolétaires ont éclaté durant la nuit à Husby, une banlieue de Stockholm. Les premiers cailloux sont jetés, les premières voitures sont incendiées.

L’extension de ces émeutes à d’autres banlieues de Stockholm, la neuvième plus riche ville européenne, et même en dehors, a attiré l’intérêt non seulement des média qui ont vomi des reportages avec des gros titres dignes d’un temps de guerre, mais aussi naturellement d’autres représentants de l’État – l’État qui est si fier de sa réputation de justice sociale, et dont toute la gauche du Capital ainsi que les philanthropes des couches moyennes chantent les louanges. Des représentants de l’État et toutes sortes de braves citoyens de droite comme de gauche se sont empressés de faire des commentaires (comme ce fut le cas durant les émeutes de Rinkeby en Suède en juin 2010, les émeutes en Angleterre en 2011, les émeutes en Grèce en 2008-2009 ou celles dans les banlieues françaises en 2005) et ont décrit les émeutes, dans un style propre à un sous-produit faisandé de la sociologie moderne, comme étant des difficultés individuelles d’une jeunesse mal intégrée, comme étant le résultat des activités de gangs et de criminels ou encore comme la conséquence de l’influence d’agitateurs d’extrême-gauche :

« … incendies que nous associons à des bandes de jeunes et à des criminels… » (Kjell Lindgren, porte-parole de la police de Stockholm)

« … trois types d’individus sont derrière ces émeutes : des jeunes du quartier, des criminels déjà connus et une petite clique de militants professionnels de gauche, des autonomes, c’est-à-dire pour parler sans ambages des individus enclins à la violence et des groupuscules d’extrême-gauche. » (Police du département de Stockholm lors d’une réunion avec le Ministre de la Justice et les Services de Sécurité suédois)

Le journal « Dagens Nyheter » alla même plus loin en publiant des extraits d’une étude sensée conclure que les protestataires ont déjà des antécédents criminels, qu’ils souffrent de problèmes familiaux, de problèmes mentaux, et qu’ils se droguent. Bien joué, la science (bourgeoise) !

Comme beaucoup d’immigrés vivent dans ces banlieues, dont un grand nombre sont déjà de la troisième génération, des polémiques ont inévitablement émergé et ont été publiées dans la presse bourgeoise au sujet de l’emploi, et plus précisément de l’employabilité des jeunes prolétaires des banlieues d’origine étrangère, et donc au sujet de la signification de la soi-disant intégration. Nous avons pu les entendre se lamenter (comme ils le firent après les émeutes de Rinkeby, mais aussi partout ailleurs) sur les difficiles tentatives de l’État pour mettre en place les conditions de l’intégration des immigrés, sur combien de programmes avaient été créés et combien d’assistants sociaux avaient été mobilisés pour mener à bien cette tâche, et surtout… que tout cela a coûté beaucoup d’argent ! Et ainsi les média étrangers ont titré à la une de leurs journaux : « L’échec du multiculturalisme frappe maintenant même la Suède. »

Quoi qu’il en soit, ce faux masque de la Suède considérée comme un paradis pour la classe ouvrière en Europe du nord était arraché. Enfin !

Il est surprenant que cette fausse et superficielle idée de la Suède comme paradis de la classe ouvrière, idée supportée depuis le début par des partis extraparlementaires, mais aussi par des représentants éminents de la gauche du Capital (comme le président tchèque Milos Zeman) ait perduré si longtemps. Cette idée défendue par « ProAlt » en République tchèque est si populaire parmi la gauche trotskiste et les anarchistes officiels :

« Une société démocratique et socialement juste, un modèle d’État-providence suédois, une restructuration bien préparée et équitable du secteur étatique des affaires, ouvrant des perspectives d’avenir pour chacun, une haute qualité de vie y compris un environnement sain pour tous… » (ProAlt, 3 novembre 2011)

Ces troubles du mois de mai ont au moins contribué à briser ces chimères aux yeux d’une partie du prolétariat mondial. Toute l’idée de la stabilité de l’État-providence suédois, ou disons son invariance dans le temps et sa résistance face aux impacts de la crise, n’est qu’une manifestation de la compréhension idéalisée du monde. C’est le même genre de cliché que celui qui fait dire qu’il ne se passe rien en Grèce parce que les gens du coin continuent d’aller au bistrot.

Les émeutes de mai ne sont pas tombées du ciel, elles ne furent pas non plus les premières et encore moins les dernières. Il y a cinq ans de cela, les banlieues suédoises furent balayées par une série de protestations, et des voitures furent incendiées à Malmö et Göteborg. D’autres émeutes eurent lieu à Uppsala et Södertälje. En avril dernier, il y eut de plus petites émeutes dans la banlieue de Tensta (située à un jet de pierre de Husby), liées à la privatisation de la banlieue et aux futures augmentations de loyers, et qui en fin de compte obligèrent un promoteur immobilier à annuler ses projets.

Le logement, les persécutions policières et d’autres thèmes dans les banlieues sont les conséquences les plus directes de cette situation explosive et à un niveau conscient la cause des troubles, ce sont là les raisons des attaques contre les symboles du pouvoir et de l’État, contre les symboles d’une existence inaccessible et d’une discipline forcée.

En effet, la conception qui affirme que les événements sociaux et historiques auxquels les hommes participent sont les simples produits d’idées ou de croyances, et donc qu’il s’agirait d’une activité de leur cerveau, cette conception est idéaliste. Au contraire, un acte individuel ou collectif est déjà déterminé avant l’action elle-même, avant même d’en avoir conscience. C’est cette position matérialiste dialectique qui prend en considération le processus historique dans son entièreté ainsi que l’exploration objective des phénomènes sociaux contemporains qui nous garanti de ne pas accepter les mythes, les vérités et les vœux idéalisées.

Par conséquent, sans se soucier de ce qu’un prolétaire individuel pense, il est important de révéler que sous « le visible », c’est-à-dire sous la surface consciente, ce sont en dernière instance les conditions matérielles qui sont les vraies forces du changement.

Ce qui importe, c’est le résultat de l’impact de ces forces matérielles, donc de l’antagonisme entre les forces productives qui consistent principalement en des êtres humains assignés à la production ou qui sont à sa disposition, la façon dont ils sont organisés, qui consistent en des outils et machines, le plan général de la production, et les formes, formes supérieures des rapports (familiaux, juridiques, politiques, religieux,…) dans lesquels toute la production et la reproduction de l’espèce humaine se développe.

A un certain moment de l’histoire, cette paix historiquement éphémère entre ces deux niveaux est perturbée et les forces commencent à s’affronter aux rapports. Si les forces réussissent à suffisamment ébranler la société et à balayer les vieilles formes au moyen d’une révolution, alors s’opère une réorganisation qui produit de nouvelles formes économiques, sociales et légales.

A l’époque du capitalisme, ce conflit entre forces productives et formes sociales revêt la forme de la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie, les classes qui défendent des intérêts matériels opposés.

Cet affrontement entre les forces productives et les formes de production se manifeste partout – y compris en Suède – dans le fait que le capitalisme ressemble à un mort vivant qui s’efforce de maintenir son pouvoir par la répression et/ou la guerre, et qui appauvrit l’entièreté des masses prolétariennes d’une façon telle qu’elles vivent dans des conditions de misère absolue qui frisent celles de précédentes époques historiques des sociétés de classe que le capitalisme a dépassé avec sa révolution bourgeoise, sa libération de l’individu du servage, avec l’introduction de la démocratie…

Quant à elle, la Suède est confrontée à une permanente réduction des avantages sociaux, une destruction du concept tout entier d’État-providence qui avait été édifié si vigoureusement par les forces réformistes de la social-démocratie comme « pare-choc » idéologique et matériel contre la vraie lutte de classe. Cette politique du « pare-choc » ne fut possible que grâce aux énormes destructions de forces productives lors de la seconde guerre mondiale (donc suite à la défaite du véritable mouvement révolutionnaire prolétarien dans les années 1917-21) qui clôtura la crise cyclique du Capital dans laquelle il entra au début du 20ème siècle. Après de telles destructions, une nouvelle période de croissance économique, d’extension de la production et de réorganisation de la production capitaliste toute entière, ainsi que de réorganisation de la façon dont le prolétariat est mobilisé dans la production et la reproduction du Capital, pouvait avoir lieu.

Crise des banlieues, crise de la société capitaliste

Grâce à la « neutralité » de la Suède pendant la seconde guerre mondiale (comme si une fraction nationale de la bourgeoisie pouvait être vraiment neutre à une telle époque historique ; au contraire chaque bourgeoisie participe aux guerres capitalistes et c’est ce processus même qui produit la formation de grandes constellations d’États), qui lui donna une certaine avance sur ses concurrents (en raison de cette paix dont elle profita pour développer son industrie), et grâce à la position solide des forces réformistes de la social-démocratie avec son idéologie et sa pratique de « barrières » sociales, la Suède est devenue une destination pour les migrants soi-disant « économiques » (une nouvelle main-d’œuvre nécessaire arrivant successivement de Norvège, d’Allemagne, d’Italie, de Yougoslavie, de Turquie…), et plus tard aussi une destination pour les soi-disant réfugiés.

En effet, déjà dans les années soixante, une contradiction entre la production sociale globale et les conditions sociales est apparue. Pendant que l’économie connaissait à ce moment-là une croissance, plus de 100.000 hommes étaient inscrits sur une liste dans l’attente d’un appartement, et le temps d’attente était d’une dizaine d’années. Afin de résoudre ce conflit potentiel, le gouvernement (c’est-à-dire la bourgeoisie en tant que telle) prit l’engagement avec son programme du Million (Miljonprogrammet) en 1965 de construire un million de nouveaux appartements à des prix abordables.

Les banlieues d’aujourd’hui sont le résultat direct des mesures d’alors pour résoudre la question du logement. L’histoire de ces banlieues est plus ou même la même que le développement des banlieues en France. A l’origine, dans le contexte du développement de l’après-guerre, les banlieues devaient répondre aux critères de la « classe moyenne ». L’urbanisation capitaliste ne gère la question du logement des masses prolétariennes que comme une question de comment efficacement disposer de la régénération de la main-d’œuvre. Les banlieues ne sont que des clapiers de béton pour le prolétariat. L’entretien minimal ou non de ces banlieues suédoises, l’augmentation permanente de la population et les trois dernières décennies de développement économique, le besoin de restructuration urgente de la société en tant que résultat d’un nouveau cycle de crise, tout cela a transformé beaucoup de ces banlieues en de véritables ghettos avec des tendances explosives. Le fait qu’il soit écrit dans vos papiers que votre domicile se situe dans une banlieue problématique, comme Biskopsgården à Göteborg ou Husby à Stockholm, signifie être un citoyen de seconde classe, et suppose d’avoir peu de chance d’obtenir un boulot en dehors du « ghetto », ainsi que de subir une persécution vigoureuse de la part de la police.

Dans beaucoup d’endroits, la division urbanistique est une copie de la division de classe, nationale ou raciale. Stockholm elle-même, qui est divisée d’après ces critères, peut servir d’exemple. Le centre-ville, la zone des couches les plus riches de la société, est situé autour de lacs et de parcs avoisinants. Les villes-satellites et les banlieues sont peuplées par la classe ouvrière de souche, mais aussi en grande partie par des immigrés. L’OCDE a déclaré dans son rapport que la Suède possède la croissance la plus rapide de l’inégalité parmi ses 34 membres – il s’agit donc de la disparité entre la richesse de la bourgeoisie et « les couches supérieures » et l’appauvrissement du prolétariat :

« En Suède, le taux de pauvreté en 2010 (9%) était plus de deux fois ce qu’il était en 1995 (4%). »

Et bien que la Suède se présente tout le temps comme le modèle sans défaut de la gestion économique et sociale du capitalisme, le fait est que depuis les années quatre-vingt (c’est-à-dire depuis l’épuisement du cycle d’accumulation dans les années soixante-dix), et surtout les années quatre-vingt-dix (lorsqu’elle a été frappée par la crise de l’immobilier – la pire crise économique locale depuis les années trente), la Suède a adopté les mêmes mesures qu’ailleurs en Europe. Mesures qui pour le prolétariat signifient la perte d’un tas de « privilèges » et de « garanties », et qui de manière pratique se manifestent par la libéralisation du marché, donc par la déréglementation des obligations légales applicables aux conditions politiques de l’achat et de l’exploitation du travail salarié, la réduction des impôts, si souvent débattue, la privatisation des services publics et leur réduction graduelle, c’est-à-dire qu’on tourne le dos au modèle coordonné d’après-guerre de la gestion social-démocrate du capitalisme. Tout cela a été réalisé afin d’augmenter l’exploitation, d’augmenter la plus-value extraite de notre travail, afin d’améliorer la compétitivité et la rentabilité du Capital national.

Par ses « solutions », le Capital prépare les conditions de futures crises beaucoup plus profondes, donc aussi potentiellement de la future crise sociale qui pourrait mener à un changement révolutionnaire. En 2001, la bourgeoisie suédoise a changé le régime de retraite et adopté un modèle dans lequel un citoyen économiquement actif met de l’argent de côté pour sa pension sur une sorte de compte virtuel. Par conséquent, un pensionné serait payé à partir de « ses » économies avec une somme provenant d’une espérance de vie moyenne, avec une pension minimum garantie. Ce système, qui bien sûr dépend des revenus de chacun et donc de la position sociale de chacun, de son appartenance de classe, offre au prolétariat, dans les meilleurs cas, des pensions « moyennes » juste suffisantes pour couvrir le coût de la vie d’un prolétaire déjà inutile pour la rentabilité du Capital, et dans le pire des cas, il n’offre que la sous-alimentation, la misère, une autre exclusion sociale et une mort plus proche…

D’après les données officielles, le taux de chômage a augmenté approximativement de 300% ces vingt dernières années en Suède. En 2009, il y eut un bond considérable en comparaison avec l’année précédente. Le taux de chômage des jeunes (parmi les 15-24 ans) se situe aux environs de 25% ces trois dernières années. Les chiffres sont probablement déformés à cause de divers pseudo-emplois et autres « astuces », tels que le travail social, divers avantages, l’allongement des études.

La situation dans les banlieues est néanmoins beaucoup plus dramatique. Le taux de chômage des jeunes prolétaires dans des banlieues comme Biskopsgården est de presque 45%. Un revenu moyen à Husby équivaut approximativement à deux tiers du même revenu dans le centre-ville de Stockholm.

Dans le cas de Husby, avec ses 11.000 habitants, dont 85% sont « d’origine non-suédoise », la polarisation sociale et la gentrification ont pris des caractéristiques plus évidentes. Husby est situé à côté de la soi-disant Silicon Valley suédoise (Kista Science City), un quartier moderne voué à la technologie et l’informatique. La municipalité de Stockholm a investi des fonds considérables à Kisty et ce quartier atteint lentement les limites de Husby. Par conséquent, un plan spécial pour Husby a été lancé, qui comprenait la démolition de grands complexes de logement (les banlieues sont déjà en grande partie remplies à ras bord !), la privatisation de stations thermales publiques, du centre médicosocial local et du centre communautaire Husby Träff, ainsi que la rénovation de quelques résidences pour de futurs locataires plus fortunés ; tout cela étant la cause de la hausse des loyers. Naturellement, la bourgeoisie n’oubliera pas de dire que le but est d’améliorer le cadre de vie et de recomposer le caractère actuel de la banlieue. En fait, nous pouvons toujours voir la même chose : d’énormes et rutilantes fenêtres de magasins, des gratte-ciels en béton et des quartiers pauvres, des rues et des bâtiments rénovés ainsi que des maisons délabrées pour le prolétariat. Tous les gardiens de la paix sociale de l’État viennent toujours avec leurs déclarations ridicules :

« La conclusion à tirer de ceci, c’est qu’une politique du logement qui empêche la ségrégation résidentielle est requise. » (Eva Andersson, Maître de conférences au Département de Géographie Humaine à l’Université de Stockholm)

Dans ce contexte de croissance des antagonismes de classe au sein de la société capitaliste, quand le prolétariat est dépossédé de toute ressource et de toute illusion, la seule solution de la domination bourgeoise consiste à renforcer la surveillance et la répression policières.

C’est le vrai visage de l’humanité dans cette société complètement orientée vers la production et la reproduction du Capital ! Les chimères de l’État social se sont volatilisées. Cependant, tout le monde n’est pas conscient de cela. La domination idéologique alimente toujours l’image fantasmée de la Suède comme un paradis pour la classe ouvrière, principalement aux yeux des personnes âgées et des parents de jeunes prolétaires.

Le Capital est raciste par essence

Et le même fantasme est reproduit par les immigrés arrivant en Suède (et généralement en Europe) en provenance d’Afrique, d’Asie, d’Europe de l’est, etc. Face à des conditions de vie relativement meilleures que celles qu’ils ont connues dans leur pays d’origine et subissant la réalité quotidienne des lutte pour la survie, ils sont souvent obligés d’accepter des conditions de travail pires que celles des « autochtones », ce que la bourgeoisie utilise comme un précédent pour accroître la pression sur la baisse des salaires et les coupes dans les avantages sociaux.

Auparavant, les prolétaires locaux et étrangers étaient en concurrence sur des distances de milliers de kilomètres. Mais suite à la montée de l’immigration et à l’actuelle augmentation du chômage, qui toutes deux ont été causées par les turbulences de l’économie globalisée et ces deux dernières décennies de « dérégulation » progressive, les prolétaires rivalisent de nos jours entre eux au sein des mêmes villes, des mêmes lieux de travail. Avec la crise actuelle, le prolétariat ne peut s’attendre qu’à une pression considérable sur ses conditions de vie et de travail. Travail intermittent, bas salaires, chômage et concurrence sont une réalité quotidienne ! La fragmentation des prolétaires à cause de la concurrence implique une escalade des conflits parmi les prolétaires et le chantage de la part de la bourgeoisie. Ceci constitue la base matérielle pour mettre sur le dos des prolétaires étrangers la pénurie d’emplois disponibles et la réduction des dépenses sociales, ainsi que de la montée du nationalisme et du racisme.

Il est fondamental de rappeler que la société capitaliste est raciste par essence, quelle qu’en soit la compréhension de chaque individu :

« Le fait que le capital achète moins chère la force de travail d’une race relativement à une autre, le fait que les conditions d’exploitation et de vie d’une partie du prolétariat soient pires que pour d’autres, reflète la réalité du capital pour laquelle la production d’un être humain en tant qu’esclave salarié n’a absolument aucun intérêt en tant qu’être humain. L’intérêt du capital pour l’homme est uniquement déterminé (comme pour toute autre marchandise) par le travail social qui a été incorporé en lui. Cette réalité raciste du capital détermine que (de la même manière que la valeur de la force de travail d’un ouvrier qualifié est supérieure à celle d’un simple ouvrier) la valeur de la force de travail d’un ouvrier « national », par exemple, est supérieure à celle d’un ouvrier « immigré » (on présuppose en effet que le premier contient plus de travail d’intégration, de socialisation, de nationalisation, de syndicalisation que l’autre). » (Groupe Communiste Internationaliste : « Thèses d’Orientation Programmatique », thèse 39a)

Ou avec d’autres mots, si le Capital peut voir dans les yeux des gens la faim et la peur, il lui est alors plus facile d’exploiter et d’user de chantage, de forcer un homme à travailler comme un esclave soumis, si soumis et apeuré qu’il ne peut relever la tête. C’est exactement ce qui se passe quand le prolétariat est fragmenté par la concurrence entre les prolétaires, quand il est privé de son organisation en classe, et donc de son parti.

Récemment, l’État suédois a lancé le programme REVA afin de lutter contre l’immigration illégale et face à la montée du radicalisme politique dans les banlieues. La police, le bras armé de l’État, a imposé la militarisation des banlieues, elle a installé des caméras et elle a surtout mis en place des postes de contrôle entre les banlieues et les centres-villes. A cause de ce profilage racial officiel des actions de la police, tout ce qui « ne ressemble pas à un Suédois » – un rat, un singe, un nègre, comme souvent le dit la flicaille – a commencé à être la cible de contrôles d’identité ainsi que de contrôles anti-drogue. Ces actions ont suscité une grande vague de protestations et d’actions directes dans les banlieues pendant tout le printemps ; il n’est donc pas surprenant que la police soit détestée.

Les feux de la révolte et les pompiers sociaux

La combinaison des effets destructeurs et autodestructeurs du mode de production capitaliste, que la Suède a si gravement connue ces dernières décennies, ainsi que l’appauvrissement des masses prolétariennes, qui s’est le plus exprimé dans les banlieues, font qu’il n’y a donc aucune surprise à ce qu’éclatent dans les banlieues les germes de la radicalisation, et dès lors aussi les graines de la révolution.

Les émeutes elles-mêmes, leurs actions pratiques, furent comme presque toujours, immédiatement provoquées par la brutalité policière ou par un meurtre commis par les forces de l’ordre. A Brixton en 1981, les émeutes commencèrent après que la police tua par balles une mère de famille, alors que son fils était recherché. En 1992 à Los Angeles, d’énormes émeutes éclatèrent après que quatre flics qui tabassèrent brutalement Rodney King furent disculpés. Les banlieues parisiennes s’enflammèrent en 2005 après que deux jeunes aient été électrocutés dans un transformateur EDF alors qu’ils se cachaient de la police. Après qu’Alexandros Grigoropoulos, âgé de 15 ans, fut abattu dans le centre d’Athènes, les villes grecques ont été atteintes par les flammes d’une révolte massive qui en fait ne s’est jamais complètement achevée à cause de sa transformation en luttes contre une série de mesures par lesquelles la bourgeoisie grecque essaye de faire face à ses problèmes financiers. Londres fut également frappée en 2011 par des manifestations qui se sont transformées en troubles et en pillages après que la police ait abattu un homme noir de 29 ans. Et récemment encore, d’autres feux de la révolte sont apparus, parmi beaucoup d’autres sur cette planète (la réalité quotidienne est constituée d’émeutes violentes en Inde, Chine, Afrique, et de luttes toujours en cours en Tunisie, Egypte…) ; cela s’est déclenché à Istanbul, Turquie.

Toutes ces émeutes ont réduit les rues en cendres, le prolétariat s’est réapproprié les produits dont il était dépossédé, il y a eu des blessés et des morts parmi nos frères et sœurs de classe et même parmi la flicaille ; tout cela prouve qu’au sein de la société capitaliste une situation explosive est en fermentation, que le prolétariat ne peut plus supporter davantage ses conditions d’existence – et de telles situations apparaîtront bien plus souvent que jamais auparavant sous les effets de la crise capitaliste qui s’aggrave.

Le 19 mai 2013, et un nouvel assassinat par la police, ainsi que les circonstances suspectes dans lesquelles se sont déroulés ces faits à Husby, ne fut qu’une étincelle qui déclencha la volonté de se venger de la police et de cette société, ce ne fut qu’une violence instinctive et spontanée qui reflète la guerre quotidienne bestiale contre le prolétariat – un assaut contre la police qui symbolise l’oppression, la persécution et l’humiliation de tous les jours, un assaut contre les écoles qui représentent les institutions de l’obéissance sociale, de la sélection, de la classification et qui produisent de faux rêves réalisables grâce à une meilleure éducation et une plus grande faculté d’adaptation, un assaut contre les symboles de la mobilité dégradante qui relie des banlieues délaissées à un monde « meilleur », la mobilité d’une main-d’œuvre constamment obéissante faisant la navette, – des attaques contre les voitures, les transports publics, contre tous ceux qui souhaitent éteindre les feux de la révolte et revenir à la normalité paisible de la survie. Une normalité faite de meurtres sur les lieux de travail, pudiquement appelés accidents du travail, faite de privations, de maladies chroniques dues aux conditions de vie et au stress, une normalité faite de relations vides, et bien sûr de répression policière permanente, de meurtres d’immigrés par l’État, de guerres impérialistes…

Quand les premières voitures ont été incendiées le lendemain et que les prolétaires rebelles furent prêts à accueillir la police avec des pierres, les sirènes, la fumée et d’autres incendies ont attiré des foules d’habitants curieux sur les lieux. La police reçu des renforts et attaqua brutalement la foule, même ceux qui étaient des spectateurs inactifs, avec des matraques et avec des chiens.

Durant les cinq jours suivants, la rébellion s’est étendue à d’autres banlieues autour de Stockholm. Quatre postes de police, des écoles, des écoles maternelles, ont été attaqués avec des pierres et des cocktails Molotov. Environ une centaine de voitures ont été incendiées et les flics étaient accueillis par une pluie de pierres.

Outre la propagande bourgeoise habituelle de l’État, des assistants sociaux, des personnages des communautés immigrées, des militants des communautés, donc tous des sauveurs de la paix sociale, ont aussi essayé de rétablir l’ordre public dans les banlieues :

« Tout le monde doit prendre ses responsabilités pour rétablir le calme. (…) Il est important de se rappeler que brûler la voiture de votre voisin n’est pas un exemple de liberté d’expression, c’est du hooliganisme. » (Le Premier ministre Fredrik Reinfeld)

Selon la presse, quelques habitants – des professeurs, des assistants sociaux, des parents… – ont créé des groupes d’autodéfense nocturnes et étaient en contact téléphonique direct avec la police pour donner des renseignements à propos des émeutiers.

Ces émeutes ont aussi révélé les positions contradictoires ou directement conformistes de groupes radicaux de la communauté, comme « Megafonen » ou « Pantrarna », qui luttent pour la conservation des services publics, des centres communautaires, ou contre les attaques des promoteurs et donc contre l’augmentation des loyers. En lien avec d’autres associations, « Megafonen » a réussi à suspendre (provisoirement) à Husby les plans de démolition et de rénovation des appartements destinés à de futurs locataires fortunés (ce qui causerait en effet l’expulsion de ceux provenant des couches les plus pauvres du prolétariat !) et à préserver la station thermale publique. Le centre communautaire local ne fut pas fermé après qu’il ait été occupé par des habitants et il continue ainsi de fonctionner.

Le développement de la radicalité à divers niveaux existe bien sûr même en dehors de Stockholm, comme à Göteborg ou Malmö. De jeunes prolétaires sont le principal moteur de la radicalité, en parlant du racisme structurel, des problèmes sociaux, de la discrimination, et ils promeuvent souvent leurs revendications radicalement : occupations, interruption des séances du conseil municipal, etc. Certains de ces groupes, comme « Pantrarna », s’inspirent des « Black Panthers » aux USA et ils organisent la vie sociale et politique dans les communautés – les centres communautaires, les écoles de devoir, les discussions politiques, les leçons d’arts martiaux…

Mais il n’est pas surprenant que des groupes comme « Megafonen » et « Pantrarna » se sont joints – même s’ils ont une certaine compréhension de l’essence des émeutes – à la mobilisation bourgeoise décrivant les émeutes comme un spectacle de nihilisme, une violence absurde et aveugle :

« Il est tragique que les transports publics, les services d’urgence et la police soient attaqués. Il est triste que des voitures soient incendiées, que des maisons et des immeubles commerciaux soient endommagés. Nous partageons le désespoir avec tous ceux qui témoignent de la dévastation dans notre propre voisinage… (…) Nous recommandons vivement à tout le monde dans notre quartier de s’organiser pour la justice – alors il n’y aura plus d’incendie de voitures, des pierres ne seront plus lancées. Nous développerons notre travail contre la violence policière, nous continuerons à développer nos programmes pédagogiques, nous continuerons à construire notre communauté, prenez soin de notre voisinage et montrez qu’il y a un avenir pour nos quartiers. » (Megafonen)

Il ne s’agit de rien d’autre que du bon vieux socialisme bourgeois, qui a déjà été décrit il y a 165 ans. Ce socialisme bourgeois ne voulait que supprimer les maladies sociales de la société bourgeoise. Même « Megafonen » et « Pantrarna » veulent une société moderne sans luttes et sans menaces, avec plus d’éducation et de moralité – ce qui ne peut que servir les intérêts de la bourgeoisie ! Ils veulent un changement des conditions matérielles et économiques mais toujours dans le cadre du Capital et du travail salarié, et principalement sans tous ces éléments subversifs et révolutionnaires, donc sans le prolétariat qui, dans son existence en tant que classe, se dirige nécessairement vers son profilage politique, c’est-à-dire vers sa conscience programmatique qui fait sauter cette vieille société toute entière d’une manière révolutionnaire. Ou avec d’autres mots, il s’agit là du réformisme fondé sur des changements graduels et partiels du système existant.

Divers groupes d’extrême-droite ont naturellement essayé de tirer profit des émeutes pour leur propre propagation, en agissant à la fois comme pompiers sociaux et comme groupes d’appui de l’État, de la police… Ces groupes ont lancé sur des forums internet des appels aux citoyens afin de mener des actions pour casser les luttes et constituer des milices.

Par la suite, ces salauds qui se composent de membres du « Parti des Suédois », de la « Fédération Nationale de la Jeunesse », du « Mouvement de la Résistance Suédoise », de hooligans de football et de Nazis, se sont aventurés dans les banlieues de Stockholm pour « rétablir l’ordre ». A Storvreten, où aucune émeute de grande ampleur n’a eu lieu, ils ont attaqué des jeunes du coin, et parmi les agresseurs il y avait même un politicien de la municipalité de Nykvarns. A Tumba, selon des rapports que les Nazis ont eux-mêmes publiés sur Internet, leur action fut soutenue et appuyée par la police, et une partie des habitants y répondirent positivement.

Des incendies isolés aux feux de la révolution (vers la constitution du prolétariat en classe)

Généralement, de telles éruptions de violence de la part des dépossédés, dont les conditions d’existence se détériorent de plus en plus, sont une preuve de la tension qui existe au sein de la société capitaliste. Et c’est précisément durant ces situations, alors que la patience du prolétariat n’est plus à l’ordre du jour, que nous voyons apparaître les graines de la révolution. Même dans ce mouvement, nous pouvons voir objectivement la négation de la société capitaliste dans son entièreté ; nous le considérons comme profondément prolétarien. Peu importe ce que chacun de ceux qui y participent en pensent. C’est un mouvement prolétarien qui rejette ses propres conditions d’existence.

Et les dégâts causés par cette éruption de violence de classe dont la société bourgeoise est responsable, ainsi que la vision selon laquelle la racaille ferait sauter les bases mêmes de ce monde, ont effrayé tous les braves réformateurs modérés du capitalisme qui en appellent à plus d’assistants sociaux, plus de centres communautaires, plus d’éducateurs et autres représentants de la paix sociale, c’est-à-dire plus de flics sociaux, plus de gardiens de prison afin de contrer la vraie rupture avec l’état des choses présent. Le réformisme et la répression sont deux méthodes équivalentes pour vaincre le prolétariat, pour le briser en une non-classe composée d’ouvriers individuels fragmentés par la concurrence et les intérêts individuels, c’est-à-dire dépossédée de sa communauté de classe combative, de son organisation politique et donc de sa perspective. Par conséquent, le soi-disant État-providence et réformiste sera toujours l’État du Capital contre le prolétariat !

D’un autre côté, il est nécessaire d’être conscient du fait que beaucoup de prolétaires ne se sont pas reconnus dans ces émeutes. C’est à peine si quelqu’un a remarqué le lien entre les attaques contre la police, ainsi que l’embrasement des coulisses des banlieues, avec sa propre position de classe. Il est certain que les principaux acteurs dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres émeutes récentes dans des banlieues, étaient des jeunes. Et qui plus est, d’origine non-suédoise !

La majorité du prolétariat n’a donc pas levé le petit doigt et a passivement observé l’État qui essayait de faire rentrer ces révoltes dans des catégories telles que des émeutes « d’immigrés », des aventures de gangsters ou des activités d’islamistes radicaux.

La clef de la victoire pour la bourgeoisie, ainsi que la pérennité de son existence dans ce monde de misère qui s’effondre, c’est de limiter les révoltes du prolétariat à des secteurs particuliers afin d’éviter leur extension et la création de liens entre elles. C’est la raison pour laquelle les bourgeois parlent toujours de ces questions en termes d’échec de l’intégration des immigrés, du danger de l’islamisme, du spectacle de patriotisme des braves citoyens ; c’est la raison pour laquelle ils soulignent l’information à propos des millions qui ont été dépensés dans la prévention afin de désamorcer cette bombe à retardement qu’est la révolte prolétarienne ; c’est pourquoi ils dépeignent les banlieues comme un enfer sur terre pour que les prolétaires qui ont réussi à en échapper puissent se distinguer de cette « racaille ».

En effet, tous ces prolétaires qui tout à fait naturellement reproduisent la propagande bourgeoise ignorent le fait que la crise du capitalisme qui s’étend, ainsi que l’accroissement de l’exploitation et du chômage, vont finalement les obliger, même eux, à brandir le drapeau de la résistance. Résistance qui sera plus qu’une procession paisible avec des bannières et des revendications « positives » claires, malheureusement pour tous les idéologues de la lutte de classe « authentique » parlant au nom de la classe ouvrière, et qui affrontera la même répression policière et les mêmes attaques de tous les organes de l’État, comme ce fut le cas pour les actuels émeutiers prolétariens. Ne nous faisons aucune illusion quant au fait que la bourgeoisie n’utilisera pas le même niveau de brutalité contre des Suédois vivant en dehors des banlieues en proie à des troubles, s’ils refusaient de rester serviles.

Le fait que ces prolétaires ne s’intéressent pas à ces révoltes, qu’ils ne donnent pas de coup de main à leurs frères et sœurs de classe, et qu’ils ferment les yeux devant la répression qui frappe ceux qui n’acceptent plus docilement leurs conditions d’existence, est une faiblesse gigantesque.

Même pour beaucoup de ces prolétaires qui ont suivi les troubles de loin avec une certaine sympathie, les émeutes n’avaient aucun but et perspective. Ils y ont simplement vu du nihilisme et de l’autodestruction. Toutes ces voitures incendiées – qui ne constituaient en effet pas la meilleure cible – ont provoqué des dénonciations dans lesquelles il était plus question de la classe ouvrière comme propriétaire des voitures, ou comme ceux qui vont souffrir encore plus en se rendant à leur travail dans des transports publics humiliant.

Oui, nous convenons que ces luttes prolétariennes doivent se transformer en lutte de classe ouverte où les participants ne réagiraient pas seulement passivement aux attaques du Capital, mais qui s’organiseraient consciemment dans des attaques ciblées contre l’État bourgeois afin de le renverser et d’ainsi établir la dictature violente et révolutionnaire des besoins humains, ce qui est inévitablement nécessaire pour renverser le pouvoir politique de la bourgeoise et détruire immédiatement l’État bourgeois, avec pour conséquence la destruction de toutes les classes, y compris l’auto-abolition du prolétariat, et l’établissement d’une société sans classe, la vraie communauté humaine.

Néanmoins, nous ne sommes pas choqués et nous affirmons catégoriquement que nous n’agirons jamais comme pompiers sociaux pour empêcher les comportements destructeurs des prolétaires. Nous ne pensons pas que les communistes doivent se positionner contre ces « excès », ils doivent au contraire désigner de meilleures cibles pour le prolétariat. Contrairement à ceux qui définissent les classes de manière sociologique ou statique, pour nous les classes ne sont pas des photographies statiques mais des forces organiques agissantes qui façonnent dans la lutte leur intérêt essentiel, le programme.

Par conséquent, la classe ouvrière, ou le prolétariat si vous préférez, considérée simplement comme une catégorie sociologique d’exploités sur lesquels la société capitaliste est construite, n’est rien d’autre qu’une addition d’individus, de citoyens atomisés, d’ouvriers sociologiques, producteurs et reproducteurs du Capital, dont la substance unificatrice ne serait que le fait qu’ils sont une masse humaine destinée à être exploitée par le Capital.

Nous ne sommes donc pas intéressés par cette classe ouvrière statiquement définie, et nous pensons encore moins que les ouvriers possèderait quelque qualité morale et éthique essentielle seulement parce qu’ils sont des ouvriers (ou encore, qu’ils développeraient cette qualité dans le processus de constitution en classe, dans le sens où la morale et l’éthique sont des choses qui seront détruites dans ce processus). Ou bien que seulement à cause de ses caractéristiques sociologiques, cet ouvrier individuel se reconnaîtrait dans l’existence d’autres prolétaires, ou bien que seulement cela définisse son essence révolutionnaire, qui serait maintenant en hibernation.

Nous ne pouvons commencer à parler de la classe que lorsqu’il ne s’agit pas d’une photographie statistique froide, lorsqu’il ne s’agit pas de cette non-classe désintégrée mais au contraire quand elle se constitue dynamiquement dans la lutte en un pouvoir organique, quand elle prend en compte ses intérêts, le programme, et donc son conflit avec l’autre classe qui a organisé sa domination d’État, quand elle agit en tant que force qui établit le lien révolutionnaire entre elle-même dans la présente société – la classe exploitée – et le niveau supérieur futur de l’organisation sociale réalisé par la force de la révolution.

C’est la signification de la célèbre phrase de Marx :

« La classe ouvrière est révolutionnaire ou n’est rien. » (Lettre de K. Marx à Schweitzer, 1865),

dans laquelle il clarifie que soit le prolétariat agit réellement comme classe, c’est-à-dire qu’il révèle ses intérêts, son programme, lorsqu’il s’organise en parti, soit il n’existe pas comme classe.

En ce qui concerne les émeutes dans les banlieues suédoises, il est étonnant qu’il n’y ait eu presque aucun pillage (ou du moins, c’est ce qu’il semble), alors que les pillages ne sont en fait rien d’autres que la réappropriation d’une partie de ce que le prolétariat a produit et ce dont la bourgeoisie le dépossède. Si cela s’est passé ainsi, il est tout à fait possible que les illusions de la communauté, fabriquées par des groupes sociaux-démocrates radicaux, aient vraiment empêché les prolétaires en lutte de nier la prédominance de classe de la bourgeoisie sur les produits du travail. Il est dès lors assez possible même qu’au niveau de la conscience des prolétaires individuels, il s’est agit d’un cri désespéré face à la société pour attirer l’attention sur leur situation, une tentative pour ne pas être davantage invisibles. Difficile à dire, tant les informations sont rares.

Quoi qu’il en soit, les flammes de la révolte paraissent s’être éteintes pour le moment. La révolte ne s’est pas frayé un chemin en dehors des banlieues ; elle n’a pas mis clairement en évidence la thèse à propos de la nécessité de prendre d’assaut la société bourgeoise toute entière, en dessous de quoi le prolétaire ne peut plus respirer.

La société capitaliste ne peut trouver aucune solution à ses contradictions internes, si ce n’est la répression brutale ou une nouvelle guerre dans laquelle elle massacrera une fois de plus des millions de prolétaires afin de gagner un peu de temps, avant que ne se manifeste la prochaine crise de son mode de production. Tôt ou tard – et maintenant, avec la crise mondiale de l’économie capitaliste, nous sommes sûrs que cela ne prendra pas trop de temps, puisqu’aujourd’hui déjà les flammes d’une autre révolte flamboient dans d’autres villes –, ces troubles, ces mouvements reviendront avec une nouvelle énergie.

C’est pour cela que nous ne devons pas nous laisser berner par les limites et les faiblesses de ces luttes en Suède : isolement des secteurs les plus combatifs du prolétariat, leur confinement dans les banlieues qui peuvent être facilement contrôlées militairement par les forces de la contre-insurrection, l’indifférentisme de beaucoup d’ouvriers envers les radicaux, si ce n’est pas une collaboration directe avec notre ennemi de classe en nous dénonçant à la répression.

Renforçons et consolidons l’esprit et l’énergie de la présente révolte en manifestant notre intérêt envers de plus importants et de plus profonds mouvements de classe au niveau mondial et en nous développant avec ceux-ci : par exemple en Turquie, au Brésil, en Égypte, etc., où nos frères et sœurs de classe affrontent plusieurs secteurs clés de l’État, en ébranlant toutes les couches et structures de la société (armée, éducation, travail, religion, sport, etc.). De cette façon, nous pouvons affirmer une fois de plus que, lorsque le monde du Capital est confronté à une accélération et un développement des mouvements sociaux, avec une simplification, exacerbation de l’antagonisme de classe dans le monde entier, la peur commence à changer de camp…

Développons notre associationisme de classe, organisons les éléments les plus radicaux provenant de structures formelles ou informelles de prolétaires combattants, ceux qui sont critiques envers les limites du mouvement.

La perspective révolutionnaire consciente ouverte ne surviendra pas mécaniquement de chaque lutte. Développons des structures révolutionnaires permanentes qui créeront un lien entre les luttes particulières, qui en tireront les leçons, et qui lors du prochain round fonctionneront comme des outils pour refondre les combats isolés spontanés en une lutte révolutionnaire prolétarienne généralisée qui ne sera ni politique ni économique, mais qui sera une révolution totale, une émancipation universelle de l’humanité – le communisme.

« La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec le régime traditionnel de propriété ; rien d’étonnant si, dans le cours de son développement, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles. » (K. Marx, F. Engels : « Le Manifeste du parti communiste », 1848)

Si c’est de la racaille, eh bien nous en sommes aussi !
Tenez-vous prêt pour le prochain round !
Vive le communisme !

Guerre de Classe, août 2013

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